ALPHONSE KARR
comme un exemple de ee que peut l'esprit quand il s'appuie sur l'indépendance du jugement.
'(Mon indépendance, dit-il encore , n'est pas une de ces vertus chagrines et furieuses qui. dans leur haine contre le vice, uni toujours l'air île crier au voleur. Ce n'est pas une vertu, c'est une condition de mon tempérament. À une époque de nia vie, je me suis senti ambitieux parce qu'il y avait un front pour lequel je voulais des couronnes, de petits pieds sous lesquels je voulais étendre les tapis 1rs [dus précieux, une existence que je voulais entourer de toutes 1rs joies, de tous les orgueils, de tous les luxes de la terre.
« Mais un jour mon rêve s'esl évanoui, ri je suis resté seul. Cependant je me sentais luit et courageux; j'ai cherché quelle route je devais suivre ei où je voulais arriver, et alors j'ai vu l'es routes de la vie, embarrassées de ronces et d'épines, conduisant péniblement à îles buts que je ne désirais pas. J'ai mi les luttes acharnées de toute la vie pour s'arracher des rhoses dont je n'avais pas besoin. J'ai vu dans ces luttes certaines choses, qui avaient quelque grandeur et
quelque prestige entre les mains qui les tiraillaient .
tomber dans la boue et dans le sann brisées en éclat.
eon glace de Venise dont on l'ait, en la cassant)
des miroirs à deux sous J'ai évité ces chemins, et je ne me suis pas mêlé à ces luttes, ei j'ai découvert en moi que le ciel m'avait richement partagé, car j'avais
une fortune tOUte laite et une liberté assurée dans
l'absence des désirs et dans la i lération des besoins. »
Ces petits livres, d'ailleurs, n'étaient pas exclusive-
nt consacrés aux matières politiques; les arts et la
littérature \ occupaient la place qui leur revient dans
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ALPHONSE KAlUt 85
nulle Alain, annonçait déjà, il faut l'avouer, de la Fatigue, et était loin d'égaler Feu Bressier et Hortense.
Après Février, monsieur Karr a essayé de fonder un journal quotidien, et a complètement échoué. Que ceci soit dit à sa louange. Un journal, en effet, pour espérer le succès, doit, avant tout, se faire le défenseur aveugle, systématique, d'un parti ou d'une opinion. Il ne peut accorder du sens commun qu'à lui et 5 ses amis, et doit frapper aveuglément surtout ce qui s'agite au dehors. Ne s'adressant qu'à des passions, il n'est fort qu'en raison de son injustice ou de son intolérance; et, en m'exprimant ainsi, je ne prétends nullement faire une critique, mais constater seulement un fait. Or, on a vu, par ce que nous avons dit des Guêpes, que la polémique de monsieur Karr réunissait îles conditions d'impartialité et d'indépendance tout.à fait opposées à celles exigées pour la direction d'un journal. En second lieu, il faut convenir qui* le monienl était mal choisi pour faire entendre le langage de la modération et du bon sens. Les mouvements comme celui qui suivit Février peuvent se diriger quelquefois; mais le temps seul les calme, et, C lans une attaque
de nerfs, personne n'est assez fort puni- les arrêter. Puis, entin . il j a dans le travail quotidien du journaliste une similitude avec l'exercice d'un écureuil en cage auquel te libre esprit el la constitution intellectuelle île monsieur Karr se refusaient irrévocablement. Avec tant de chances contre lui, il était impossible au journal de monsieur Karr de réussir. Il t ba, el depuis lors il a dit adieu à tmile espèce d'entreprise littéraire.
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