FONTAINE DE SALON
Je me hâte de parler de Salon, avant que cette petite ville jadis peu accessible et fort inconnue ne devienne, grâce aux canaux et aux chemins de fer, tout aussi abordable et presque aussi renommée qu’ Arles et Marseille dont elle est le lien. Les nombreux voyageurs qui vont la traverser remarqueront sous les beaux ombrages de son cours ( car plusieurs de nos villes méridionales ont emprunté aux cités italiennes leur corso ) une fontaine aux eaux limpides et abondantes. Ces sources si appréciées dans un climat brûlant et à l’entrée de la plaine aride de la Crau, ont donné à M. de Forbin le sujet de son esquisse.
J’aime à rappeler avec quel spirituel enjouement, et avec quelle merveilleuse imitation de l’accent provençal M. de Forbin racontait sa visite à un habitant de Salon, lequel avait exigé qu’il vînt admirer, une à une, ses plantes potagères descendant en droite graine, disait-il, des légumes qu’un grand empereur cultivait de ses mains, après avoir quitté la pourpre pour vivre à Salon; tant le séjour de cette ville avait de charmes !... Je voudrais n’avoir pas oublié les plaisants quiproquos, et la macédoine historique qui résultait de cette confusion entre Salone et Salon, entre Nostradamus dont on y voyait autrefois le tombeau, et
Dioclétien, inventeur de l’abdication ( triste moyen de gouvernement, ajoutait par parenthèse le narrateur, et qui n’a réussi à personne) enfin, entre les laitues de l’empereur et les prédictions du médecin-prophète. — Personne n’a poussé à un plus haut degré que M. de Forbin l’art de raconter avec grâce, de jeter dans le monde des mots heureux qu’on a souvent répétés, etde mêler àla conversation des traits qui, pour être piquants et inattendus, ne cessaient pas d’être naturels.