EVARISTE
IV* PONTIFE. ~ Dï 100 A IO9.
Je ne parlerai point de Saint- Anaclct , parce que les critiques moderpes s'accordent à dire que c'e^t la même personne que Saint-Clet. Ainsi , malgré ce qu'a écrit reslimable Bernard Platius, qui s's^ puyait sur l'histoire d'Eusèbe , évéque de Gésarée, je complerai pour quatrième pontife Saint-Evariste, dont l'existence n'a point été contestée.
Nous ne savons rien de certain sur sa vie, si ce n'est qu'un moine du huitième siècle fabriquia un grand nombre de fausses décrétalçs ou constitutions desévéques de Rome, des quatre premiers siècles,. dans lesquelles on supposait^u'on avait traité difierens points relatifs à la discipline et à l'administration universelle de l'églUe chrétienne. Parmi ces lettres supposées, il s'en trouve une attri-*
TOUS I. . a
buée à Saiat-Evariste. L'imposteur les avait toutes 1 rassemblées en un volume , en les entremêlant 1 avec d'autres dont l'authenticité était reconnue, et avait donné à tout l'ouvrage le titre de CoUection 1 de Canons et EpiPres pontificales. Pour leur im- i primer plus d'autorité , il usurpa le nom d'un sa- t vaut espagnol du septième siècle, Saint-Isidore, archevêque de Séville, aussi vénéré dans toute 1 l'Europe par ses connaissances que par ses vertus. Il introduisit son o.uvrage dans les archives d'un certain monastère de la ville de Fuldes , en Allemagne, sous le règne de Charlemagne, et fit en i sorte de faire retrouver son livre comme par l'effet d'un heureux hasard. L'ignorance générale et le défaut de connaissances critiques de cette époque,
' ne permirent pas de concevoir des soupçofis sur i cette supercherie. On crut que ce recueil était vraiment dû à la science et au zèle de Saint-Isidore de Séville, bien que, .pour mieux couvrir son imposture , l'inventeur l'ait attribué à un Isidore , marchand , suivant les uns , pécheur j suivant les autres. Cette découverte fut célébrée à Rome,
' comme celle de la chose la plus précieuse , et on ne doit pas s'en étonner ; en faisant passer pour véritables les décrétales de cette collection , les papes en pouvaient tirer des témoignages d'une grande antiquité , pour s'autoriser dans l'exercice d'un pouvoir inventé par une ambition persévérante, soutenu par une politique corruptrice et
' graduellement augmenté par rignoroliêe'^néralc
»9 et par un respect de superstition plus que de dé^ tolion pour le sî^e de Saint-Pierre. Certes , per*
I sonne ne verra de témérité â croire que l'auteur YÙitable de ces faussetés fût quelque fanatique adulateur des Papes, ou quelqu'autre Romain intéressé à Tagrandissem^Càt du pouvoir pontifical.
Les Papes, qui avaient un si grand intérêt à confirmer le crédit de leur autorité , commencé* reat dè»-lors à canoniser ces décrétâtes, et d les ciler comme des lois dans toutes les occasions où il leur convenait de s'en servir, pour exercer leur pouvoir sur les autres évéques-ou églises du monde chrétien, dont le gouvernement intérieur et par»
I ticuUer ne leur appartenait que par usurpation. C'est pour cela qu'elles furent insérées conune au* thentiques, dans les collectiops canoniques d'Yves, évéque de Chartres, au onziènie siècle; du moine Gratien, au douzième; et dans celles qui furent eûtes depuis.
Les critiques du seizième siècle découvrirent eette fiction. Ils firent voir que si on confrontait les lettres antérieures au pape Siricius avec les canons véritables des conciles , les œuvres des Saints- Pères et les monumens authentiques de l'histoire, on remarquerait dans leur contenu un style toutà-fiiit opposé aux coutumes des quatre premiers siècles. Ils prouvèrent que, pour adopter comme vraies plusieurs choses de ces lettres apocryphes , il fallait supposer que les coutumes et les opinions du sixième siècle et d\\ septième eussent été les
jnémeB t[ue celles des quatre premiers siècles, tan* dis que le contraire est déitiontré. Ils firent observer que quelques clauses étaient prises presque littéralement des écrits de Sdint-Aogpustin, de Saint- Jérôme , de Grégoiire-î-lc-Grand et de plusieurs pères de Té^lise des cmquième, sixième et septième siècles.
L'auteur de cette imposture n'avait pas prévu* qu'il viendrait un tempsôû la critique ferait d-aussi scrupuleuses recherches ; elles ont même été pioussées si loin depuis le seizième siècle, que lés'Ro-> mains eux-mêmes vont jusqu'à croire aujourd'hui que les décrétales antérietires â Siricius sont supposées, et cherchent à soutenir leur autorité usur* pée par divers argumens dont la faiblesse leur est parfaitement connue, bien que l'avantage qui revient à la cour de Rome de l'opinion contraire, les empêche de l'avouer.
Plut à Dieu que les gouvernemens de toutes les nations chrétiennes déployassent la même fermeté que les Papes! ils les auraient bientôt contraints à céder, en leur disant : Nous voici tout prêts à re* connaître dansI'Evéque de Rome une suprématie semblable à celle qui fut exercée par Saint-Pierre et ses successeurs immédiats, mais rien de plus. Si le Pape veut bien s'en contenter, à la bonne heure ; sinon , qu'on s'en prenne à lui seul , si , malgré notre désir de faire -partie de la même église , il nous force à nous regarder comme une église distincte et séparée.
lWi»»W>M>i%»^(lM<W»M<»%»WWW^^iW^WMft»»tMtWWM^