‹ Portrait politique des papesChapitre 152 sur 190 · LEON X · texte numérisé non relu

LEON X

CCXlV POf^TIFE. -—DE i5i3 A i5ai.

Jean de Médicis, né à Florence, cardinal-diacre, fut élu pape n'ayant que trente-six ans , le 1 1 mars )5i3, et mourut le i5 ayril i5âi.

On lui attribue la gloire d'avoir été le restaurateur des lettres et du bon goût : cet éloge serait plus juste, si on l'en eût appelé seulement le protecteur ; car on comptait déjà» avant lui, de très-sa* Tans critiques , tels que Antoine dp Lebrija , en Espagne ; Désiré Ersùme , à Rotterdam , et d'autres dans différens pays. Mais, même quand il en serait ainsi , ces éloges ne peuvent couvrir les ini* quités personnelles du pape , ni compenser les maux que produisirent ses passions.

Etant cardinal , il montra une inclination extrème pour la poésie ^ la musique , les festins et tous les genres de plaisir ; et s'il parvint au ponti* ficat , ce ne fut que pw conspiration des jeunes cardinaux qui désiraient et obtinrent un jeans

^97 pape. Les historiens complaisans de Rome disent qu'il n'intervint aucune simonie dans cette élection; mais de la Mirandole, son contemporain, dans son livre De fide et ordUne oredendi , où il examine la question si les papes et les conciles peuvent errer , parle ainsi de Léon X. « Nous nous > souvenons d'avoir eu et adoré un pontife qui 9 (ne croyant pas â l'existence de ÏDieu ) parvint au 1 comble de Tinfidélité. Il en donnait bien la preuve, •soit en achetant le pontificat, soit dans la pra»

• tique d^iniquités de toute espèce, car il avoua •devant quelques-uns de ses domestiques, que, ni

• avant d'être pape, ni après, il ne croyait à l'exis- •tence de Dieu • .

C'est pour cela que l'auteur de la Ricuêation €lu conoUs de Trente, écrivit que Léon X , après avoir dîné , fit disputer en sa présence deux philosophe» surrimmortalitéderâmcllsenlaissèrentladécision au souverain pontife, qui leur dit : « Le défenseur

• de l'immortalité a donné des raisons nombreuses

• et très-agréables , mais celles de son adversaire

• me paraissent plus fortes •. Le savant Bembo , qui fut depuis cardinal, voulut un jour, confidemment, lui persuader cette proposition, en s'appuyant sur un texte de l'Evangile*

Léon X en colère , lui dit ::c Quoi ! prétends-tu me w convaincre avec un texte de contes 2» E|n ajoutant à cela la vente des indulgences , sous prétexte des frais de construction de l'église de Saint-Pierre, nous ne devrons pas faire le portrait poUtiqne de

LéoiiX, eB nou^ guidant a w le récU des bulles pMitificales, ni sur les éloges que la crainte lui a f»*c4igués dan» Rome. Ses .ceutres » ia iïonduite ^ et le» témoignages publics de samagnificenee Mute moa^ daine 9 doivent nous en foujrnir les eouleurs.

Son ambition de contauoider à toute Fltalie» et d'élever, comme il y réussit, la iamSUe de» Méd»cis au .rang des souverôins de TEurc^, le reniiit Tinst^ateiur injuste des guêtres qti fiifèbC répftadre le, sang humain et appauvrireo* l'Italie. Ce fut par le» mêmes motifs qu'il fometita là gtierte entro Charles-Quint , empereur d' AUemagne ^ roi d'Eâ^ pagne 0t 4es Geux-Siçil^ ^ et François I"^ roi do France; et qu'il fut perfide dans ses tcaitésaTec les deux monarques.

Ojqk a coutume dé vanter beaucoup le 2£le c(u*il manifesta pour la pureté de la religion catholique contre Martin Luther et sa sèele. Jte rc^rderaia cet él(^6 comme juste, ^i ye voyais que Léon n*eùt point fourni matière aUx déclamations de Luther et des autres protestans, en réCormaiit sa cour ecclé* sîastiqud et les règlemens de la ehancdkrie, conformément aùi décrets des! condles de Cdustance, de Bâle.dt de Pise. Au contraire , U ne fit qu'ira riter davantage ceux qui , par dépit ^ en vinraoït à attaque]^ le dôgmé i et mirent^ par 14» les choses en pire état , aprèé les bulles de Léon X contre Luther. Queh senties effets qû'àprôduits sa conduite Ce sont ceux qiie noùi Voyons en Angleterte^ en Suisse y en Saxe y en Bavière , len ^oUande, en Aile-

en Suède, en DaApçmarck 9^ çç^ l^Viasie, cla^s Jç^ Etats-tnisd/ Amérique, eteadiyer3 autçe^paya^'o^-, tre-mer subordonnés à ces difféçeates puis^^ce^^ Ainsi la religion C5ith(>Uc|uc roipaiaç çesttroiivé^ réduite à un tiers de FEurope ^ aaaç putr^, yw^ motif que les a):)us de U cour de Jl^me , au:ique}^ téon X n'a pas vp\ilu remédier , ipéme au^ fliiliei^ de lorage. ; . . >

Dès le douzième ^iècle , le^ sépaf atjlop^ de 1%-* glise romaine commencèrent par leSrYft^idpis, (^J furent suivies par les Albigeois, Içi? "Wicl^ate^^ le9 llussitea,. et par tant dautre§ ju^qu'À L^^t^e^.^ Toutes fondaient leur apurée çur les déspi:4reft, lambition , Tavàrice et le despptisme des pi^^s , attachés au sjstéme de Grégoire YXI, 4 la fin di^ onzième siècle. Toutes publiaient qu^ Ilom^î étaif changée en i^abyloBe, et le p£ipe en antechrist. Tous les hommes pieux réclam^iiepf respectif eu^e-. ment la réforme des abu9) ^fiu 4'Qtcr aux héré^ tiques tout prétexta de se séparer de TEgli^e. Lejt conciles de.Gonst^ce et de 3ale ^'.occ^p^^en^ sérieusement de cet objet. Les^ pf\p^s cepen4an|; avaient méprisé l'exéçutiqh des dé^^retç , et x^e pensaient qu'à accroître leur grandçi|r tepjpo*relle.

Je crois donc que Léon X est l'auteur de tout ce que nous voyons. S'il eût été ce qu'il devait être, il aurait reconnu que le moine Martin Luther, dans le principe^ avait raison de déclamer contre la

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fente des indulgences , et , jaloux d'éviter les fa« nestes conséquences ultérieures , il aurait changé de système, en revenant, du moins pour gouverner l'Eglise , au mode en usage dans la première moi* tié du onzième siècle, s'il n'eût pas voulu , comme cela devait être , revenir à celui des quatrième et cinquième siècles , à l'égard des souverains temporels, ou à celui des premier et deuxième , â l'égard des évé^ues et des affaires ecclésiastiques. Luther, Calvin, Zwingle, Oecolampade, Melancthcm, Bucère et tant d'autres dissidens du seizième siècle fussent restés unis à TEglise : les Hussites de Bohême et des autres pays se seraient réconciliés ; les Russes et tous les Grecs ne se seraient pas désunis, et les rois des monarchies protestantes n'auraient pas eu d'intérêt à former des Eglises séparées de Rome.

Que les papes f enfin , soient tels que les douze premiers , et il n'y aura pas de souverain , de na« tion , ni de patriarche , qui aient de la répugnance^ à reconnaître la primatie de Rome, réduite dans les vraies limites des lÎTres canoniques du Nouteau-Testamenty des quatre premiers conciles gé« néraux , et de l'histoire ecclésiastique des six pre* Iniers siècles^

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