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n'est autre chose qu'une prétention arbitraire encouragée par la déférence des eVéques et des souverains ^ mais qui ne peut former aucun titre durable contre l'intërét et la volontë des nations ; le droit naturel et le droit des gens donnant toujours à celles-ci le pouvoir de revendiquer leurs prérogatives sans préjudice de leur croyance religieuse.
Cette croyance ne dépend nullement de la soumission aux décrets arbitraires du président de la congrégation des chrétiens ^ mais bien de la foi dans les mystères de la religion et dans l'observation des préceptes du décalogue. Quel délire, de penser, qu'avec la foi de l'apôtre Saint-Pierre, et reconnaissant en ses successeurs le pouvoir spirituel dont ce saint a joui, mais non le pouvoir qu'ils se sont peu à peu arrogé, je pourrais être réputé hérétique ! Non : ma religion ne dépend pas de la volonté d'un pape ; je resterais catholique lors même qu'il ne Toudrait pas me regarder
va)
comme teL Ne serait-il pas étrange que mon salut éternel dépendit de la dëcision d'un homme dans sa propre cause. Qu'il soit pape comme Saint-Pierre l'a été, et je serai chrétien comme on l'était à cette époque.
Une des armes les plus puissantes sur le vulgaire et la plus communément employée par les Romains pour asservir les autres nations^ est la prétendue sainteté des papes^ et l'influence attribuée au Saint-Esprit dans leur élection et leur administration. Les conséquences dangereuses d'un tel principe^ m'ont fait concevoir le projet d'éclairer les ignorans de bonne foi ^ en leur faisant voir l'erreur dans laquelle on a voulu les entraîner. J'ai donc cru utile de tracer une esquisse rapide de la vie des papes ^ et de présenter le tableau des moyens employés par chacun pour arriver
au pontificat^ de sa conduite politique , de ses taiœurs particulières et du système politique
* qui a servi de base et de soutien à ses transac-
dons. Je n^inventerai rienj parce que rhistoive ne doit pas être une crëatiqn , mais bien une collection de faits. Je tirerai tout des sources les plus respectables. Les actes des conciles, les ëcrits des Saints-Pères^ les narrations des écrivains impartiaux contemporains > ou les plus rapproches des diverses époques; les reproches des adversaires et leurs réfutations officielles; ^nfin^ tous. les mémoires recueillis parles historiens les plus scrupuleux^ me seront garans que je ne suppose rien> et que je n'adopte pas aveuglément des faits destitués de preuves. M. Raimond et quelques autres écrivains ont admis quelquefois trop légèrement de semblables informations. Le faux ne peiit jamais servir une bonne cause > surtout quand la vérité seule suffit pour assurer la victoire.
Pai la conscience que les portraits polili- <^s que j'ai eu dessein de tracer feront conmitre les papes ^ de manière que personne a
Tavenir ne puisse se laisser tromper que volontairement; chacun y verra que tout ce qu'on a voulu nous faire croire jusqu'ici relativement a l'intervention du Saint-Esprit dans la nomination des papes^ n'est qu'une fable , un mensonge ridicule^ et que les moyens pratiques pour obtenir la tiare ^ ont eu leur source dans les passions humaines souvent les plus honteuses. On y verra que la vie d'un grand nombre de papes a ëtë telle que ce serait faire insulte au Saint-Esprit^ que de lui attribuer de l'influence dans le choix de ces monstres de vice , imposes comme chefs de l'Église chrétienne. On y verra encore que la plupart ont eu pour système constant d'étendre la dignité de l'évéque de Rome par le titre nouveau d'évêque universel, de vicaire, de lieutenant-général de Jésus-Christ sur la terre, et que, sous l'apparence du zèle, ils ont propagé dans tout le monde l'incendie de la guerre, et ont détruit par millions des gêné-
ratioDS entières. On trouvera dans cet ouvrage tout ce qui est nécessaire pour savoir que les nations doivent regarder avec mépris les bulles et les brefs des papes en tout ce qui diminue et circonscrit Fadministratien temporelle ^ l'indépendance et la liberté. On y verra enfin que , malgré les vaines clameurs des prêtres et des moines mal intentionnés > ou ignorans et irréfléchis^ il est possible d'être chrétien , catholique , apostolique et romain^ réuni dans la foi avec Saint-Pierre, et dans la charité et l'obéissance religieuse avec ses successeurs, sans reconnaître en eux plus de pouvoir qu'on u^'en reconnaissait dans Saint-Pierre et ses successeurs immédiats. Saint -Lin, Saint- Clet et Saint-Clément.
Depuis la naissance des disputes, au sujet de la suprématie de TEvéque de Rome sur les autres évéques du monde chrétien, et au sujet des limites de cette suprématie, les écrivains du parti romain , intéressés à la grandeur de ce parti, se sont cflForcés de donner toute l'autorité de vérités dogmatiques et hors du domaine de la controverse, à certaines propositions purement historiques, qui offraient une base à leurs prétentions.
La première de ces propositions , c est que la présidencedu collège apostolique donnée par Jésus- Christ à Saint-Pierre, était une prérogative non pas personnçUe, mais transmissible à Tévéque qui lut succéderait dans ladministration de Téglise particulière confiée à ce saint, après l'ascension de Jésus- Christ.
La seconde, est que leglise particulièrement gouvernée par Saint-Pierre, comme sienne, fut l'église de Rome où il souffrit le martyre.
La troisième, que Saint-Lînus, Saint-Clet et Saint-Clément , successivement Evoques de Rome, après la mort de Saint-Pierre , obtinrent par suite d'une disposition divine et d'une concession de Jésus-Christ, les mêmes prérogatives et la même prééminence dont Saint-Pierre avait joui, pendant sa vie, sur les onze autres apôtres.
La quatrième , que cette prérogative et, cette préférence est aussi grande, aussi illimitée, aussi universelle qu'il convenait qu'elle le fût pour que le véritable vicaire et lieutenant-général de Jésus*
Christ sur la terre, pût gouverner l'église universelle avec un pouvoir égal à celui qu'aurait Jésus^ChrUt lui-même, s'il ne fût pas monté aux deux, et s'il eût gouverné par lui-nictne en personne.
11 y a beaucoup à dire sur ces quatre propos!^ tiens. Des ouvrages très-savans ont élé écrits pour éclaircir ce. qu'il y a de vrai dans chacune, et pour démontrer l'abus fait par la cour des Papes, de la crédulité publique , afin d'exercer un pouvoir toujours arbitraire et souvent injuste, à l'aide d'un voile de religion. dont elle couvrait ses démarches. Ce mot seul impose à la plupart des hommes qui préfèrent souffrir dans leurs intérêts plutôt que de manquer en rien â ce qu'on leur dit faire partie de la religion.
Je ne me propose pas d^examiner à fond, en ce moment, ces quatre propositions; mais ce que \e puis du moins affirmer' à mes lecteurs, c'est qu'elles ne sont fortifiées par aucun témoignage tiré de l'écriture sainte, ou de tout autre écrivain particulier, digne de la confiance d'une critique éclairée; et qiie diverses circonstances concourent au contraire à faire douter, avec assez de fondement, que jamais Saint-Pierre ait été à Rome, et y ait souffert le martyre; et, à plus forte raison, que ce Saint ait fondé où pu fonder l'église de Rome, comme un siège qui lui fût propre, de manière que les évoques qui lui sDccéderaîent dans ce siège de Rome, succédassent a^ssi universellement à
tous les pouvoirs et à toutes les prérogatives dont il jouissait lui-même.
Saint-Luc a écrit les actes des apôtres , pendant un séjour qu'il fit avec Saint-Paul à Rome, en 61 . Si , comme on le dit, Saint-Pierre avait fondé cette église en 4^; ^'îl ^^ quitté Rome en 49 9 dans le bannissement qu'il partageait avec tous les Juifs; s'il eût enfin assisté en 5o au concile de Jérusalem, sur la coutumce de la circoncision , ne serait-il pas étrange que Saint-Luc -eût gardé le silence sur ce point , lui qui rapporte beaucoup de choses bien moins intéressantes que la fondation de l'église de la capitale de l'Empire. Si Saint-Luc aût eu l'opi-* nion des Romains des siècles modernes , il devait regarder l'Église romaine, non-seulement comme apostolique, mais de plua, «comme la principale et la souveraine de toutes les églises apostoliques. Cependant, on ne peut trouver dans son histoire la moindre parole d'où l'on puisse inférer que Saint- Pierre ait été à Rome et y ait fondé son église.
Il est certain, qu'au nombre des chrétiens qui lurent bannis de Rome avec les Juifs , d'après le décret de l'empereur Claude, se trou^èfent Aquila et son épouse , Prisce ou Priscille. Aussitôt après la mort de cet empereur, en 54 , et sous le règne de Néron , le décret cessa d'avoir son efiet , et on vit revenir à Rome les Juifs bannis , ainsi que eet Aquila et son épouse. N'était-on pas autorisée à supposer que si Saint-Pierre eût réellement fondé
Téffiêe de Rome, il serait revenu a Bome, aiasî
que le firent les autres? n'aurait-il pas mieux aimé se fixer dans son propre siège , que d'aller prêcher ailleurs?
Dans les différentes lettres que Saint-Paul écrivit de Rome à Philémon , aux Golossiens , aux Phi-< lippiens et aux Hébreux , il ne fil pas même men-tion de Saint-Pierre et de sa possession en pro{Hre de relise de Rome. Il se contente de dire en tétâmes généraux que le principal évéque qui Fadministrait en ces temps ,. était Saint-Clément. Un srlence si constant sur le compte de Saint-Pierre j et Fabsence continuelle de ce dernier de Rome, durant les onze ans qui s'écoulèrent de 49 ^ 61, sont sans doute des motifs assez péremptoires pour révoquer en doute la térité du voyage qu'on loi fait faire à Rome en 43 » pour y fonder son église.
Le même Saint-Paut , après de longs voyages,. revint à Rome en 66. Il fut accusé devant Néron ^ et se défendit lui-même et sans le secours de qui que ce soit , selon qu'il l'écrivit ensuite dans sa se^conde lettre à son (Hsclple- Tinaothée. Si Saint- Pierre eût été i Rome,. U parait impossible decroire qu'il eût mtanqué d'assister Saint-Paul.
Et cependant tous les historiens , depuis le troisième siècle, affirment que Saint -Pierre et Saint* Paul souftrirent le martyre à Rome en 67 sous le rè« gne de Néron. Ih s'autorisent en cela du témoignage de Papias et de Saint- Justin , son disciple ; écrr-
Tains du deuxième siècle, bien que PapîasBoLt regardé comme un écrivain crédule, toujours prêt a adopter des traditions erronnées, même en. ce qui concerne les apôtres; et bien que Saint-Clément, Quteur du premier siècle, écrivant de Rome aux Corinthiens , leur parle de Saint-Pierre comme étant mort dans l'Occident , sans désigner la ville de Rome, ainsi qu'il eût paru. naturel qu'il le. fit, puisque c'était de là qu'il écrivait sa lettre.
En supposant que le témoignage de Papias mé* TÎtât toute créance, ce qu'on en pourrait conclure, c'est que Saint-Pierre alla à Rome, en 66, et y Bouffrit lemartyre en 67,61 non pas qu'il y alla en43. Si, en effet, Saint-Pierre est allé à Rome, et qu'il y ait fondé une église , il paraîtrait que du moins il ne la regarda pas , durant vingt-trois ans, comme particulièrement sienne, puisqu'il n'y fixa pas sa résidence, et ne la dirigea pas même par lettres, comme Saint-Paul fit des églises deCrète, d'Epfaèse, de Tliessalonique, de Philippe, de Colosses et de Rome même qui, à en juger par ses soins et son zèle, lui doit , à cet égard, plus qu'à Saînt-Pierrç,
Les critiques philosophes qui censurent libre-* ment les actions humaines , en ne les jugeant que d'après les principes de la raison naturelle, ne reconnaissent pas dans Saint-Pierre autant de vertus que les zélés catholiques. La mort d'Ananias et de Saphira est regardée par eux comme un injuste as^ sassinat. Les philosophes ne peuvent croire quel'actionde cacher unepar tiède ses propvesbieus. quand
déjà on en a donné volontairement une partie, soit VQ crime qui mérite la peine capitale. Ce châtiment, si 'disproportionné avec la faute, les choque d'autant plus, qu'ils voient ce saint laisser impunis les assassins de Jésus-Christ et ressusciter Borcas à Josse , pour lui avoir rendu quelque petit service. Il nous serait difficile , en effet y de repousser de tels argumens si nous n'avions recours à Tinterprétation facileofferte parla religion catholique, qui nous fait voir dans tous les actes des apôtres des mystères supérieurs à notre faible entendement.
Les mêmes philosophes prétendent que si Néron fit mourir Saint-Pierre , ce ne fut pas uniquemeilt parce qu'il était chrétien , mais plutôt parce qu'il troublait Tordre civil, en excitant les citoyens à mépriser les dieux de l'empire dont le culte faisait partie des lois romaines. Ils ajoutent qu'il pouvait fort bien croire ce qu'il regardait comme vrai ^ et mépriser en son cœur ce qu'il regardait comme faux , ou communiquer même ses idées à ceux €{ui l'interrogeaient , sans aller ébranler les lois les plus sacrées de l'empire, en proclamant son dissentiment et son mépris
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