HENRI' MURGER
bourgeois, la victime éternelle île la bohème. De joyeuses lilles un peu artistes, un peu courtisanes, prenaient souvent le chemin de râtelier, qu'elles égayaient par leurs rires et leurs chansons. On travaillait par boutades et à bâtons rompus lorsque l'on avait épuisé l'arsenal des excentricités, ou. chose beaucoup plus facile, le sac aux écus, mais, à l'éternel honneur de cette jeunesse, sans Bel, sans haine, sans envie, sans songer à maudire ou à renverser un monde qui la regardai! passer avec plus de sympathie que d'indifférence. C'esl à cette époque que l'un des bohèmes. eomel't, d'un habit qui le faisait superbe par derrière, est rencontré par un ami beaucoup moins bien vêtu, et complimenté sur la richesse de son costume. Il se retourne alors, et, indiquant l'habit trop étroit par devant, lui dit ce mot d'une si charmante philosophie ; « Quarante sous de plus, mou cher, et je le boutonnais, i
Cette effervescence dura peu, et ce courage à supporter la mauvaise fortune porta ses fruits. Aides le> uns par les autres, ils sont ions arrivés sinon à la richesse, du moins à la considération que le talent, doublé de persévérance, Bnil toujours par obtenir.
Les Scènes de la bohème, comme l'indique le titre, sont plutôt une suite il étioles qu'un livre ordonné et réglé d'après les préceptes admis. C'est un roman h tiroirs, pour me servir d'une expression consacrée dans l'argot du théâtre. Quatre jeunes gens, Marcel, Rodolphe, Schaunard et Colline, l'un peintre, l'autre
poète, le troisième musicien, le quatriè savant, sont
réunis par hasard. ■ In causant et en discutant, ils s'aperçurent que leurs sympathies étaient communes, qu'ils avaient tous dans l'esprit la même habileté d es-
ITIUITS \ IV PLU Ml
I |iii ppayi - 'M- blrsseï p| que toulag
los un. -, \. i in, tic i
ie aveiilun u
le leuw belles
sislcr les rlm-
Vu milieu .1. i 1.I..11
du roman, loul hu>
i le |mi.I..ii .lu .1.'--
i .1. - ilouloura
li -u|.|...i-
,ii - |ej
pu -.lui iloi m
HENRY MURUER. 18
sentiment du devoir, le respect de soi-même, tiennent bien peu de plaee; mais il ne faut pas oublier que ce sont ici des peintures de la vie de jeune homme, et que les femmes auxquelles ils s'adressent, par leur manque complet d'éducation, parles tristes exemples qu'elles ont incessamment sous les yeux, sont moins coupables que d'autres et ne peuvent pas être jugées avec la même sévérité. Natures abruptes et sans culture, les instincts du cœur, quand elles en ont, parlent obsolument seuls chez elles, et, sœurs de Madeleine, pécheresses humides et ignorantes, elles ont trop aimé pour qu'il ne leur soit pas beaucoup pardonné.
Mimi est douce, modeste, résignée, aimante; la vanité', le grand ressort des femmes, ne joue presque aucun rôle chez elle. Elle a de l'esprit, mais plus de ni'iir encore, et ne peut se résoudre à se livrer à qui n'a pas su toucher son cœur. Aussi, après s'être séparée de Rodolphe, son amant, et avoir vainement essayé de la vie de courtisane, la pauvre Bile revient-elle se purifier et mourir dans ses bras. C'est la cousine germaine de la Berneretie d'Alfred de Musset. Musette, au contraire, a la tête devant le cœur, il foui s'emparer de l'une pour arriver jusqu'à l'autre. Organisation vive el fiévreuse, elle ne sait pas résister à qui l'a amusée un instant. Ce u'esl ni le cœur, ni l'instinct, ni à plus forte
raison la réflexion qui la guide, c'est s saprice. C'esl
là la suprême loi de son existence. Loi inflexible donl elle souffre par moment, mais que sa gaieté lui fait vite oublier. Au fond elle apprécie el aime Marcel, mais son
caractère inconstant et léger donne de fréquents dé n-
iis à cel amour. Elle a beaucoup de cel attrait malsain doni \|;inon l.e^cani mt;i le i\ | terne! et magnifique.
m PORTRAITS A I.A PLl'MI
*< ■ .II- lu /•<>//>' III.
Ii ur- élu- émom • i ne surtout m'a
i. Ipho, soûl la min
ne un .1 un loui Im «tnvenii •' pleine inti rroge . i f.,ii retentit
\ l.iil.. m. •!!-<• .1 ti'ii ible el comme Ira pi il entre nous | ri
I il jnie île m il bien in.- je voua
i .1 plus, mon l'i. u' 0 jolie
ni le ilclin
mu I J uiilii|ii
un m."
Ii ii u U ! . Iitte
IIKNIO MUttGER. M
préciable rencontre que celle d'un livre exclusivement littéraire — et les Scènes île In bohème en sont un. Il est peut-être rempli île défauts, je n'en sais rien, mais il a ému, mais il a excité des sourires et tiré des larmes, mais le cœur a battu en le lisant, et je n'en demande pas davantage au poëte. Il y a plus d'enseignement et plus de moralité dans une larme répandue silencieusement que dans les sèches et envieuses récriminations que.les apostats de l'art jettent aux badauds qui les écoulent. Monsieur Miirger, qui connaît si bien son Alfred de Musset, peut j lire les vers suivants; ils s'adressent à lui :
Ton livre est ferme el franc, brave homme, il fait aimer.
Au milieu des bavards '|ui se font imprimer,
Des grands noms inconnus donl la France est lassée,
Et de ce bruit honteux nui salit la pensée,
Il rsi doui de rêver avant de le fermer,
T"ii livre, et de seulir tout son cœur s'animer
oc i w r. mi ii.i.i: i.
I m i|tii, ■-.ii- ,
i I. m < rili<|U