‹ Portraits à la plumeChapitre 18 sur 65 · ALPHONSE KA H · texte numérisé non relu

ALPHONSE KA H

ri'cit des douleurs et des combats de tous les jouis, on aura la raison du succès auquel était infailliblement destiné le premier roman de monsieur Karr. Je signalerai encore comme mérite secondaire, mais pourtant remarquable, une singulière facilité à rendre les scènes les pi us familières de la vie, non-seulement sans tomber dans la vulgarité, mais encore en leur donnant un caractère d'originalité qui les grave à tout jamais dans la mémoire. La vie d'Edouard et de Stephen dans leur chambre commune est un exemple à l'appui de ce que j'avance. Parmi les scènes qui remuent doucement le cœur, j'indiquerai celle où Stephen et Madeleine réalisenl par la pensée le plan de leur habitation quand ils seronl mariés. Il étail difficile de rendre d'uni' plus gracieuse façon cette robuste confiance dans l'avenir qui est le caractère distinctif de tnus les amours naissants.

Le second volume, malheureusement, ne tient pas 1rs promesses du premier. Il est rempli par les extravagances de Stephen, qui me paraissent suscitées bien plutôt par la vanité blessée que par l'amour malheureux, el par des idées de vengeance aussi blâmables

comme principe que c ne moyen littéraire. En effet,

je reconnais, avec tous ceux pour qui le cœur humain estun continuel objel d'étude, qu'il n'j ;i que les uobles cœurs qui sachent donner sans compter, et par le seul besoin d'enrichir l'objet de leur affection de tout ce qu'ils tirent de leur propre fonds; que ce soûl eux, par conséquent, qui ont le plus à souffrir d'un aban don, mais je suis convaincu aussi qu'il n'j ;i que les

cœurs faibles qu'aigrissent les souffrances de l'i mr

malheureux, el que les natures généreuses et vaillantes

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caractère, je lo veux croire; mais on conviendra avec moi que c'est une rare exception ; et, du moment qu'un écrivain choisit une exception pour thème de ses études, il faut au moins qu'elle offre des chances d'intérêt, et Madeleine en est dépourvue dés qu'elle oublie si's serments. On sent qu'elle n'est plus la que pour donner la réplique à Stephen, et que sans sa présence le roman n'en continuerait pas moins. Deux causes font surtout oublier ses promesses à Madeleine, les propos d'une servante et une lettre de Stephen écrite dans un moment de découragement. En vérité, est-ce donc là où devaient aboutir les solennelles promesses de la jeune fille? ou manquait-elle assez d'amour et de réflexion pour qu'un bon mouvement ou une pensée sérieuse De lui fit pas repousser les uns et pardonner l'autre? Monsieur Karr a écrit des choses très-délicates, très-ingénieuses, souvent très-vraies, sur l'amour et sur les femmes: il est seulement à regretter qu'il ne les appuie jamais sur des exemples plus sérieux que l'histoire de Madeleine

Quant au personnage d'Edouard, il n'es) o\ idemmcnl placé que comme accessoire, et pour donner nue apparence de raison aux paradoxes, moitié graves, moitié plaisants, de l'auteur sur l'amitié et les amis. Je dis une apparence de raison, car. en \ réfléchissant un instant, il n'entrera dans l'esprit de personne que l'on puisse conserver comme compagnon un écervelé pareil a Edouard, quand il habite la môme petite chambre que Stephen. Toute cette partie du roman, je le répète esi écrite avec beaucoup despril el d'entrain; mais, si monsieur Kari n'a jamais eu d'autres plaintes à adresser .1 ses amis, ce n'esl pas le cœur de ceux-ci qulil faut

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