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sont belles qu'à la condition de ne [>as être imitées. L'impression 411e l'on éprouve en lisant ces contes est celle de l'ivresse ou de la fièvre. C'est un état que l'esprit a un certain plaisir à connaître, mais dont, on le pense bien, nous ne recommandons l'usage à personne. La pente de la rêverie a amené quelquefois monsieur Gautier sur le terrain du fantastique, et ses productions en ce genre ont un caractère' propre qu'il importe de reconnaître. Les nouvelles — charmantes toutes — de la Cafetière, Oniphale, la Morte amoureuse et le Club des Hachychins, en sont les principales. Si l'on pouvait établir des catégories dans un sujet aussi flottant, il faudrait ranger la Cafetière dans le genre du fantastique somnambulique, Omphale représenterait le fantastique galant et sentimental, le Club des Backychins le fantastique hilare, et la Morte amoureuse, la meilleure de toutes ces étrangetés, le fantastique morlaque avec sa croyance aux goules et aux vampires. Mais c'est assi'/. nous arrêter à ces singulières et, le dirons-nous, attachantes maladies de l'esprit, il faut revenir sur un terrain plus ferme, el nu le-; investigations de la critique puissent distribuer l'éloge ou le blâme à meilleur escient.
Vers I.SiO, monsieur Gautier, accompagné d'un ami. [il un voyage en Espagne, dont le récit, publié d'abord
dans un journal, ,-i été réuni depuis en voh sous le
litre île : ï'in losMontes. Ces lettres, auxquelles monsieur Gautier n'attache peut-être qu'une importance
secondaire, sonl cependant soi illeur ouua^'c. Son
talent de description a trouvé là un cadre tout l'ait I se développer à son aise. Point de course haletante et inutile après les idées, point île paradoxes pris
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description des combats de taureaux. lions d'autres, comme l'ascension du Mulhacem ou la description de l'Alhambra, la poétique rêverie inspirée par 1rs lieux a passé dans le style et apporte à l'imagination une vague teinte de laurier-rose ou une image de ueige alpestre immaculée qui calme et rafraîchit. A la fin de l'ouvrage, dans les lignes d'adieu adressées à l'Espagne et dans celles où il parle des affections qu'il va retrouver en France, l'auteur a rencontré un attendrissement, une émotion, que l'on ne trouve chez lui qu'à de bien rares intervalles.
. Jusqu'ici nous n'avons considéré monsieur Gautier que comme écrivain créateur, tirant ses idées de son propre fonds; il nous reste, pour compléter sa physionomie, à le montrer sous un aspect de critique et à examiner ses travaux sur les idées, je fond et la forme îles autres.
Les Grotesques sont son unique ouvrage en ce genre. C'esi une collection d'études sur quelques poètes oubliés dos siècles précédents, et surtout sur ceux du temps de Louis Mil et de la Fronde, qui ne doivenl maintenant leur célébrité qu'à un hémistiche de I > < » i - [eau. C'est le même travail qu'a repris depuis, mais avec une autre science, monsieur Philarète Chasles, et qui a été publié, je crois, sous le titre des Victimes de Boileau. Ce livre, je n'hésite pas à le dire, puisque monsieur Gautier lui-même l'a reconnu plus tard, n'est nullement sérieux. On se tromperait si l'on espérait 5
trouver oui' élude quelconque des sources si diverses auxquelles Sailll-AinaluI . Srudrri, Colletel Sr.-irrou.
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que je n'ai pas la prétention d'égaler; je regrette seulement île ne pouvoir citer ce morceau en entier, un îles plus remarquables et îles plus substantiels de l'auteur des Grotesques : « La plupart des pauvres diables dont nous nous sommes occupé seraient tout à fait inconnus si leurs noms n'avaient pas été momifiés dans quelque hémistiche de Boileau, à qui, à défaut de hautes qualités de poète, nul ne peut refuser un bon sens cruel. Dans le cours de nos appréciations, nous avons fait petite la part de la critique, trop petite même, occupé que nous étions à faire valoir les perles fines que nous avions trouvées dans le fumier de cesEnnius, et aussi, il faut bien l'avouer, des perles fausses. — Nous ne proposons en aucune manière comme des modèles les pauvres victimes de Boileau, et notre indulgence n'a rien de bien dangereux. Il n'est pas urgent de démontrer que Scudéri est un poëte détestable, et de déployer contre lui une grande verve d'indignation. Nuire pitié' pour les victimes nous a quelquefois fait parler avec irrévérence des oppresseurs puissants; nous n'avons pas suffisamment respecté les bustes sous buis majestueuses perruques de marbre, et il nous est arrivé de parler de Boileau Despréaux comme un jeune romantique à tous crins de l'an de glace mil huit cent trente. » Il j a loin de ce ton modeste et contrit à la hauteur de mauvais goût de certaines pages des Grotesques. On sent qu'au fond monsieur Gautier fait amende honorable de >es opinions exagérées,
Ct ce n'est pas nous qui le bl; mus de ce retour
au bon sens. Il lait trop rarement appel à son jugement pour ne pas le féliciter toutes les fois qu'il s'j adresse.
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En même temps que de la critique théâtrale, monsieur Gautier l'ait de la critiqué d'art, et son titre d'ancien élève du peintre Rioult lui a dès le commencement donné' dans les questions de pratique une espèce d'autorité qui ne s'acquieri qu'avec le temps. Si monsieur Gautier a déployé une \ i\ >• intelligence, il faut bien avouer qu'il s'est rarement montré critique bien savant et bien profond, el ce défaut est moins pardonnable que pour sa critique de théâtre; eue il a toul le temps de se préparer, et d'ailleurs ses premiers travaux lui uni permis de s'approprier des connaissances que bien d'antres ne possèdent pas au début. Mais ce n'est pas la science qu'il faut demander à cel esprit toul de sensation et île fantaisie, el il ne serait pas généreux d'insister sur ce point. A prendre sa critique d'an telle qu'elle est, on doit lui reprocher un abus île termes techniques et d'expressions d'ateliers, qui, a défaut de bonnes raisons, mit pu étourdir un instant, mais qui,
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et la manière délicate dont monsieur Gautier en use en douille encore le prix.
Si maintenant, pour nous placer dans une sphère d'impartialité assez haute pour que les considérations du moment n'y arrivent pas, nous essayons de pressentir le jugement de l'avenir sur les œuvres de monsieur Gautier.il faul bien dire qu'il doit craindre pour elles le môme oubli que celui qui enveloppe ses chers G'rolesqucs. En sacrifiant, comme il l'a fait, à l'amusemenl d'une heure, en appelant à son aide l'esprit à outrance. le paradoxe quand même, le genre papillotant, il a obtenu ce qu'il cherchait, le succès du moment, mais aux dépens de tout ce qui attire et retient autour d'une œuvre une attention sérieuse, ei de tout ce qui lui donne de la durée. Puis, en abdiquant sa personnalité, en se mettant à la remorque d'un genre vers lequel la pente de son esprit élégant ne le portait pas autant qu'il l'a cru, il a perdu les droits à être jugé de la même façon el avec les mêmes précautions qu'un esprit sérieusement créateur. Il restera peu de choses de monsieur Gautier, comme en général de la plupart des
écrivains de la littéral à images. Sun style même,
où il a | ssé plus loin que pas un l'art de remui i
les omis sans trop se préoccuper (les idées, ira rejoindre dans l'oubli les tours de luire de tous les équi libristes de la phrase. Et, si quelque jour un esprit curieux el fureteur, alléché par les jouissances de la recherche, entreprend, sur la littérature moderne, le
travail de monsieur Gautier soi celle de I is Mil el
el île la Régence, en découvrant cette grâce de fantai siste, en rendant justice à un sentiment poétique assez profond, en se laissant séduire par la verve spirituelle
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SAINT-MARC GIRARIHN.
On prétend que Voltaire, résumant son admiration pour Racine, écrivait sur chaque page de son exemplaire : " Beau, sublime, admirable ! » <in pourrait de même résumer son jugement sur monsieur Saint-Marc Girardin en écrivant au bas des pages de ce professeur: s Froid, terne, fatigant! » Ce n'est pas qu'il manque de talent et de science, mais c'esl un talent négatif, sans chaleur el -ans expansion ; maladroit en ce qu'il adresse
an raisonne al des questions que le sentiment seul
peut résoudre; fatigant parce qu'il cherche à prouver ce dont il est incapable de vous convaincre. Mais c-V-i une science vulgaire qui finit par irriter el à laquelle on est tenté de préférer une ignorance toute simple; science de rhéteur el de grammairien, qui, quoi qu'elle in ait, n a qu'une médiocre sj mpathie pour les grands
I tes et pour les grands philosophes, les jugeanl trop
au point de vue des doctrines de la Sorb ■. ne se
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SAINT-MARC GIRA.RDIN. 175 l'auteur examine les divers mouvements iln cœur humain mis en rapport avec nos actes, et recherche de quelle façon, soit jadis, soit de nos jours, les auteurs dramatiques ont développé cette étude et approfondi les secrets qu'elle dévoile, ou les observations qu'elle l'ait naître. Ai-je besoin dédire que, dans cet examen. les anciens ont, la plupart du temps, le pas sur les modernes, et que la partialité en faveur des premiers est souvent poussée jusqu'à l'aveuglement. Mais n'anticipons pas. et faisons d'abord remarquer que, malgré le second titre de son ouvrage, monsieur Saint-Marc Girardin examine trop succinctement la passion comme ressort dramatique. El encore n'en examine-t-il qu'une seule : l'amour, auquel il consacre quelques pages a la lin du seciind volume. Quant aux autres : la gloire, l'honneur, l'ambition, l'envie, l'avarice, il s'y arrête d'une façon tellement secondaire, que personne n'y prend garde. En donnant pour titre à la plupart de ses chapitres : Y Amour de In vie, la Douleur physique, Y Amour ■paternel, V Amour maternel, la l'iété filiale, la Piété envers lesmorts, eh-., etc., l'auteura cru avoir affaire à des passions, et s'est trompé. Il a confondu des intérêts, des sentiments, des devoirs, avec la passion. Ce n'esl pourtant pas la même chose, et ou a lieu de s'étonner gu'un professeur aussi savant que monsieur Saint-Marc Oirardin ait confondu ces divers phénomènes entre eux. Il demande quelque part à la littérature île i représenter les affections naturelles comme des sentiments, comme des devoirs, et non comme des instincts. » Il ne de\ l'ait pas ignorer que le développement d'un sentiment ou d'Un devoir pourra fournir la matière d'une étude moral l'un roman, niais jamais
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SAINT-MARC GIRARD1N. 177 nie formellement la justesse de cette manière de voir. Le théâtre moderne n'est ni supérieur ni inférieur au thî are ancien il est diffsrsnt, mus il lui sst sgal. Il s'adresse à un ordre d'idées, à des mœurs, à des liabitudes, à des sentiments différents, mais tout aussi Mais, et qui ont le privilège de nous émouvoir, de nous faire sourire ou trembler, comme 1rs anciens auteurs dramatiques faisaient sourire ou trembler les auditeurs, du temps de Périclès ou d'Auguste. Juger les uns au nom des lois applicables aux autres est donc souverainement injuste, et c'est pourtant ce que fail monsieur Girardin : c'est là le secret de ses victorieux arguments. Ce manque de bonne foi ne saurait être une méthode de critique sérieuse, et donnerait le droit de rétorquer l'argument contre son auteur. Si quelqu'un, se jetant dans l'extrême opposé, venait condamner les Choéphores, ou OEdipe roi, ou les Sept chefs devant Thèbes, ou Olïrfipc h Culotte, au nom de la poétique dans laquelle sont conçus Chatterton, Jiutj Blas, ou le Père Goriot, monsieur Girardin n'aurait rien à dire, et la question resterait insoluble. Elle ne l'est pas cependant, et les beautés d'Eschj le et de Sophocle n'ôtent rien à celles de messieurs Hugo, de Vigny, et do Balzac. u Le théâtre moderne, ajoute l'auteur, recherche avant tout les exceptions et les curiosités, « et, pour preuve, H cite Lucrèce Borgia, c'est-à-dire l'amour maternel, « une exception, une curiosité, j J'accepte l'argument; mais, a mon tour, je voudrais savoir de quoi se compose le théâtre ancien, et si Œdipe, c'est-à-dire un Bis qui ci tence par tuer son père el qui finit par épouser sa mère; si Phèdre, c'est-à-dire une mère : u-
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