PROSPER MÉRIMÉE
sera son principal mérite. La diffusion est devenue si commune, que cet éloge court risque d'être peu compris; mais ceux qui étudienl encore soigneusement la littérature française pourront apprécier tout ce que
nsieur .Mérimée a gagné à ne |>as sacrifier au goût
lu jour. Qui se contient s'accroît.
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d'une délicatesse de jugement, d'un charme d'observation inconnus avant lui, monsieur Planche mi exemple de ce que peut la fermeté de la raison s'appuyant sur l'étude et sur la logique. A ces deux remarquables critiques il faut en joindre un troisième, qui s'est manifesté depuis deux ans. et qui, sans posséder la tranquillité acquise par ses confrères au prix de vingt ans de travaux et de luttes sans cesse renouvelées, dont le style se prête encore difficilement à l'agilité de l'attaque, a eu pourtant la bonne fortune de trouver, dans une vigoureuse colère contre les vainqueurs du lendemain, une clairvoyance que tant d'autres demandent vainement à la modération. Certains articles de monsieur Cuvillier-Fleurv sont nets et mordants comme un coup de fouet. L'intérêt qui s'attache à la critique n'est donc pas douteux. Examinons sommairement les causes de ce succès.
Après l'ébranlemenl de Février, devant ledéchaîne-
nt des fantaisies et des rêves les plus singuliers, en
face de cette triste confusion de tant d'opinions incohérentes, individuelles, absurdes, violentes, farouches, horrihles, qui réclamaient le droil de vivre avec une audace d'autant plus grande que le devoir de toute société normale était de leur imposer impitoyablement
silence, lorsque les lois les plus simples île la murale étaient remises en qilesfhin, les règles les plus ele il -
taires ilu liiin sens impudemment violées, les enseignements les plus expressifs île l'expérience méconnus.
l'esprit public, justement effrayé, lii un retour sur luimôme el se demanda si son indulgence n'entrait pas pour beaucoup dans ce bouleversement; et si, cette mine éclatant sous ses pieds, il n'avait pas souvent
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la médiocrité ne devra plus franchir le cercle en dehors duquel elle ne peut avoir qu'une influence pernicieuse; et le talent lui-même, quand il se permettra de ces écarts que l'on peut pardonner quelquefois, mais dont une trop grande indulgence ne doit pas faire une règle générale, trouvera des esprits respectueux mais fermes qui, au nom de la raison, de la logique qui n'abandonne jamais la passion dans ses soubresauts les plus furieux, le forceront à rentrer en lui-même, à s'y reconnaître, à s'y retrouver, et à y reprendre des forces pour de nouvelles œuvres. Cette critique commence, elle est née d'hier, ses formules ne sont pas encore bien dégagées, elle ne présente pas encore un corps de doctrine complet et bien déterminé, elle doit être réservée dans ses appréciations; mais, je le répète, l'avenir lui appartient.
En second lieu, cette faveur tient aux écrivains euxmêmes, frappés de ce besoin de recherches sérieuses, ils se sont misa l'œuvre avec résolution, et, pour commencer, ont été demander à l'étude science, à l'observation une autorité, indispensables à toute analyse. Puis, retirés en eux-mêmes, comparant les travaux donl ils s'étaienl nourris, ne craignant pas de suivre jusqu'au boni l'âpre chemin de la réflexion s'ils avaient l'espoir de soulever un coin du voile de la vérité, la maturité que leur intelligence avait acquise dans cet exercice s'est réfléchie dans leur style, et lui a donné la première qualité de toute critique : la clarté. Ainsi préparés, ayant tous les matériaux nécessaires pour alimenter le flambeau qu'ils tenaient en main, ils uni commencé leurs investigations; et la bienveillance qui les accueillit fui un sûr garant qu'un leur tenait compte
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ble complet, supérieur aux critiques de Diderot, .qui laisse bien loin derrière lui les Salons de Landon et de Jal, et qui, depuis vingt ans, n'a pas encore trouve d'égal, bien que ce genre de littérature ait fail des progrès incontestables. Monsieur Paul Mantz, dans ses Salmis de 1847 et de 1851, est le seul qui s'en soil approché.
I> qu'il faut reconnaître tout d'abord, c'est la bonne foi avec laquelle procède monsieur Planche, et qui lu; fait donner la raison de ses jugi ments sur telle ou telle œuvre, qu'il la critique ou qu'il la loue; c'est surtout la valeur de ces- raisons et la lucidité avec laquelle elles sont exprimées. On peul certes ne pas les accepter toutes aveuglément, et plusieurs de ses arrêts ne sont pas sans appel ; mais du moins une œuvre ou un artiste n'aura jamais été frappé par derrière par un bon mot ou par une assertion que rien ne soit venu justifier; une platitude OU une ineptie n'aura jamais été
préconis lans un langage admiratif qui ne prouve
absolument rien, et qui n'a môme pas, la plupart du temps, la valeur d'une opinion individuelle, tellement les phrases en sont connues et stéréotypées à l'avance. M. Planche, dans la préface de son livre, s'en explique catégoriquement : « Ce qu'on lit aujourd'hui, dit il sur l'état (les arts en France, loin de former le goût, loin d'apprendre aux lecteurs à construire eux-mêmes
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tableau, ne sert qu'à populariser quelques idées vagues et superficielles, généralement inintelligibles pour ceux qui s en servent, quelquefois même pour ceux qui les ont mises en circulation. <>n dit d'une composition
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lions qui bouillonnent autour de nous laissera surnager; voilà les phares imposants qui serviront à rallier nos souvenirs, et dont la lumière éclatante se réfléchira sur d'autres noms pour les sauver du naufrage.
« Quand toutes le> œuvres qui s'entassent chaque jour auront cessé de nous préoccuper par leur nouveauté d'hier; quand les perpétuels rajeunissements des mêmes idées, que l'ignorance ou l'inattention veulent bien prendre pour îles créations, n'auront, pour survivre à leurs auteurs, d'autre droit que leur mérite; quand toutes les amitiés seront devenues silencieuses et muettes, alors l'oubli fera justice de toutes les gloires factices, de toutes les immortalités si facilement promises et acceptées, et le Ilot, en se retirant. ur laissera debout qu'un petit nombre de cimes élevées : le reste aura disparu, et l'œil en cherchera vainement la trace. »
Os lignes ne sonl pas seulement un remarquable morceau de style, c'esl encore l'expression d'j vérité à laquelle les vingt ans qui nous séparent du jour où elles furent écrites ont donné une puissante consécration. Monsieur Gustave Planche, par une contradiction trop fréquente, esl peut-rire le seul à douter aujourd'hui de la vérité de cette vérité; el le travail publié dernièrement sur Géricault, tout en rendant justice à son incontestable mérite, revient cependant sur ce jugement et place le peintre du Naufrage delà
Méduse fort au-dessous de Tant des Pestiférés de
■luffii. Monsieur Planche, en écrivant ces lignes, ne se
rappelait certan tenl pas colles du Salon de l*."il el
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