INÈS DE CASTRO
« Le beau tableau de Y Exhumation et du couronnement d' Inès de Castro, « par M. le comte de Forbin, parut avec éclat au salon de peinture, « il y a quatre ou cinq ans. Ce sujet, si terrible et si neuf, était fait pour « tenter également un artiste et un littérateur; et le peintre ingénieux « qui l’a choisi pouvait mieux que personne le traiter de deux ma- « nières; un double talent lui permettait, s’il l’eût voulu, un double « succès. »
A ces lignes qui précèdent la nouvelle d’ Inès de Castro, dictée àM" de Genlis par la vue du tableau que nous avons sous les yeux, nous ajou-
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terons seulement quelques souvenirs. Cette œuvre si remarquable était la production favorite du peintre qui la créa, comme elle est l’objet de notre prédilection.
Ici, tout parle à l’âme; les longues voûtes d’un cloître solitaire, cette haute et sainte architecture, un ciel d’azur, ces arbustes qui cherchent l’ombre sous de brûlants climats, ces fontaines pures et transparentes, et surtout cette scène si noble et si profondément mélancolique qui inspira les plus beaux vers de la langue portugaise.
Telle qu’à peine éclose, une fleur bocagère,
Par les folâtres mains d’une jeune bergère,
Pour orner ses cheveux, cueillie avant le temps, Perd avec son parfum ses reflets éclatants,
Et périt de sa tige à regret séparée ;
Telle apparaît Inès froide et décolorée ;
Sous la main de la mort son doux regard s’éteint ; Et la pâleur succède aux roses de son teint.
Traduction de M. Ragon.
« Les jeunes filles de Mondego en garderont une longue mémoire : « Elles pleureront sa mort obscure ; et, comme en souvenir éternel, « ces eaux limpides recevront des amours d’Inès qui ont passé là, leur « nom qui dure encore... Voyez quelle source fraîche arrose les « fleurs 1 ! »
« Assi como a bonina, que cortada Antes do tempo foi, candida, e bella,
Sendo das maos lascivas maltratada Da menina que a trouxe na capella,
O cheiro traz perdido, e a cor murchada .
Tal esta morta a pàllida donzella,
Seccas do rosto as rosas, e perdida A branca e viva côr, co'a doce vida.
« As filhas de Mondego a morte escura Longo tempo chorando memoraram.
C, por memoria eterna, a fonte pura...
O nome lhe pozeram que ainda dura,
Dos amores de Igrxez, que allî passaram. Vede que fresca fonte rega as flores ! >
Camoens, Lus. c. III. , st. i3{ et 1 3 5.
Enfin, au milieu de ces mémoires des temps romains, votre curiosité s’arrête sur les débris plus antiques encore de Cumes, son amphithéâtre oublié, et sa forteresse moderne croulant sur le roc caverneux, nommé l’antre de la Sibylle ; temple aux cent portes et aux cent voix jadis1 ; aujourd’hui grotte escarpée et muette où quelques chèvres reposent le soir2.
Puis quand, après de tristes méditations sur la fortune et son inconstance, vous descendrez de votre observatoire, n’oubliez pas en regardant Pausilype et le Vésuve que, pour s’entasser entre ces deux montagnes, les générations des hommes, inconstantes aussi, ont à jamais abandonné la fille de l’Eubée et de l’Éolie.
Vous le voyez, l’opulente cité grecque n’est plus qu’un bois désert. Quelques cabanes, isolées sur la colline, comme celle qui est sous vos yeux, cachent, sous les pampres de leur informe péristyle, les vieux décombres dont leurs murs sont formés. Les royaux sangliers que réunit la chasse des princes , habitent seuls les taillis marécageux de Cumes; le sable amoncelé par les flots a comblé ses ports; et la mer qui a vu sa gloire, semble gémir maintenant sur sa plage désolée.
Ainsi l’avait prédit elle-même son antique sibylle : « Cumes, disait- « elle dans les derniers feuillets qu’elle jetait aux vents, Cumes l’in— « sensée périra; et la sibylle restera morte sous ses ondes prophéti- « ques5. »
Undè ruunt totidem voces
Ostia centum
Virgile. En. Eiv.ti.
.Ubi Fatidicæ latuêre arcana Svbillæ Nunc claudit saturas vespere pastor oves Sannazar. Elég. liv. n.
"OXsîxat
Kup.7] 6’ -r\ punpà auv vap.acji xoîç Oeotiveuo-xoh; ’A Wà. piÉvEt vexp à ev votp:a<7i xup.a(oiciv.
Svbillina Orac. Liv. v.
« En véritable peintre, M. le comte de Forbin a « saisi le moment d’un orage , et c’est à la lueur « de la foudre qu’il nous montre la cité des mira- « clés. J
(Chateaubriand, Mél. litt , t xxi, p. 382.)
O vous, femmes pieuses et recueillies, âmes souffrantes, qui soupirez pour Jérusalem ; vous dont les pensées, échappant aux tristes réalités de la vie, franchissent les mers, et vont s’arrêter sur la tombe de Jésus ; venez avec moi vers cet ermitage, d’où, plus heureuse que vous, Pélagie, lasse du monde et des pompes d’Antioche, contempla si longtemps la sainte cité. Voilà Jérusalem telle que votre cœur l'a rêvée !
Et vous, voyageurs aux terres orientales, pour retrouver le plus précieux souvenir de votre pèlerinage, avancez avec moi sur la montagne des oliviers; voilà Jérusalem telle que vos yeux l’ont vue!
Ecco apparir Gierusalem si vede Ecco addilar Gierusalem si scorge.
Et d’abord, ce profond ravin qui vous sépare de la ville, c'est la vallée de Josaphat; ce lit des eaux maintenant poudreux, c’est le torrent de Cédron; ces rares ombrages, ce sont les oliviers de Gethsémani , qui donnent aujourd’hui leurs noyaux pour les chapelets des pèlerins ; vieux rejetons des mêmes oliviers qui virent les souffrances de Notre-Seigneur. Ensuite , après ces pierres tumulaires de tant de nations qui veulent mourir à Jérusalem, viennent les remparts crénelés, ouvrage des derniers vainqueurs, puis la mosquée d’Omar, cachant, sous quelques palmiers et de nombreux portiques, le sol où fut le temple de Salomon.
A droite, sous le nuage qui brunit le ciel , est la colline de Sion que ne renferme plus l’enceinte rétrécie de la cité; là, où finit ce même nuage, paraissent la tour des Pisans et les ruines du palais de David.
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A gauche, hors des murs, commence après les grottes de Jérémie le désert traversé par les routes de Samarie et de Damas, non loin des sépulcres des juges et des rois.
Enfin, dans le centre de la ville désolée, l’œil peut suivre, à la ligne des tours et dans l’intervalle de quelques édifices, la Voie douloureuse , et la remonter jusqu’à ces deux coupoles couvrant de leurs voûtes massives et rajeunies la vieille et divine tombe.
Chrétien dont le cœur bat sous l’émotion de tant de pieux souvenirs, arrête-toi, médite et prie :
« Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu,
« Tu n’y peux faire un pas sans y trouver ton Dieu. »