‹ Portefeuille du comte de Forbin, directeur général des musées de France, contenant ses tableaux, dessins et esquisses les plus remarquablesChapitre 41 sur 48 · LA MORT DE PLINE · texte numérisé non relu

LA MORT DE PLINE

« Votre Vésuve a laissé au roi de Prusse de profondes impressions, et il a répété souvent à Aix-la-Chapelle que c’était le premier phénomène physique qu’il eût vu retracé sur la toile, sans que le pinceau lui eût fait perdre de sa grandeur. »

Lettre de M. de Humboldt à M. le comte deForbin.

ïci madame de Genlis prend ma plume, et j’admire comment dans sa traduction de la lettre de Pline le jeune à Tacite, elle a su déguiser la froideur et le bel esprit du neveu racontant la mort de son oncle.

« L’air était embrasé, et les cieux couverts d’un crêpe noir; on ne « voyait distinctement que la montagne formidable qui portait la mort « dans ses flancs ; de cet immense foyer qui ne renfermait et n’éclai- « rait que la destruction, s’élançaient à la fois d’innombrables flammes « d’une élévation prodigieuse et des torrents d’une lave brûlante, qui, « se répandant de toutes parts, inondaient une terre bouleversée.

« Cependant, Pline voulut s’approcher du Vésuve, jusqu’à l’endroit « où l’on pouvait découvrir le magnifique temple de la Victoire, éta- « bli à Stabie sur le rivage.... Le plus étonnant spectacle s’offre à ses « regards; le pontife et les prêtres du temple défilaient d’un pas chan- « celant sur la rive, et ils élevaient leurs mains tremblantes vers le ciel « irrité où tout semblait annoncer les vengeances célestes.

« La flamme ondoyante et rapide du volcan s’élancait jusques aux « nuages, et, sans dissiper la noire épaisseur des ombres, elle sem- « blait seulement colorer les ténèbres en les rendant transparentes, et « en les nuançant d’une teinte rougeâtre. Les effets effrayants de ce « feu destructeur répandus sur le temple, les rochers, les hommes et « les flots de la mer donnaient à toute cette rive l’aspect d’un embrase- « ment universel. Dans ce tableau à la fois majestueux, éclatant et fu- « nèbre , tout était d’accord ; c’était l’harmonie terrible des enfers. »

Voilà les images et le style d’un écrivain qu’on imprime, voici les pensées intimes d’une amie, et son billet inédit.

« Inès me charme et m’attendrit, Pline me ravit et m’épouvante. « J’ai voulu m’associer à votre gloire. Mais c’est à votre âge que les

succès sont désirables, car ils protègent l’avenir. Dans la vieillesse, les éloges ne donnent plus de beaux jours, on ne pense qu’à la nuit; « elle est si proche ! Il n’appartient plus alors aux partisans ou aux « critiques de hâter la circulation d’un sang refroidi pour toujours. « Mais pourrais-je regretter ces émotions littéraires quand les soins de « l’amitié m’accompagnent si doucement au tombeau!.. Étrange « billet! allez- vous dire; quoi donc? pensez-vous qu’on puisse vous « écrire comme à un autre? » comtesse de Geniis.

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