SAINT-MARC GIRARDIN
Unie sur la pièce originale de l'Orphelin de lu Chine, qui, soit dit en passant, est un drame des mieux conditionnés; et, dans le chapitre où, à propos de la rivalité entre sœurs, il raconte, avec détail et intérêt, la pièce d'Ànsaldo Ceba, les Jumelles tic Capoae, qu'il est le premier à avoir signalée parmi dous.
Ce manque de goûl élevé que j'ai démontré, cette étroitesse d'idées, cette aversion contre ce qui est original et vivant, ces admirations qui n'émeuvent personne, ces petits éloges pleins depetites réticences qui ne trompent personne, cette science stérile et chagrine qui sent la férule, sont ce que j'appelle la pédagogie littéraire. C'est la mesquine instruction du collège en présence du mouvement contemporain, c'est la vieille scolastique condamnant la philosophie nouvelle. Ce phénomène, je le répète en terminant, est plus commun qu'on ne le pense dans la littérature contemporaine. C'est sans doute la punition de la \ iolence et du sans-gène de ses débuts. Quoi qu'il en suit, si chaque écrivain représente plus particulièrement, madame Saml. l'intelligence; monsieur de Musset, le cœur; monsieur Hugo, l'imagination; monsieur de Balzac, l'observation; monsieur Karr, l'esprit; monsieur Saint- Marc Girardin sera l'ombre de ces qualités; il personnifie la froideu] .
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SALONS DE PF.INTITIîE.
S'il fallait, pour la profession de journaliste, devenue
si c mne de nos jours, choisir un type qui en con-
sacrât plus vivement et dans un lien plus serré les qualités et les défauts, les côtés brillants et les aspects dangereux, je ne crois pas que l'on pût en trouver un plus parfait que Diderot. Avec sa promptitude d'intelligence, qui s'emparait nettement, mais sans profondeur, des sujets les plus divers et souvent les plus opposés; avec sa- verve fougueuse, sa facilité et son âpreté :mi tr.'iviùl; ;niT suu slvlr plein d'iiu-onvi lions et en quelque sorte haletant, comme s'il craignait d'arriver en retard; mais découpant vivement la pensée dans le bloc de la phrase, et, avouons-le, avec un sens moral
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venu le lui demander. « Il rit beaucoup, dit madame de Vandeuil, mais il écrivit la notice. » Les anecdotes de ce genre abondent dans la vie de Diderot. Il fit luimême l'épître dédicatoire d'un ignoble libelle contre ses ouvrages qu'un jeune homme inconnu, mourant de faim, était venu lui proposer d'acheter. « Je ne suis pas assez riche pour payer cette calomnie, répondit Diderot, mais je puis vous la faire acheter. Vous m'intéressez; dédiez votre pamphlet au duc d'Orléans, qui me hait: il vous le payera bien. » Et, séance tenante, Diderot lit lui-même la dédicace, que le libelliste était incapable de composer.
Cette facilité primesautière est amusante, mais elle n'accuse pas un grand sens moral et un respect de soimême poussé fort loin. Plusieurs traits de la vie de Diderot confirment ce reproche. Une fois le feu de la composition éteint, il ne se rallumait jamais chez lui. Il ne se préoccupait que médiocrement de l'influence bonne ou mauvaise de ses écrits. « J'ai su cela autrefois, mais je 1 u oublis., » rspondut il a quelqu'un qui venait lui demander le sens d'un passage de ses ouvrages. Faut-il rappeler qu'avec la mê plume dont
il écrivait, en 1745, les Pensées philosophiques et l'Interprétation de la nature, il brochait la plate ordure intitulée les Bijoux indiscrets, et cela sans aucune idée, sans aucune préoccupation de l'effet produit, seulement pour soutenir une gageure faite avec sa maîtresse, madame de l'uisieiiv à laquelle chacun de ces ouvrages rapporta cinquante louis. Le spirituel apologiste de Diderot, M. Génin, n'hésite pas à reconnaître que de la donnée îles Bijoux indiscrets, empruntée à un manuscrit du treizième siècle, il oe reste à l'imitateur que la
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