‹ Portefeuille du comte de Forbin, directeur général des musées de France, contenant ses tableaux, dessins et esquisses les plus remarquablesChapitre 13 sur 48 · BORDS DU NIL · texte numérisé non relu

BORDS DU NIL

L’aga (car ce n’était plus un capitaine) des trente-trois soldats français composant en 1820 la garde intérieure de Méhémet-Ali, me donna pour me guideretmeprotégerauxbords du Nil, un ancien tambour de l’armée d’Égypte. Peut-être mon lecteur a-t-il oublié, ou n’a-t-il jamais su que Roschouan , ce tambour, né sous le nom de Pierre Gary, à quelques lieues de moi dans le département de Lot-et-Garonne, pleurait de joie en entendant dans ma bouche le patois de notre paternelle et commune vallée , langage harmonieux et expressif qu’il ne parlaitplus, maisqu’il comprenait encore1. Dans l’intimité qui suivit cette rencontre de deux Gascons aux pieds des Pyramides, pendant leslongues courses faites par un brûlant soleil au milieu des sables déserts de Memphis, Roschouan, qui ne savait rien de l’Égypte antique, très-peu de chose de l’Égypte moderne, et ne se souvenait que de la vieille armée et des voyageurs de son pays, Roschouan, dis-je, heureux d’étaler devant son compatriote tous ses titres de gloire, après m’avoir raconté les combats de la conquête, m’apprit qu’il avait servi de guide à MM. de Chateaubriand et de Forbin; puis il me montrait les lettres et les honorables attestations qu’il en avait reçues, et ne se lassait pas de m’entretenir de mes illustres devanciers.

la langue immortalisée par le poëte Jasmin.

Acôs la Iengo del trabal ;

A la bilo, pel la campagno

Y éspouzo 1

1 C’est

Veut-on connaître les observations du vieux tambour sur ces nobles voyageurs?

« M. de Chateaubriand, me disait-il, se promenait silencieux sous « les voûtes du palais de Saladin ; il passait sans m’interroger au milieu « des colonnes des mosquées du vieux Caire: je m’apercevais aisément « que je n’avais rien à lui apprendre, qu’il pensait à des choses que je « ne comprenais pas, et; quand je le voyais considérer longtemps le « cours du Nil alors débordé, je n’osais interrompre ses méditations. « — M. de Forbin regardait tout, questionnait sans cesse et s’arrêtait « à chaque pas; ensuite il ouvrait un grand livre plus large que haut; « et, souvent assis, quelquefois debout, il y traçait les rues de la ville, « un minaret, une tombe, tantôt des palmiers qu’il aimait entre tous nos « arbres, tantôt les femmes des Fellah allant remplir aux bords du « fleuve les cruches rafraîchissantes qui se fabriquent à Kéneh, tance tôt les lourdes djermes et les barques légères glissant sur le Nil; en- « fin quand il n’y avait rien autre chose à dessiner, c’était mon tour; il « copiait alors mon costume de Mameluck, et j’ai ri bien souvent moi- « même de voir ma mine et mes attitudes orientales si fidèlement « représentées. »

Voici une de ces vues prises en courant dont Roschouan avait gardé la mémoire.

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