INNOCENT III
CLXXTI* PONTIFE. DE 1 1 g8 A 1 3 1 6.
LoTHAiRE , de la famille des comtes de Ségni , eardinal diacre , du titre de Saint -Serge et de Saint-'Bacus , fut élu pape le S jani^ler 1 1989 sous' le nom d -Innocent III , et mourut le 1 7 fuillet 1 a 1 6. Ce pape* fut un de ceux qui honorèrent le plus la chaire pontificale par leurs talens et leur profonde instruction ; il fut aussi un de ceux qi:|i commirent les plus grandes et les jdiustiombreuses usurpations de pouvoirs ecclésiastiques et séculiers,' en abusant de l'opinion que l'Europe avaitgénéralement adoptée rdativement à la puissance pontificale. On ne croirait pas que les souverains temporels ont toléré les excès d'Innocent III en matière de juridiction ^ si les histoires originales, si les bulles mêmes et leurs effets permanens ne déposaient en faveur de la vérité des faits. II est difficile de faire , en peu de mots, l'exposé de tout les attentats de ce pape oi^eilleux et avare , double et perfide , ambitieux -et abusant *sans cesse de$ textes de l'Ecriture. Il
suffira de saToir qu'à force d'excoininuuicationt , d'interdits , de dépositions et de dispenses de serment, il entretint la guerre, pendant les dix-huit années de son pontificat, dans tout le monde et particulièrement en Allemagne, en Italie, en France^ en Angleterre, à Constantinople, à Nice, en Bulga^ rie , à Naj^es, à Genève, à Venise, et dans laOPales-^ tine. II n'y avait ni roi ni duc, ni comte ni baron , ni archevêque ni évéque, ni abbé, qui n'éprouvassent les effets de sa rage très-souvent impuissante et de ses excommunications. II s'attribua le droit de décider lequel des trois élus à l'empire avait le droit d'être nommé empereur, et il finit par les excom-« munier tous les trois ainsi que les princes qui venaient à la suite. Philipe Auguste et Louis YIII de France, Jean d'Angleterre et Pierre d'Aragon, ainsi que les chevaliers des trois royaumes, étaient en butte, à chaque instant, aux interditset aux excommunications. Le souverain anglais fut déposé avec tant de rigueur, qu'Innocent III voyant que les vassaux lui obéissaient, quoiqu'il les eût dispensés de l'obligation du serment , leur ordonna de- se ré* voUer contre leur maître, sous peine d'excommu* nieation. Malgré cela , Jean fut réintégré et comblé d'él€>ges aussitôt qu'il eût rendi» son royaume tributaire du Saint-Siège, et qu'il s'en fût déclaré vassaL II commit n>ille injustice» pour donner- de l'éclat à sa famille, et pour ékver son frère Richard au rang de souverain. Il envoyait des légats par tout, é tout instant, et pour n'importe quel mor
tif : ils étaient chargés d'arranger les affairés aux« quelles donnaient lieu les exactions monstrueuses dont ils ae rendaient coupables pour enrichir leur propre famille et celle du pape. II multiplia aTee excès les corporations intéressées à la propagation des nouvelles doctrines de Grégoire VU , avec les augmentations postérieures. Aussi, approuva*l-il Yerbalement ou par écrit, les intituts des Trinitàires , des Carmélites, des Dominicains , des Franciscains, de plusieurs autres ordres, et de certainea congrégations qui furent autant d'autres troupes auxiliaires pour appuyer les maximes romaines. 11 convoqua le quatrième concile général deLatran, qui fut le douzième des conciles génér raux du christianisme; il rendit un grand nombre de décrets sur les choses nouvellejs dans la disci-^ pline et dans le gouvernement ecclésiastique, et dont quelques unes eurent des suites fatales; il institua le tribunal de l'inquisition contre les hé<^ rétiques et les suspects d'hérésie. Ce tribunal a sacrifié dans la chrétienté plusieurs millions d'in-^ dividus. Ce pontife suscita et fomenta des guerres entre les princes chrétiens; la religion en était le prétexte. Il fut l'apologiste des détestables maximes de Charlemagne en Saxe. Enfin, on ne peut lire sans scandale l'histoire de ce pontificat, par l'abbé Fleury, malgré que celui-ci ait cherché, à cause de son caractère de prêtre , à peindre les objets avec les couleurs les moins désagréables
pour Rome. Sainte-Lutgardé , rdigièuse de Tordri de Citeaux > et oontomporaiiie d^Innocent III, raconte que ce pape lui ajqparut entouré de flammes; qu'elle l'interrogea, et qu'il lui fut répondu que trois choses l'auraient fait condamner au& flammes éteradUes, si, à l'heure de sa mort, la Sainte- Vierge ne lui eût accordé la grâce d'avoir uae contrition sincère de ses péchés ; mais qu'il était condamné à brùlier de ce feu jusqu'au )our du jugement dernier* Thomas de CanUmprato qui vivait à cette époque , dit que Saînte-Lutgarde loi raconta tout cela , et qu'elle lui désigna les trois choses , m^is qu'ii >ugeait convenable de les taire par respect pouir la d^ité d'wxsauT^aisi pontifia
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XIIP SIÈCLE.
HONORE ni,
CWÏVll* MNTIPK. — M là 16 A lilrj.
CBXGits Sabeixi 9 romain , oardinalprétte, fat élu
pape le 18 juillet 1 ai6y et mourut le lâ mars 1 ^^7
n suivit le systéoie de 0011 prédëceiBeur. Mo«s
feroiu connaître <juelques vérités qUoiqu'dles M
rapportent à des époques postérieures. Il convient
de savoir <f abord que tous les successeurs d'Inno-*
cent III ont siûvi la même marche , et que les
moyens qu'ils ont employés pour réaliser leurs
pro jets-ambitieux , ne plr^entent d'autre différence
fue celle que devait produire leur caractènre per-^
sonnel on les qiroonstances datis lesquelles ils se
trouvait^Bl* CaStp à l'oi^ett le plus terrible suooé*'
Hait, suivant que l'intérêt l'exigeait , âne humilité
qui n'était qtie feinte , et l'on peut dire que Rome
dirigeait sa tactique sur la connaissance qu'elle avait du caractère personnel de chaque souverain et de Tétat de ses affaires politiques.
Honorius prit part à toutes celles de son temps. A peine fut-il couronné, qu'il fit en sorte que les souverains envoyassent des hommes et de l'argent en Palestine, où la puissance des Latins diminuait chaque jour â proportion que l'ascendant des Mahométans allait toujours croissant. Les papes étaient intéressés à fomenter les guerres de croisades pour conserver le royaume de Jérusalem et ceux d'Asie, qui étaient ^ pour Rome, une mine inépuisable d'argent. Non-seulement celui que produisaient les ordinations de patriarches, d'archevêques, et les doutes sur les élections épis' copales allait grossir les trésors du pontife ; mais encore celui qui provenait des collectes pécuniaires que l'on. faisait en Europe, dans J^intention de secourir les saints lieux, était à sa disposition. U l'appliquait librement aux objets qui étaient h sa convenance; comme, par exemple, â Tachât de duchés ou de comtés avec les terres et les seigneuries dépendantes, pour quelqu'un de ses frères , de ses neveux ou pour quelque parent, afin que, parvennï a les faire considérer comme des princes séculiers d'Italie, il pikt leur faire contmcter, par le mariage, des alliances avec des familles souveraines où liées/de parenté avec elles* Le nombre des papes qiii n'ont pas payé un tribut à ce genre de vanité , est très^petit, et le scandale de» ëxiorsions
papales auxquelles ce genre de vanité donnait lieu était parvenu à un si haut degré, que les contemporains étaient réduits à trouver bon, le pape qui ne volait pas les fonds dépendans de son autorité^ et qui ne demandait pas de nouvelles contribua tiens 9 sous de vains prétextes, pour rendre ses neveux plus grands, soit en biens, soit en dignités. La mort de Jean , roi d'Angleterre , et la minorité de son fils Henri III , qui lui succéda , fournirent au pape Honoré , l'occasion de diriger 1^ affaires de ce royaume : il donna tant de soins aux affaires politiques, que l'administration du gouvernement de Rome parut avoir fixé beaucoup moins son attention ; il écrivait toujours comme s'il eût été le souverain direct de ce royaume, n'oubliant jamais de qualifier le roi de tributaire du Saint-Siège, et de se donner le titre de protecteur. Il agissait ainsi pour pouvoir commander en maître au roi d'Angleterre, en le menaçant, lorsqu'il le jugerait convenable à ses intérêts, de punir sa désobéissance imaginaire, soit par Texcommunication , soit eu le dépouillant de la dignité royale et de la puis* sance souveraine, soit en déliant les vassaux du seraient de fidélité, ou en leur interdisant toute communication avec lui , même pour les choses les plus nécessaires à la conservation delà vie ; soit enfin en offrant le royaume aux princes catholes qui , en le recevant, confesseront le tenir du t-Siége, se déclareront tributaires et dépendans de la volonté du pape qu'ils reconuattront
pour leur louverâm direct , podaeseeur des deb de Saiitil-Plerrç, Ticaire<ile Jésuf -Christ^ ificfe^I)ieu sur terre , et même Ditu ^ c|uaot au pouvoir ^ ( i&soleuce proclamée hérétique par le drok-caBcîti , et qui sera une preuve éternelle de riofàraie et âe l'orgueil pontifical.) Telle fut la conduite d'Honorius III dans les affaires d'Angleterre , soit lorsqu'il traitait avec ce pays , soit lorsqu'il voulait engager les rois de France , Philippe Auguste et Louii YIH, à ne pas continuer Foccupation dtt royaume d'Angleterre antérieurement recommandée et ordoonée par des bulles pontificales. On découvre la même conduite et les mêmes mffxnnes dans les lettres et dans la marche des affaires des rois d'Ecosse, de Hongrie, de Portugal, d'Aîragon, de Trébisonde, de Bulgarie, de Gonstantiàople , d'Italie, de Sicile et d'Allemagne , ainsi que dans celles (|ui sont relatives aux croisades contre ks Albigeei^, les Comtés de Provenoe, de Poix, de Careassonne , et \eê autres provinces de la Gascogne^ 11 en agit de même à l'égard de la Castille , lors de la mort du toi Henri V' et des prétentions d'Alphonse IX, i^oi de Léon. Enfin, il fut partout le même, parce que l'esprit était toujours lemênif, quoique les moj^ens fussent diffièrens.
Le despotisme pontifical était parvenu à son dernier période dans les affaires ecclési reliques: déjà toits les évéques étaient devenus les esclaves de la cour de Rome ; ils furent obligées de pnn mettre par serment qu'ils iraient visiter, une fois
par cinq ans, le tombeau des apôtres, et baiser ' la pantoufle du pape. S'ils exécutaient cette pro j messe , ils abandonnaient leur diocèse à la direction (
d'un vicaire , et ils dépensaient dans leur voyage , les sommes qui eussent servi à secourir les diocé- (sins qui étaient dans la misère : dans lé cas con* traire ils avaient besoin d'une dispense du Pontife, Voilà précisément ce qu'on désirait à Rome ; on ne l'accordait qu'à prix d'argent , de manière que ces grandes concussions mirent au grand jour l'iniquité dont ce serment était l'objet. Quand déjà on avait pourvu , pour ce qui concerne les évéch^s à tout te qui paraissait convenable aux intérêts de Rome, l'avarice et l'ambition lui suggérèrent le projet de se réserver des prébendes. Le pape Honoré en demanda deux par église cathédrale et deux habits de moine par monastère de l'empire Romain , du royaume de France et de tous les antres de l'Europe. On peut lire dans l'histoire ecclésiastique de Fleuri , les puissantes réflexions par lesquelles on prouve l'injustice du projet; mais si alors son exécution fut suspendue , les successeurs d'Honoré retendirent sur toutes les prâbendes et sur tous les bénéfices d'un rang inférieur. Cet abus prévalut presque partout, jusqu'au XVIII* siècle. H expédia des bulles d'approbation aux ordres religieux de Saint-Dominique, de Saint- François, de la Mercy, et des Carmes. Son prédécesseur avait déjà approuvé de parole les deux premiers.
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