‹ Portrait politique des papesChapitre 150 sur 190 · ALEXANDRE VI · texte numérisé non relu

ALEXANDRE VI

Cf^VI* J^OIÏTIVB. — 9B l4â9 â l5o3.

ttooBiGUE DB BoBGU, né à Yalencc en Espagne, neveu par sa mère du pape Calixte III , cardinal et archevêque du lieu de sa naissance , vice-chancelier de rÉglise romaine , monta sur le trône pontifical , le 1 1 du mois d'août 149^ 9 à Fâge de soi-» xante-deux ans ; il mourut à Rome le 1 8 du même mob de Tannée 1 5o3 , après avoir régné sous le nom d'Alexandre YL

Beaucoup d'historiens prétendent qu'il ne parvint à la papauté qu'en achetant les voix des car-

dinaux ; il est certain qu'il eût été difficile de don* ner à un pareil choix un motif louable et chrétien; car la yie d'Alexandre avait été et était toujours l^candaleuse. Tout le monde davait qu'il avait ea de, Catherine Yanoci quatre garçons et une fille qui vivaient encore.

Alexandre mit à l'encan tous les évéchés et les bénéfices ecclésiastiques , pour élever ses enfans , fruits honteux d'un si grand scandale* Louis de Borgia qui était l'ainé , fut le premier duc de Gandia, épousa une fille naturelle d'Alphonse II , roi de Naples, et mourut sans postérité. Le second , Jean de Borgia, succéda au titre de son frère : César, qui fut le troisième, devint cardinal évèque de Pampelune et archevêque de Valence : son père ayant ensuite annulé tous ses vœux, par un bref de dispenses , il fut marié à Charlotte d'Albret , sœur du roi de Navarre Jean d'Albret, et devint duc de Yalentinois et pair de France. Le quatrième frère fut nommé prince d'Esquilache, et devint le mari de Sanche d'Aragon , fille du roi de Naples Alphonse II. Lucrèce épousa en premières noces Jean Sforce, seigneur de Pesaro, fils du duc de Milan, et ensuite, Louis d'Aragon , prince de Tarente, fils du roi de Naples Frédéric III : elle fut mariée pour la troisième fois à Alphonse d'Est , duc de Fer rare. Ces cinq enfans furent dignes de leur père, et Rome, l'Italie et l'Europe entière furent efrra3'ées de leurs scandales , je me bornerai à rap-

porter, au sujet de Lucrèce, Tépitaphe que lui composa le poète Saunazar, son contemporain :

Bk jacet in tumulo Lucretim Domine , aed n ThaSs, Aiezandri filia, sponsa^ nurus.

• Ci-glt, sous le nom de Lucrèce, la moderne

• Thaïs , la fille d'Alexandre , sa femme et sa

•bru. 9

Les historiens de ce temps là assurent que Lucrèce avait été successivement la concubine d*Aleiandre YI et de ses fils Louis et César , et que celui-ci fit assassiner son frère et jeter son cadavre dans le Tibre. La simonie d'Alexandre YI était un fait public et journalier qui faisait dire au même satirique :

Vendit Alexander sacramenta , illtana , Christum. Emerat tlle prius : non ipse vendere potest?

«Alexandre vend les sacremens, les autels et Jésus- •Christ; puisqu'il les a achetés, pourquoi ne les •vendrait-il pas?»

L'ambition de ce pape et sa perfidie inventé-rent mille moyens de troubler la paix de l'Europe et de persécuter les familles des Ursins , des Colonne et d'autres illustres Romains, dont il confisqua les biens , au profit de ses enfatis sacrilègei qui

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toent Bmtà revêtus de letirs titres et de leurs éU gnités ; ce qui dôDUa lieu à cet autre distique :

Sextuf Tftrqmoius, Settm Nero, Settos et ipw : Semper sob Sextis, perdite Ro&iâ fuit.

«Rome a eu Tarquin pour le sixième de ses rois, ;i]Néron pour le sixième de ses empereurs; elle a •aujourd'hui son Alexandre Yl; le nombre six a » toujours porté malheur à Rome. »

On conçoit que ce pape ne laissa pas tomber 4an& l'oubli le prétendu droit du Saint-Siège sur ;tous les royaumes du monde : il accorda aux rois 4e CastiUo et d'Aragon toutes les terres qui n'appartenaient pas à des princes chrétiens ; de là, cette Ugne Atexandrine^ qui fut tracée immédiatement après la découverte du Nouveau-Monde , et qui assignait aux Espagnob et aux Portugais les points du globe où il pourraient étendre leurs conquêtes. Qui avait accordé un si grand pouvoir au pape? Ce n'était certainement pas Jésia-Christ , qui ne voulut pas même se mêler du parta^ d'un héritage entre deux frères.

Alexandre porta le mépris pour la dignité du nom chrétien jusqu'à appeler leà Turcs â Naples pour fahre la guerre aux rois de France : il promit au prince musulman une amitié perpétuelle» comme souverain du royaume de Raples et des autres états ehrétiens. Bajazet s'engagea â lui feur-

nlr des secours , et lui demanda le chapeau de car dinal pour Nicolas Civo, archevêque d'Arles, parent d'Innocent YIII , qui songeait à Félever luimême à cette digpité, quelque temps avant sa mort. Il désira aussi qu'Alerandte fit mourir son frère Zizime , prisonnier à Rome depuis le temps de son prédécesseur, et il lui offrit, pour prix de cette violation du droit des gens, trois cent mille ducats et l'alliance la plus étroite. Zizime mourut en effet sur ces entrefaites, non sans soupçon d*aYoir été empoisonné par ordre d'Alexandre.

La fin de ce pape abominable fut horrible. Il avait préparé avec son fils César, aussi méchant que lui , du vin empoisonné , qu'il voulait faire prendre à trois cardinaux fort riches, dont il devait hériter, suiyantrusage de ce temps-lâ.Ces deux monstres ayant demandé à boire avant d'entendre la m^sse , le domestique leur servit le vin empoisonné qu'ils avaient laissé sur une table; César échappa à la mort par sa jeunesse et la force de son tempérament ; mais Alexandre succomba, après avoir reçu les sacremens. La mémoire de ce pape sera en horreur à tous les siècles.

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GGXTU* POOTint. — w i5o3.

Feinçois PicoLOMiNi, ne'^eu du pape Pie II, fils de Ba sœur Léodamie , cardinal-diacre, surnommé de Sienne, fut élu pape, le 22 septembre i5o3, et mourut le 1 8 octobre de la même année , après à peine un mois de pontificat. Quelques écrivains disent qu'il n'était pas neveu , mais fils de Pie II. Plusieurs autres encore assurent qu'il fut empoisonné par Pandolphe Petrucci , gouverneur de Siennet

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