‹ Portraits à la plumeChapitre 42 sur 65 · D'UN PEINTRE GENEVOIS · texte numérisé non relu

D'UN PEINTRE GENEVOIS

S'il est mi livre difficile à analyser, impossible .;i dé- « ■ r i il-, échappant par la Fantaisie à toute espèce do cri tique, se dérobant par l'imagination et le charme à toute espèce de sévérité, déliant par sa personnalité toute espèce de classification, c'est bien celui-ci. Le livre est l'homme, a-w>n dit; et, sous ce rapport, ceux de monsieur Topffer ont . parmi les productions du second ordre, un mérite ei un attrait des plus curieux à examiner. Ils sont empreints sans exception d'un" telle originalité, ils passent par des routes littéraires si peu fréquentées ils font faire à l'esprit un chemin auquel il est si peu accoutumé, qu'au premier instant

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RODOLPHE TOP-FFER: 211

triste domaine du réel. Lui-même a dépeint cette lutte dans un des plus charmants chapitres de son livre d'une façon trop remarquable pour que nous ne le laissions pas parler. « Quand j'y songe, dit-il, une lutte pénilile s'établit entre ma raison et mon cœur : que faire ainsi partagé? La raison est mon régent, il dit vrai, je dois le eroirc ; mais le cœur est mon camarade, et je fraye avec lui. Avec lui, je remonte le courant des âges, et, arrivés dans quelque antique asile, nous y posons notre tente, au pied de ces beaux hêtres qui cachent l'ogive d'un vieux portail.... Avec lui encore, l'oserai-je direî

nous nous moquons du régent \insi les mauvaises

compagnies corrompent les bonnes mœurs. » Monsieur Topffer est tout entier dans en lignes, et, pour qui connaît ses ouvrages, il est impossible de ne pas reconnaître la finesse et la vérité de cette appréciation; Monsieur Topffer est connu en France depuis peu de temps. Se consacranl à Genève à l'éducation des enfants, et ayant pour ses élèves i affection que ceux-ci

lui ont bien rendue, i\rs croquis grotesques, qu'il faisait à ses moments perdus et dont un publia des exemplaires à Paris, révélèrent les premiers cet esprit iï humour et il'1 bon sens. Personne n'a oublié le succès qui accueillit l'apparition de l'histoire île monsieur Vieux-Bois, de monsieur Jabot, ci. plus récemment encore, de monsieur Cryptogame. Malheureusement le plus original de ces albums, les Voyages du iloriciir Fesius, est connu de peu de personnes, et c'est là surtout que l'on peut apprécier tout ci1 que monsieur Topffer avait de verve, de drôlerie et dMmprévu dans l'esprit. Ce qu'il a dépensé de fantaisie grotesque dans ce livre est incroyable ri c'est précisément cette raison

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