‹ Portefeuille du comte de Forbin, directeur général des musées de France, contenant ses tableaux, dessins et esquisses les plus remarquablesChapitre 8 sur 48 · STELLA MATUTINA · texte numérisé non relu

STELLA MATUTINA

L’airain pieux qui résonne Rappelle au Dieu qui le donne Ce premier soupir du jour ;

Tout vit, tout luit, tout remue,

C’est l’aurore dans la nue C'est la terre qui salue L’astre de vie et d’amour!

Mais tandis, ô mon Dieu, qu’aux yeux de ton aurore Un nouvel univers chaque jour semble éclore,

Et qu’un soleil flottant dans l’abime lointain Fait remonter vers toi les parfums du matin ; D’autres soleils cachés par la nuit des distances, Qu’à chaque instant là-haut tu produis et tu lances Vont porter dans l'espace à leurs planètes d’or Des matins plus brillants et plus sereins encor.

Oui, l’heure où l’on t’adore est ton heure éternelle : Oui, chaque point des cieux pour toi la renouvelle ;

Et ces astres sans nombre épars au sein des nuits ,

N’ont été par ton souffle allumés et conduits Qu’afin d’aller, Seigneur, autour de tes demeures,

L’un l’autre se porter la plus belle des heures,

Et te faire bénir par l’aurore des jours,

Ici, là-haut, sans cesse, à jamais et toujours *.

Ces beaux vers furent écrits à Florence en même temps que l’esquisse de ce charmant tableau y fut tracée; le peintre et le poète, qui s’aimaient l’un l’autre, se seraient-ils donc inspirés d’une pensée commune ?

Oh! c’est bien là une scène d’Italie! il semble que sur ce sol paisible, loin des dissensions des hommes, sous ce ciel sans nuage, à l’aspect de cette grande et riche nature, création privilégiée du Seigneur, l’âme plus recueillie s’élève plus promptement vers lui. Ce cloître où viennent mourir les derniers bruits du monde 2, ces religieux qui, sous un costume austère, se consacrent presque toujours sans regrets à une vie d’isolement et de sacrifices; les fleurs et les fruits de cet heureux climat, dons précieux de celui qui nous donna tout, cette mer immense où paraît une barque lointaine agitée des vents; enfin, cette douce Madone, étoile du matin, qui n’abandonne jamais ceux qui l’implorent : tout porte à la rêverie comme à la prière dans cette sainte solitude.

Le cœur brisé par la souffrance, Las des promesses des mortels S’obstine, et poursuit l’espérance Jusqu’aux pieds des sacrés autels !

Le flot du temps mugit et passe, L'homme passager les embrasse Comme un pilote anéanti,

Battu de la vague écumante, Embrasse au sein delà tourmente Le mât du navire englouti ! *.

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