‹ Portrait politique des papesChapitre 169 sur 190 · URBAIN VIII · texte numérisé non relu

URBAIN VIII

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Mirts Baiexaini, de Florence , cardinal arche- Téque de Nazareth, fut élu pape le 6 août lôsS» J0U8 le nom d'Urbain, et mourut le 39 juillet

. Son élection fut précédée d'événeroens déplorablés ; Rome se partagea en factions pour manifester sa volonté. Les meurtres se multiplièrent dana les rues et les places publiques , ainsi que les. Tols et les violences qui accompagnent, pour l'or-^ dinaire, les commotions populaires. Les cardinaux étaient aussi divisés : les uns voulaient le cardinal Missini, les autres Boromée : les Français, les Té-* nitiens et les Savoyards voulaient Barbcrini, parce qu'il était mal affectionné à l'Espagne. C'est d'après cela que l'on peut soupçonner, avec quelque fon* dément, que l'on avait mis du poison dans les mets ou dans la boisson des membres du concis ve « car^

il mourut dix cardinaux , quelques évoques et des abbés qui y étaient renfermés , et beaucoup d'antre3 furent dangereusement malades. Alors Barberini fut élu d'une manière presque subite; on dit, à cette occasion ( je ne sais pourquoi ) qu'on avait YU yoler un essaim d'abeilles vers le Musée du cardinal , et on remarque qu'il avait pour devise des abeilles dans son écusson. Le lendemain, on vit sur la statue de Pasquin l'écusson du nouveau pape parsemé d'abeilles et au bas ce vers d'un partisan Français :

Mella dabuDl Gallîs ; Hispanis spiciik fige&t.

Ce qui signifie : « Ces abeilles donneront du mid ■ au Français, et leurs aiguillons perceront les » Espagnols. » Il s'ensuivit que lé lendemainonnàit, •sur la même statue, au bas de l'embléiDe des abolies , cet autre vers d'un partisan de l'Espagne:

Spicula si figent, emorietur apas.

• Si l'abeille cloue son aiguillon , elle mourra.»

Le jour suivant on trouva encore' sur la statue, avec les abeilles y ce distique d'un partisan du nouveau pape,

Mella dabunt cuhctis, et nuQi spicula figent, FSgcre nainque nescit princeps apum.-

^7 Avec cela , le public resta satisfail : car ces deux

Ters signifleiit que « les abeilles d'Urbaia YIII don* • neroat du miel à tous, et ne perceront personne » avec leur aiguillon , parce que la reine des abeilles » ne sait pas faire de mal. »

Il n'en arriva pourtant pas ainsi, puisqu' Urbain fut toujours contraire à Philippe lY d'Espagne^ dans toutes les affaires politiques qui se présentèrent sous son pontificat, et il le chagrina de mille manières; il le força quatre fois de changer son ambassadeur à Rome , en se plaignant de sa conduite.: cependant, il ne faisait que présenter, avec beaucoup d'égards , les plaintes de son souverain ; mais json crime était de ne pas se laisser séduire par les intrigues de Rome. Lors de la révolte des Catalans et des Portugais, il favorisa indirectement les premiers , parle moyen du roi de France, et les seconds , en refusant les bulles de confirmation des évèques que présentait Philippe. Les choses en vinrent au point que le bruit se répandit quon avait cherché à empoisonner Urbain , de la part du gouvernement Espagnol , et ce fut un des chefs d'accusation qu'on présenta au roi contre le^ comte duc d'Olivarès, lorsqu'il eut perdu le ministèrie et sa faveur.

A l'égard du népotisme, Urbain surpassa tous ses prédécesseurs, et ses soins continuels furent d'enrichir ses parens et de les élever en dignités. Il donna deschapeauxde cardinalà son frère Antoine,

H8 capudo , et à ses deux neveux François et Aoloiae : des archevêchés et des évéchés à des enfans à la mamelle, et des abbayes à ceux qui n'étaient pas encore engendrés , en s'engageant dans les conventions matrimoniale^ de la nièce, à conférer les abbayes qui seraient vacantes à la naissance dupre- ^iiçr enfant. 11 nomma son frère Tadée capitaine général de TEglise, prince, duc, marquis, comte, baron et seigneur d un grand nombre de eommu* nés. Le dernier prince de la muson de Rovère, qui. étoit descendant du Pape Sixte lY, laissa beauoo«p d états et de titres à la disposition de {'Église Romaine , et Urbain les donna à Tadée. Il voulut faire la guerre à Edouard Famèse, «tle dépouiller dû duché de Parme et Plaisance, pour le donner aussi à Tadée ; mais le duc sut se main* tenir par la protection de l'Espagne, et parvint à j$e faire redouter. Urbain tenta de faire révolter Kaples contre Philippe lY, pour y couronner son frère, mais il ne put y réussir. Enfin , il chercha à rendre le . pontificat héréditaire dans sa famille, ^n traitant avec les cardinaux pour qu^ils donnas* sent leurs suffrages à son neveu le cardinal Fran<çoî^ : il leur offrit à chacun une ville des états pon* tificaux en souveraineté usufruitière et honorifiqpe, sur leur téfe et sur celle d'un neveu ou d'un parçnt qu'ils désigneraient ; mais il ne put réuair les sufirage» nécessaires. Alors il se borna â les enrichir, et il le fit à un degré scandaleux. Il est fa-

^49 cile de; concevoir coiubien on commettait d'injustice dans la distribution des revenus ecclésiastiques, au préjudice de ceux qui avaient droit de les obtenir. Beaucoup de faits particuliers démontrent les désordres extrêmes du gouvernement sous la direction des neveux. On peut en voir de fort plaisans dans l'ouvrage Italien imprimé en 1667, sous le titre du Népotisme de Rome. Il Nepo^ tiêmo di Roma.

. Urbain détermina le jésuite Santarella et quelques autres à écrire pour prouver que les. papes ont le pouvoir de détrônerles rois et de donner leurs royaumes a ceux qui ont bien mérité de l'Eglise, .non-seulement dans le cas d'hérésie,' mais même pour tout autre manque d'obéissance et de soumission aux ordres du souverain pontife. Cette* entreprise était inutile, puisque l'expérience avait déjà prouvé qu'une telle doctrine était méprisée dans la pratique. D'un autre côté, un jésuite de Madrid^ confesseur du comte duc d'Olivarès^ écrivit, sous un nom supposé, contre Santarella, afin de prouver que tout pouvoir pontifical dans les affaires temporelles et contre des laïques était nul , et devait être regardé comme une usurpation; que, même dans le spirituel, ce pouvoir ne s'étendait pas au-delà de l'évéché de Rome, que le pape était inférieur au concile, et que les censures de la bulle in cena domini étaient paiement nulles et méprisables.

Galilée fut condamné comme hérétique , parce ce qu'il avait annoncé des vérités connues maintenant de tous les astronomes , des bons physiciens et des Romains eux*-mémes : telle que celle qui démontre que le soleil est le centre du système solaire, et qu'il ne tourne pas comme on le croit vulgaire ment ; qu'il reste immobile dans son orbite, et que la terre est une planète qui tourne autour du soleil.

Urbain laissa sans décision les controverses sur la grâce et sur le libre arbitre : sujet étemel de dispute entre les jésuites et les dominicains, et source de haines dissimulées sous le voile de l'hypocrisie. Il en fut de même de la querelle des Dominicains et des Franciscains , sur la question de savoir si Marie , mère de Jésus - Christ , fut exempte ou non du péché o^ginel , dès le premier instant de son être : chose que personne ne peut vérifier.

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