‹ Portrait politique des papesChapitre 170 sur 190 · INNOCENT. X · texte numérisé non relu

INNOCENT. X

CCXXXVIU* PONTIFE. — DE l644 A l655.

Jeân-Baptiste Pampuili, né à Rome, cardinal, fut fait pape le i5 septembre i644, sons* le nom d'Innocent, à Vàge de soixante-douze ans , et mourut dans la nuit du 6 au 7 janyier i655. Tout son pontificat fut un scandale continuel, par les dispo* sitions despotiques du gouyemement laissé dans les mains d'Olimpie Maldachini, sa belle-sœur. L'abbé Gualdi, domicilié alors à Rome^ écrivit l'histoire et la yie de cette matrone : il dit que le cardinal Pamphili, long-temps avant son élévation au trône pontifical, vivait avec sa belle sceur, dans une amitié si intime que tout le monde soupçonnait que la bonne conduite extérieure du cardinal était l'effet des conseils de la dame intri-» gante, afin de lui procurer le pontificat qu'il par-* vint à obtenir. Mais à peine Innocent fût-il nommé

pape, qu'il déposa le masque. Il crut, sans doute,

qu'à Tâge de soixante-douze ans» personae ne pouvait mal interpréter ses familiarités avec elle , et il la rendit si scandaleusement maîtresse de toutes les affaires ecclésiastiques, qu'il la faisait assister aux consistoires, aux réceptions d'ambassadeurs, et aux autres audiences de ce genre. Pour la décence, elle était cachée par un rideau , derrière le trône papal; mais tous savaient qu'elle écoutait les propositions et les conférences, auxquelles elle pre« nait quelque fois part. Tout le monde appréciera un tel abus. Les ambassadeurs des princes chrétiens, qui avaient quelques prétentions à Bome, ne faisait aucun cas du pape, ni même des cardinaux neveux, à cause de leur jeunesse; l'opimon de quelques écrivains est qu'ils étaient plutôt fils du pape que de son frère. Ils s'adressaient de préférence à leur mère , et les présens étaient proportionnés à l'importance des affaires. C'était elle qui vendait les chapeaux de cardinal, les patriarchats, les archevêchés, les évéchés et les autres dignités ou bénéfices ecclésiastiques*, au plus offrant : par ce moyen , elle parvint à amasser plusieurs millions d'ccus romains , sans compter ce que ses fils recevaient séparément pour s'intéresser auprès de leur mère.

Unie avec les cardinaux Barberini, ses anciens ennemis , elle trama , d'accord avec le pape , une co^spiration pour faire soulever le royaume de Naples contre Philippe lY d'Espagne , dans le des-

sein de faire de tout son territoire diverses principautés y relevant immédiatement du Saint-Siège^ et de les repartir entra les membres des deux fa-milles Pamphili et'fiarberini. Le cardinal Artali; neveu adoptîf du pape , révéla le secret à la cour d*Espagne, elle pro)ets'évauouit; mais Innocent révoqua l'adoption d'Artali , lui défendit de s'ap*. peler Pamphili , Texila de Rome^ et lui imposa de grandes pénitences.

Le vénérable Jean de Palafox, évéque de la Pnebla des Anges, ensuite archevêque et vice^ roi du Mexique, écrivit au pape pour lui faire connaître les excès des jésuites en Amérique , et le tort que cela faisait à le religion catholique ; mais il ne se conforma pas au moyen facile qu'il avait de vaincre, en envoyant à Olimpie les trésors du Mexique. Aussi, TalFaire resta dans le même état, et le mal s'accrut de jour en jour.

En 1648 , se conclut le fameux traité de Westphalie , qui a servi de rè^le , quant aux maximes du droit des gens, pour les traités diplom^wues , conclus postérieurement en Europe ; preu^equ'il avait été sagp et bien médité. Cependant, Innocent le désapprouva, et le condamna comme nul, injuste, illicite, contraire à la religion, et offensant les droits de TEglise et du pape. L'empereur et les princes d'Allemagne , les rois d'Espagne , de France, d'Angleterre et les autres puissances méprisèrent

la bulle de condamnation, comme elle le méritait, et le traité resta inébranlable. Sur quoi se fon* daient les plaintes du pape? Sur ce que l'on avait accordé certains avantages et quelques prérogatives aux électeurs protestans et à leurs tetritoires, relativement à la liberté du culte et à U^ propriété de temples et de biens. Jamais les papes n'ont voulu admettre la vérité lumineuse, qu'ils n'ont d'autre droit que^celui de se mêler du dogme , de la morale , et de la discipline universelle , comme les douze premiers papes; mais que tout ce qu'on a toléré dans leurs successeurs est une • usur-* -pation.

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