‹ Portefeuille du comte de Forbin, directeur général des musées de France, contenant ses tableaux, dessins et esquisses les plus remarquablesChapitre 44 sur 48 · RUINES DE L’ABBAYE DE SYLVACANE · texte numérisé non relu

RUINES DE L’ABBAYE DE SYLVACANE

C’est dans la vallée de la Durance , non loin des montagnes qui la séparent de Vaucluse, près de l’antique château où M. de Forbin vit le jour, que son souvenir est allé chercher le sujet de ce dessin. Là se trou

vait tout ce qui plaisait le plus à son imagination : de grands arceaux où la lumière d’un climat méridional pénètre si pure et si éclatante; les ruines d’une vieille maison des prières, où la croix se distingue encore sur les murs, de belles eaux coulant dans la solitude : puis, par contraste avec les débris d’une abbaye célèbre dans les annales de Provence, le peintre a placé à leur ombre un jeune pâtre, insouciant des choses d’autrefois, faisant retentir des sons de sa flûte sauvage ces mêmes voûtes qui répétèrent les chants sacrés.

Les œuvres de M. de Forbin parlent à l’âme comme aux yeux. Il y a, dans ce qu’il retrace, ou la mémoire et comme un regret du passé, ou une espérance d’avenir, et toujours une teinte de tristesse. « Sa- « chez, disait le philosophe Favorinus, que la disposition chagrine de « l’esprit qu’on appelle la mélancolie , ne s’empare pas des âmes mé- « diocres et communes , mais que cette souffrance a en elle quelque « chose qui touche au sublime 1 »

Qu’on me pardonne si, à propos de la peinture qui fait rêver, je cite une lettre que l’auteur des Moissonneurs et des Pécheurs , peu de temps avant de mourir si jeune, adressa à M. de Forbin.

« Je viens de retirer plusieurs tableaux de l’exposition du Capitole, « et je vous les envoie pour la vôtre , monsieur le comte ; protégez- les, « vous le devez un peu, car vos ouvrages où se trouve toujours auprès « de la nature quelque image mélancolique, n’ont pas été sans in- « fluence sur la tournure qu’ont prise les miens. Je viens de quitter « Rome dans des circonstances politiques peu favorables pour les arts, « et je suis à Venise, cherchant la solitude et la paix ,

« Qui mi sto solo ed a ’tempi migliori

« Sempre pensando .

« Nè del vulgo mi cal, nè di fortuna « Nè di me molto. » 2

Léopold Robert.

1 Scitote, inquit, tamen intemperiem istam quæ \xiiayy okia dicitur, non parvis nec abjectis ingeniis accidere ;àXXà eivat c/soôv ti to 7ta6o<; toïïto ^poixôv.

Aulugelle, liv- 18, c. 7.

* Pétrarque. Sonnet 91, Impartie.

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Le Cu de Forbm pmx.

PulAu par i'kai/asrul . fl de /Abbaye

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lmp Grégoire et Deneux, Paris.

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