‹ Portraits à la plumeChapitre 22 sur 65 · III · texte numérisé non relu

III

ALPHONSE KAltlt. SI ainsi les saisons et les floraisons les plus diverses? Que prouvent ees critiques peu dignes d'un homme de goût? Absolument rien, sinon qu'un écrivain doit être jugé avant tout au point de vue littéraire, et qu'il faut tenir compte, quand il ne commet pas de trop grossières erreurs, de l'espèce d'étourdissement nui s'empare de lui en prenant la plume. Cela n'empêchera personne de subir le charme des passages mêmes de monsieur Karr où nous avons reconnu ces impossibilités physiques. Mais je serais mal venu de blâmer longuement sous l'impression que me fait éprouver la lecture de cet ouvrage; et, pour en revenir à l'éloge, j'indiquerai deux des plus intéressants épisodes qu'il contient. Le premier est l'histoire de cet oignon de tulipe qui, la vanité aidant, finit par coûter cent mille écus à son propriétaire. Là, monsieur Karr a su être lin sans prétention, spirituel sans recherche, et amusani sans fatigue. Quant au second, je le regarde comme un chef-d'œuvre de condensation. Une vieille femme, à laquelle un vieillard vient de faire le récil de ses premières amours, ouvre en tremblant un bon quel fané qu'elle conserve depuis quarante ans. el \ trouve une lettre, qui. aperçue un demi-siècle plus tôt, eût autrement décidé de sa vie. Celle nouvelle, écrite doucement, simplement, es) une des plus heureuses rem lies de l'auteur. Toute une vie de bonheur, tout un passé d'i ur qu'un hasard a détruit,

s'élèvent pleins de regrets entre ces deux vieillards, L'émotion el la sensibilité' que monsieur Karr a -~u mettre dans cette courte nouvelle font regretter qu'il n'ail pas touché plus souvent ces cordes-là.

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