AUX ARTISTES
« O homme ! Combien tu me parais beau, quand avec tes palmes “ triomphales tu te montres au déclin du siècle dans ta noble et fière « puissance, ta pensée indépendante, la plénitudede ton esprit, ta grâce vité bienveillante, et ton silence fécond. Toi, le fils expérimenté du « temps, affranchi par la raison, affermi par les lois, grand par ta douce ceur, et riche des trésors que ton sein t’a longtemps gardés : enfin, ee maîtreet seigneur de cette nature qui chérit tes chaînés, et qui, après
« avoir essayé tes forces en mille luttes s’élance sous toi, et t’emporte « hors du chaos et du désert. '
Jeunes artistes de l’Allemagne et des autres régions romantiques que Schiller a séduits par ses visions enchantées , et qui accourez k Rome épris de cette grande image du génie, voici un casino pittoresque situé en face de la cabane plus ruinée encore de votre immortel patron! Qui donc entre vous, après avoir copié et étudié sous mille aspects les chefs-d’œuvredu Vatican, n’a pas ajouté k ses esquisses les grands pins qui forment l’horizon de la maison isolée de Raphaël, petite chaumière dormant k l’ombre du Pincio, dans des prairies désertes, k la limite des gazons si foulés de l’élégante et tumultueuse villa Rorghèse?Eh bien! écoutez celui qui voulut ainsi que vous retracer ces beaux ombrages pour les plaisirs de sa mémoire, et comme une sorte de tribut payé au plus grand des peintres par son humble admirateur.
« Si l’artiste moderne se borne k copier le moins mal possible autour « de lui, c’est qu’il ne sait plus se créer en lui-même une plus belle « nature; c’est qu’il est déshérité des hautes méditations religieuses; « la foi seule donne le génie. Qu’espérer de nos jeunes élèves, quand k « peine sortis de l’école, s’emparant de l’incrédulité comme d’une robe « virile, ils pensent se devoir k eux-mêmes de ne pas plus croire en « Dieu qu’en Jupiter ou en Pluton?... O Raphaël !! ! »
Comte de Forbin. Réflexions sur les arts.
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« Vanos muros y mezquitas, Famosas Torres Bermejas,
No penseis que en ese estado En que os veis, y esa Grandeza Mucho os dejarà durar El Cielo con su inclemencia, Que su rigor os pondra En tan misérable vuelta Que aun apenas las senales De lo que fuistes se vean. »
« Forteresses et mosquées orgueilleuses, Tours Vermeilles si célè- <> bres, ne pensez pas que le ciel rigoureux vous laisse jouir longtemps « de votre grandeur et de votre force. Sa colère va vous réduire à un « état si misérable, qu’à peine verra-t-on les vestiges de ce que vous
« avez été. » Romance du maure Muzza.
« Pressée de la famine, Grenade enfin capitula. Le malheureux « Boabdil livra aux Castillans l’Albayzin etl’Alhambra, dont s’empara « Gonzalve de Cordoue. Le comte de Tendilla, nouveau gouverneur « de Grenade, vint arborer la croix triomphante, l’étendard de Cas- « tille, et celui de saint Jacques, sur la plus haute tour du palais sar- « rasin. » — Ainsi s’exprime dans son Précis de la domination des Maures en Espagne, Florian, devenu pour le profit de quelques romans assez fades, un compilateur érudit, et un intéressant historien. C’est cette entrée de Gonzalve de Cordoue dans l’Alhambra, qui fait le sujet du tableau deM. de Forbin.
« De légères galeries , des canaux de marbres blancs bordés de ci- « tronniers et d’orangers en fleurs, des fontaines, des cours solitaires « s’ offraient de toutes parts aux yeux de Aben-Hamet, et à travers les « voûtes alongées des portiques, il aperçevoit d’autres labyrinthes et de « nouveaux enchantements. L’azur du plus beau ciel se montrait entre « des colonnes qui soutenoient une chaîne d’arceaux gothiques. Les « murs chargés d’arabesques, imitaient à la vue ces étoffes d’Orient
« que brode dans l’ennui du harem, le caprice d’une femme esclave : « quelque chose de voluptueux, de religieux et de guerrier, sembloit « respirer dans ce magique édifice; espèce de cloître de l’amour, « retraite mystérieuse où les rois maures goûtoient tous les plaisirs et « oublioient tous les devoirs de la vie L »