‹ Portefeville de mil huit cent treizeChapitre 30 sur 34 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

> > . Affaires ^d'Italie.

Le i8 mai, le prince vice-roi était arrivé à Milan. A cette époque, Napoléon, quelque éclairé qu'il fût par la correspondance de son ambassadeur à Vienne sur la nouvelle politique de cette cour , était encore bien éloigné de croire que son beau-père dût bientôt paraître armé à la tête de ses ennemis ; aussi le principal motif du départ du vice-roi de la grande armée était bien moins l'intention de menacer TAutriche par ses états héréditaires , que de la décider , par la formation d'une armée de cinquante mille hommes sur l'Adriatique, soit à conserver l'alliance, soit au moins à se renfermer dans les bornes d'une rigoureuse neutralité. Il y avait donc prudence politique de la part de Napoléon plutôt encore que prévoyance militaire dans l'envoi du prince Eugène à Milan ^ et dans le décret qui rendit ce prince maître de l'organisation de sa nouvelle armée. Mais il y eut imprévoyance totale dans le mode de formation de cette armée, en affectant aux drapeaux d'Italie les conscriptions des sujets

français d'Italie ^ depuis la Lombardie jusques et y compris les départemens situés au pied des Alpes. En effet, si les dangers de la mère-patrie devaient appeler un jour à son secours l'armée du vice-roi , il était à craindre que cette armée ne préférât le sol natal au sol adoptif , et n' abandonnât sa métropole envahie à des destinées deve^ nues subitement étrangères aux habitans du Piémont , de la Toscane , des états romains , etc. ; ce qui ne pouvait arriver si, au lieu de ces populations dont il était douteux de pouvoir asservir le patriotisme au point de les exiler dans une défense toute française. Napoléon eût mis à la disposition du prince Eugène une partie des conscriptions de l'ancienne France. Ces vieux Français eussent entraîné les nouveaux avec eux , ou bien seuls, sous leur drapeau national , ils eussent été grossir à Lyon , au moment du péril, l'armée d' Augereau, vers laquelle se seraient alors avancées à grandes journées les armées combinées de Toulouse et deNarbonne, sous les ordres du généralissime Soult et du maréchal Suchet. Mais si Napoléon négligea cette considération par une imprévoyance alors excusable , il obtint ce qu'il voulait, la création subite d'une armée en Italie. Dans le mois de juillet, le vice roi avait sous Sfc« drapeaux cinquante-deux mille trois cents homme» ^ dont quarante -cinq mille fantassins et quinze cents cavaliers préseus sous les ar-

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mes. Cette àt*mëe ètafit 'AMsée ëù 'trois li^iitenàncés générales , la première soùS les ordres du comte Grenier, là deuxième sous ceux tta comte Verdier , là troisième sous le comte Pino. Le général Meriiiet commandait la cavalerie, le général Boiifanti la réserve, le général Saint- Laurent l'artillerie , le colonel Moydier le génie, et le comte Vîgnolles était chef d'état-inajor général. Le général de division d'Anthouard était premier aide-de-camp du prince vice-roi.

Dans le mois d'août , les Autrichiens , sous les ordres du feld-maréchal Hiller, firent sôulevter riUyrie et la Croatie française. Le prince se hâta "de prendre là ligne de la Save, seîpoi^ta sur Goritz le 19, et fit occiiper Wippach, Alpeh, Tarvîs, Villadh, Leybach et Trieéte. ^Le général Jeanin Tut attaqué à Karlstadt ,' où il ne put se défendre parce qu'il fut abandonné par ses Croates, et il n'eut que le temps d'ai*rîvér presque seul à Fiume. Le mouvement ôffeiisîf des Autrichiens , précédé de l'insurrection des provinces réunies à la France, avait eu lieu le 17, le lendemain de l'expîra- ■ tion de l'armistice. La ligne de la Sâve était déjà dépassée par l'ennemi. Le vice-roi craignit pour sa gauche , et s'y porta lui-même. En effet, Villach avait été attaquée, évacuée, reprise et abap donnée.^ Le ^8 août, le vice-roi attaqua 1^^ Autrichiens en position à Rossek , reprî* Vdlach , et y établit son quartier-général.

Sur la droite 9 une affaire ayait lieu à Kraiubourç IfeSo septembre. Cette ville était évacué^ par le général 3etolli; mais, le 2 août^ le vice-roi fit attaquer rennemi : cette ville fut reprise, qt^e général Pino s'y établit. Le projet 4e l'ennenii ét^ait d'obliger l'armée dltalie ^ se replier derrière l'Isonzo et les Alpes Julienues. 11 avait perdu le passafie de la Drave par la perte de Villaçh, mais il^yait fortifié Feistritz, et de cette place il menaçait Tarvis et Arnoldstein. Le viceroi donna ordre d'attaquer Feistritz.^ Le 6 septembre , après un combat très-opiniâtre , le général Grenier avait enlevé les retranchemens et toute la positiop^ Le 8, le vice-roi ordonna Je mouvement sur Lippa;. le 10, il plaça squ arm^e derrière la Drave et la Saale, et le 11 il porta son quartier-général à Laybach. Les 14 et ij5 sep tembre , les Autrichiens furent chassés de .Lippa et de Fiume.Le général Pino termina sa carrière militaire par ce dernier succès ; il demanda «a . retraite, et fut . remplacé par le général Palom-^ ' bini , Romain. '

Le traité de Ried, entre l'Autriche et la Bavière, venait tout à coup d'ouvrir les défilés du Tyrol aux troupes autrichiennes, et donnait à la . guerre d'Italie un caractère plus dangereux. Le ▼içe-roi jugeant alors sa ligne trop étendue, organisa son arjpiée en deux corps, dont il commanda

le premier et le général Grenier le second. II se

trouve , comme son père adoptif ^ les artnes à lu. main contre son beau-père. Comme Napoléon , il est trahi sous ses lentes; comme Napolëon, il commande une armée de recrues contre les vieux soldats autrichiens , anciens prisonniers de la victoire française. Il marche aussi entre deux défections : au Nord, celle du roi de Bavière, que son propre général, le général de Wrede, entraîne dans le système de la cour de Vienne dèux mois plus tôt que ce prince ne l'avait annoncé lui-mémc à son allié Napoléon ; au midi , ce n'est pas une défection , c'est une trahison méditée , qui , sous le nom d'une alliance fraternelle, fait partir de Naples l'armée de Joachim : ce titre, que reconnaissent toujours Napoléon et le vice-roi , qui a appelé Joachim au secours de l'Italie , ouvre au roi de Naples les villes, les arsenaux, les magasins des provinces françaises et italiennes. Trois colonnéSy à longs intervalles, sont sorties du royaume de Naples, et par trois routes différentes occu-

, peut le pays qui est en deçà du Pô j elles laissent sur leur passage toutes les traces d'une occupation combinée depuis Rome jusqu'aux frontières

' du Milanais. Si c'est un ami qui marche, l'Italie est sauvée ; la route de Vienne reverra les légions françaises; l'empire pourra apprendre bientôt pour la troisième fois l'occupation de la capî<:ale de l'Autriche, et alors Napoléon devr-i son salut à ceux à qui il a confié depuis long-temps les in-

signes royales de l'Italie , pour les défendre jusqu'à la mort contre les ennemis de la France. Tous deux sont ses élèves, ses compagnons d'armes; l'un est son fils adoptif, l'autre est son beau-frère. , La tâche du prince Eugène est cruelle : il est condamné à redescendre, les armes à la main, les premiers degrés de la gloire militaiVe de Napoléon. Cette marche glorieusement rétrogradé commence au Tyrol : ce ne sont plus les sommets , ce sont les pentes des Alpes qu'il doit franchir. Après avoir jeté des forces dans Palma-Nova et organisé la défense de Venise , obligé de quitter Bautzen, Brixen et Trente, il doit se retirer d'abord sur le Tàgliamento , ensuite sur l'Adige. Sa jeune armée est affaiblie par des combats continuels , par les maladies, par les garnisons laissées dans les places , tandis que celle de l'ennemi se recrute d'un autre tugendbund qui rend ttJute la population son auxiliaire. Le 5 novembre , l'armée est sur l'Adige ; elle occupe Vérone, Legnago , Ronco , les positions de Rivoli , de la Corona, . Roverchiaro, Desenzano, Salo , les vallées du Brescîan. Triste et dernier hommage de la valeur italienne et française, l'armée d'Eugène va sacrifier aux grands souvenirs de ces lieux si historiques quelques centaines d'Autrichiens dans les gorges du Tyrol! Le i5 novembre, un combat à Caldiero coûte trois mille hommes à l'ennemi. Battu à Saint-Michel le 27 novembre, il est obligé de-

vacuer Ferrare : le 5 décembre , il est repoussé à Rovigo, L'opiniâtreté qui attache rerinéiuî aux territoires de Ferrare et de Rpvigo , n'est pas. cette opiniâtreté militaire qiii rend les efforts glorieux et leur assure une belle renommée. Les Autrichien^ savent que. derrière le vice-roi y Joachim a planté ses tentes j et qu'il y attend la réponse aux négociations ouvertes à Naple^ avec FAutrichien Nèîpperg et TAnglais Bentinck. C'est là qu'ils doivent donnel* la main aux Napolitains pour écraser de concert leurs amis^ leurs allies

de la veille ! Le combat de Boara venait d'assurer

au général autrichien Nugent là liberté de ses communications. Il s'était porté le lo décembre à Râvenne , d'où il adressait des proclamations^ aux peuples d'Italie ; il leur promettait sous la maison d'Autriche, le bonheur dont ils jouissent à présent» Dans celles dont il couvre l'Italie, Joachim lui assure fastueusëment son indépendance. Cependant le vice-roi inquiet de l'attitude des Napolitains , à qui il avait plusieurs fois offert l'honneur de partager avec liii la défense de la patrie italienne et de la patrie française, jugea devoir faire construire un pont à Borgo-Forté et armer le fort de Plaisance pour défendre le passage du Pô. Zara venait de succomber à un siège et à un bombardement par la défection d'un bataillon de Croates. Huit cent quarante Français sortirent de la place par capitulation avec les honneurs

militaires. Venise était étroitement bloquée, mais l!ennemi était jdurnellement repoussé dans ses attaques : cette ville n'avait plus de communication possible avec le continent. Le 19, les Autrichiens furent battus à Cartaguaro. Dans les derniers jours de décembre , la tr^jhison de Joachim se consommait : ses troupes arrivaient à Rimini €tt à I^ttola. lU^ç Autrichien^ opcupaiei^t paisiUeblemen^ $ou« leurs jej^Lx FaeçL^fL et Çe^epa. liC gé-> Dtéral napolitaÎA Filangieri refusait de coopérer à une expédition $uy Ravenne ^vec le général du vice-roi qvi commandait à Bologqe , et a^veç le commandant de Forli. Les Napolitains étaient entrés à Ancpue comme amis et alliés ; ils entrèrent de même à Bologne le 5o décepibre. Ce fut alors que le vice-roi , ayant reçu des renforts provenant des troupes revenues d'^spagpe et des dépots d'Alexandrie^ réorganisa spn armée. Son quartier-géaérçil était à Yéroue.

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