LES OBÉLISQUES DE LUXOR
. . . . Voilà l’obélisque échappé des ruines Que le vent de Luxor amoncèle en collines;
Voilà cet envoyé de tant de deuil témoin,
Qui pour nous en instruire est venu de si loin :
Ce puissant orateur dont la pierre éloquente Parlera dans les lieux que le peuple fréquente;
A Paris, tous les soirs, comme un vieillard conteur Qui des mômes leçons frappe son auditeur.
Il va vous dire ; O vous, hommes nés de la veille Qui vous croyez géants, pour qui tout est merveille, Dont l’orgueil est si large et qui parlez d’un ton A faire frissonner vos villes de carton ;
Écoutez : j’ai vu naître une si forte race Que les roches d’Égypte en ont gardé la trace ;
Que ce qui reste d’elle après quatre mille ans.
Est plus robuste encor que vos palais croulans .
« Mais il devait venir ce jour inévitable « Où les dés du destin sont jetés sur la table,
« Où le jeu qui préside à tout notre univers « Tue un bonheur trop long par un coup de revers...
« L’Égypte eut beau lutter avec ses mains si fortes,
« 11 fallut prendre rang chez les nations mortes « Typhon, le dieu du mal, sur les ruines, seul,
« Lui jeta le désert comme un pâle linceul.
« A nous, à nous qui vivons d’une si faible vie,
« L’aiguille du désert au sort natal ravie « Va faire retentir ces sublimes leçons.
« Nous écouterons bien sur la place publique « Tout ce qu’elle dira, l’immortelle relique « A nous infirmes qui passons. »
Barthélémy.
Encore une citation; et pourquoi risquerais-je de mal dire moimême ce que mes prédécesseurs ont si bien dit?
« Nous avons voulu planter un obélisque sur une de nos places ; il « nous fallut l’aller tilouter à Luxor ; et nous avons mis deux ans à
« l’amener chez nous. La vieille Égypte bordait ses routes d’obé- « lisques, comme nous les nôtres de peupliers.... En vérité, je ne sais « ce que nous avons inventé ou perfectionné seulement. »
Théophile Gauthier.
Quel dommage que, dans sa verve satyrique et dans ses regrets des temps anciens, M. Théophile Gauthier n’ait pas aperçu, reluisant au soleil sur deux faces de la base, en caractères dorés, mais pas ineffaçables, ces mots que j’hésite à répéter, empruntés à je ne sais quelle langue barbare ! (seraient-ce encore des hiéroglyphes?) :