‹ Portraits à la plumeChapitre 24 sur 65 · ALPHONSE KAR · texte numérisé non relu

ALPHONSE KAR

s'arracher l'argent etle pouvoir, et quel pouvoir! je n= • vois rien, dans le butin qu'auront les vainqueurs, qui vaille à mes yeux les magnificences gratuites dont se pare l'automne, les courtines de pampre qu'étend la \ igné sur les murailles de mon jardin, le bruit du vent dans les feuilles jaunies des bois, el les rêveries, les pensées, douces fleurs d'hiver qui vont écloreà la chaleur du foyer rallumé. Dans ces combats, je ne vois aucun triomphe qui flatterait mon orgueil autant que mes luttes avec la mer en colère mu la plage d'Étrelat. )> Seulement, le public sera-t-il aussi indulgent une lui pour ce silence obstiné? Je le désire vivement.

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ARSENE HOOSSAYE. 89

rs étaient tendus d'une tapisserie, où des Galatées

et des Tircis, dessinés par Detroj ou Paterre, gardaient, dans des vertugadins de satin rose, des moutons enrubanés comme des saint Jean. Ces bergerades en tapisserie ont donné à monsieur Houssaye les faux airs d'un poëte des bords du Lignon. Chez lui, comme chez Florian. il ne manque qu'un loup. Un fort beau tableau de Vanloo — une Dame h sa toilette — acheté vingt francs chez un charbonnier, était suspendu au-dessus d'un canapé à pieds contournés, et répandait dans la chambre un vague parfum de poudre à la maréchale. On riait beaucoup dans cette chambre, on causait encore plus, on avait des diseussions interminables sur l'art, sur la poésie, on se moquait des tragédies tout en admirant les tragédiennes, on ne parlait plus des classiques qui étaient morts, et l'on parlait peu des romantiques qui se mouraient; enfin, quelquefois, quand la pluie en frappant les carreaux ne rendait pas un son trop sinistre, quand le soleil du printemps n'envoyait pas un rayon trop gai danser dans la chambre, quand un marronnier placé dans un jardin en face ne secouait pas dans l'air l'odeur de ses petites pyramides de fleurs, quand une certaine robe ni' faisait pas entendre un frou-frou trop attrayant, on \ travaillait. On y travaillait' sans beaucoup de méthode, par secousses et par bonds, comme on travaille quand on est jeune et que les hémistiches vous bourdonnent dans la tête comme un essaim d'abeilles, quand les vers vous tombent tout faits du ciel, comme les alouettes, sans système surtout, comme il con> ient ,i des poètes, avec un sentiment encore indéfini, m;i i> incontestable, de l'émotion, de la nature, de la vérité,

J'avo pie je ne pense pas à cette époque sans plaisir,

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ne s réviennent pas : Feuilles de l'arbre que le vent

du hasard éparpille et emporte tous les juins.

Les opinions littéraires de ee cénacle, je n'ai pas besoin de 1rs dire : on était romantique, mais romantique dans un sons plus élargi que le groupe dont je parlerai à propos de monsieur Théophile Gautier. I e panthéisme attirait ces jeunes esprits, qui ne voulaient pas, autour d'une poétique nouvelle, des barrières de l'ancienne, si joyeusement el si promptement escaladées. On ne rëpoussail systématiquement personne. L'on n'appartenail ni à un parti ni à une école : on étail une république, et l'on ne voulait pas tomber dans la faute de talents illustres procédant par exclusion

au lieu de procéder par agrégation On avait procl; i

li' droit et la liberté de l'admiration, et l'un admirait l'un pour sa poésie, l'autre pour son style; celui-ci

I r -en génie, celui-là pour smi esprit, pour son

émotion, pour sa gaieté, p ■ son bon sens. On pensait

il l'on disait très-haut que Voltaire avait du I , que

Diderot n'était pas à dédaigner, que le cardinal de Bernis, lui-même, avait, sous ses sourires, rencontré

quelques idées gracieuses; que les ses de Watteau

■■i de 11 dier n'étaienl nullement repoussantes; que

les roses, imites fanées qu'elles lussent, valaient bien les cyprès de l'école pleurarde, et qu'enfin il fallait reconnaître au dix-huitième siècle, contre lequel on criait maintenant ruca, quelque esprh sous sa manière

et quelque pensée sous son fard. C'est I; les côtés

par lequel on faisait schisme avec les adeptes exclusifs

du romantis et, si j'insiste sur ce point, c'est

que i sieur Houssaye a été le premier représentant

de ce schis Il est le premier devant les admira-

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mes, sans avoir l'âme attristée de regrets. Trois figures de femmes ont inspiré ces trois recueils. Cécile, un bouquet de violettes au corsage, une brindille de pampre dans les cheveux, est le symbole de la poésie agreste ; Ninon, les pieds et les reins cambrés, la gorge orgueilleuse, couronnée de ses beaux cheveux noirs, représente la poésie du monde et de la passion; et enfin la belle Violante, aux chevaux d'or, estladernière musedu poëte, la muse de l'art. Dans les Sentiers perdus, les deux pièces intitulées Madame de Parabèrc et les Faneurs de foin s'adressent, chacune en son genre, à l'ordre d'idées que je signalais tout à l'heure. Les Faneurs de foin montrent que l'idylle antique peut être heureusement appropriée au sentiment du naturalisme moderne. Les acteurs de cette scène, Hyacinthe et Suzanne, sont sans doute des paysans de convention, et l'auteur eût dû ne pas craindre de copier plus exactement la réalité; mais 1rs personnages de Bion, >\f Moschus et deThéocrite, ceux môme de Virgile, n'ont pas la prétention, non plus, d'être des moissonneurs, des bergers et îles pâtres réels, et le charme qu'ils éveillent en nous n'en est ni moins

prof I ni moins durable. L'émouvante élégie intitulée

Vingt ans prouve que l'auteur a su conserver à la menu.ne de ses impressions toute la fraîcheur et toute la grâce d'autrefois. L'ode au Panthéisme est un plaidoyer plus adroit et plus attrayant que les démonstrations de Spinosa ou 1rs ironies de Voltaire. Mais, dit-il en ter-

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