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qu'un reconnaîtra le grand coloriste à sa façon du rendre la vicissitude de la lumière et de la chair, « qui s'anime et se flétrit en un clin d'œil, qui s'agite, se meut, s'étend, se détend, se colore, se ternit, selon la multitude infinie îles alternatives de ce souffle léger et mobile qu'on appelle l'âme. » Ce qu'il dit de la chair, on peut le dire de toutes les classifications faites dans l'art des innombrables manifestations de la nature, qui, comme l'homme, a une .'une éternellement mobile et changeante, et dont les formes et les contours s'agitent et se modifient à chaque instant. Mais il est dans le vrai quand, après avoir énuméré une faible partie des difficultés de la couleur, qui change avec chaque passion, chaque sentiment, chaque impression, qui n'est plus la même dans tous les instants de cette passion ou dé ce sentiment, il s'écrie : •< Quel art que celui de la peinture! « Heureusement que les esprits critiques aperçoivent seuls ces difficultés, dont les artistes ne se préoccupent pas; autrement il n'y aurait ni peintres, ni sculpteurs.
Toutes les parties de l'art qui se rattachent à la couleur ont été étudiées par Diderot avec soin, et les pages où il en est question mériteraient d'être lues plus souvent qu'elles ne le sont. Ce qu'il dit de la perspective, du ton local, des repoussoirs, des ombres, des reflets, des demi-teintes, des fonds, est la plupart du temps d'une grande justesse, el fait preuve d'une grande intelligence du sujet.
Diderot, en peinture comi n philosophie, était
naturaliste ; mais ce i étail loin d'avoir la significa-
li'in profonde de nos jours. Il recommande a chaque pas l'étude constante 'le la nature Cependant, quand
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Nous ne passerons pas sous silence ce qu'il dit de la peinture de genre. « La peinture de genre, dit-il, a presque toutes les difficultés de la peinture historique : elle exige autant d'esprit, d'imagination, de poésie même, égale science du dessin, de la perspective, de la couleur, des ombres, de la lumière, des caractères, des passions, des expressions, des draperies, de la composition; une imitation plus stricte de Ni nature, des détails plus soignés, et, nous montrant des choses plus connues el plus familières, (die a plus de juges et de meilleurs juges. » (le passage soutient trop énergiqueinenl une cause qui est nôtre, sert d'argument trop respectable à une question que nous défendons nousmêmes, pour ne pas trouver place ici.
Les Pensées détachées sur lu Peinture sont la réunion des conséquences dont il a posé les prémisses dans V Essai. Il formule en aphorismes les principes développés d'abord sous les divers titres du goût, de la critique, de la composition, du coloris, du clair-obscur, de la grâce, de l'antique, de la beauté, etc., etc. C'est
la môme promptitude d'esprit, le môme mépris des
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Le Sulon de I7G7 contenait deux cent quarante-trois ouvrages, dont cent quatre-vingt-trois tableaux, trentecinq sculptures et vingt-cinq gravures. S'il n'était pas riche en œuvres remarquables, et bien que les artistes aimés de ce temps, Pierre, Boucher, Latour, Greuze, se fussent abstenus, on y trouvait encore sept tableaux de Vernet, deux magnifiques dessus de porte de Chardin, le Coucher de la Mariée, gouasse — comme on disait alors — de Baudouin, quinze Leprince, douze Robert, et des Lépicié. Plusieurs de ces œuvres existent encore, et, si devant elles on reconnaîl la vérité des critiques de Diderot, on est étonné aussi de les trouver aussi superficielles; sous une forme violente pourtant. On peut croire d'ailleurs que Diderot, n'ayant pas à parler devant le public, et n'ayant pas à ménager ses sympathies et ses engouements, se livre sans réserve à ses tendances, et se donne libre carrière à l'aire valoir ses amis.
Il commence par infliger un blâme qui trouverail encore son application aux artistes, qui reculent devanl la publicité de leurs œuvres, cl se retirenl en boudant dans leur lente. « Ils ont dit, pour leurs raisons, qu'ils étaient las de s'exposer aux botes, el d'être déchirés. Quoi! monsieur Boucher, vous à qui les progrès et la durée de l'an devraient être spécialement à cœur, c'est vous qui donnez la première atteinte à une de nos plu utiles institutions, el cela par la crainte d'entendre une vérité durel Vous n'a m 7. pas m mai quelle pouvait être la suite de votre exemple) Si 1rs grands maîtresse retirent, les subalternes se retireront, ne fût-ce que |
se donner un air de grands maîtres; bientôt les murs du Louvr loni tout nus, ou ne seront couverts que
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vue, et, en leur appliquant des règles et îles lois qui ne peuvent avoir cours dans un pareil ordre d'idées, il empiète sur des domaines étrangers. Au lieu de considérer les tableaux de Vernet tels qu'ils sont, d'en louer ou d'en blâmer le dessin, la couleur, la composition, l'effet, le caractère, il ne songe qu'à l'action dramatique qu'ils représentent. Dans cent pages charmantes, il est vrai, il raconte qu'étant allé passer plusieurs jours à la campagne, sur le bord de la mer, il a vu dans ses promenades des paysages, dont sept l'ont principalement frappé. Ces sept paysages sont précisément la description de ceux de Vernet. De même, lois du Salon de 1705, il adresse au tableau de Corésus et Callirlwé, par Fragonard, des éloges d'une exagération (pie le bon sens public n'a jamais ratifiée. Il n'a vu, dans cette composition banale et mélodramatique, que le drame qu'elle représente, et le raconte comme un rêve vague-
m entrevu dans les hallucinations du sommeil.
Ces idées sont certainement ingénieuses. Mlles sont exprimées dans un style plein d'attraits, et prennent à la lecture un vif intérêt; mais elles n'ont rien de commun avec l'esthétique. Age quod agis est un précepte dont Diderol ne s'est pas assez souvenu. La question n'est pas de sa voii si un auteur tragique trouverait à faire son profit des tableaux de Vernet ou de Fragonard, si la psychologie ou la morale peuvent en tirer bénéfice. Puisque Diderot les admirait, il eût fallu qu'il donnât les raisons de son admiration, puisées a des sources moins étrangères que celles auxquelles il est
allé' les chercher. \ ci; c pte, le critérium de la critique n'existerait plus, et le premier venu punirait formuler des arrêts qui auraient li même autorité ei la
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que par la vulgarité du style. Ils reprennent alors toute leur valeur, et l'on n'a pas de peine à comprendre qu'en se dégageant de ce fatras sans nom ils l'aient à jamais fait oublier. D'un autre côté, il faut dire aussi que. Diderot, en appuyant ses critiques sur des bases étrangères à l'art, les a fait servir de prétexte et de sauf-conduit à cette foule de productions auxquelles donnent lieu les Salons annuels, dont les auteurs parlent de tout, excepté de l'art, où le genre descriptif se donne toute liberté, et où les critiques et les éloges. distribués seulement par le bon plaisir, ne s'appuient sur aucune discussion et sur aucun raisonnement. Les jugements de Diderot portent à faux, mais au moins se donne-t-il la peine de les motiver.
11 s'est, du reste, parfaitement jugé lui-même à la lin de son Essai sur la Peinture. Ce qu'il dit en général s'applique à lui en particulier: et, ce qui mérite d'être remarqué, c'est qu'il donne implicitement gain de cause à un genre de critique qui n'est pas le sien.
« L'expérience et l'étude, voilà les préliminaires, et de celui qui lait, et de celui qui pige. J'exige ensuite de la sensibilité. .Mais, comme on voit des hommes qui pratiquent la justice, la bienfaisance, la vertu, par le seul intérêt i\u bien entendu, par l'espril et le goû't de l'ordre, sans en éprouver le délire el la volupté, il peut
y avoir aussi du goût >ans sensibilité, île môme q le
la sensibilité sans goût. La sensibilité, quand elle esl extrême, ne discute plus : tout l'émeut indistincte ni.
L'un vous dira froidement : Gela esl beau! L'alllre sera
ému, transporté, ivre : il balbutiera; il ne trouvera
pas d'expressions qui rendent l'étal de son £ Le
plus heureux est, sans contredit, ce dernier. Le meil
PORTRAITS \ l \ Il I Ml li m juge ! c'est autre i lios l os li uiiiikm ■ i tranquilles observateurs Jo In nature roui souvent mieux i|u'il foui pincei il*
font les enthousiastes v.n- I '. m . c'osl I boinmi ituii.il .
l . i liton rectifie quelquefois le jugement rapide
Dsibililë; elle on appelle. De li tant de produi
oubliées qu'appl ludies . lanl il antre*, ou
ii -, "H dédaignée* qui ii ■• oivi nt il u temps, du
i d'une attention plus i .«>
tribut qu'i llw méritaient.
RODOLPHE IOPFFEH.