ADOLPHE THIERS
dait rien au sujet qu'il traitait. Celui-ci. qui ne possède pas cette piaffe merveilleuse, n'était pas de force à jouter avec ce rude adversaire, il ne souffla mot. La conversation changea, et l'on vint à parler politique. L'artiste exposa des théories assez malsonnanles aux oreilles de ses auditeurs, et le lit avec la naïveté d'un homme peu versé dans la question qu'il traite, entassant hérésies sur hérésies. A une dernière monstruosité dite de la meilleure foi du monde, monsieur Thiers n'y tint pas; il prit l'eu, et fit éclater, au milieu de toutes ces obscurités, le feu d'artifice de sa raison el de ses connaissances. Au beau milieu d'une démonstration victorieuse, son interlocuteur, l'arrêta court, et lui dit à peu près ceci : g Monsieur Thiers, vous connaissez beaucoup mieux que moi ce dont vous parlez, et vous n'avez nul mérite à me battre. Mais de quoi voulezvous que je parle, si ce n'est de politique, puisque toul à l'heure vous m'avez à peu près prouvé que je n'entendais rien à l'art et à la peinture. Croyez-moi, n'empiétons ni l'un ni l'aune sur la spécialité qui fait la gloire de chacun de nous. Vitre rôle est assez beau pour que nous n'en ambitionnions pas d'autre. Vous êtes un homme politique, je suis un artiste. Si vous \oulez intervertir les rôles, à votre aise; mais au moins ne les prenez pas tous deux, et soyez assez hou poui médire celui qui vous convient, afin que je choisisse l'autre.» Malgré toute sa souplesse, monsieur Thiers n'avait pas de parade à ce coup droil : il s'exécuta de bonne grâce, en lioi e d'esprit qu'il est, et consentit courageusement à passer pour un peu moins universel.
Sous une forme assez vive, l'adversaire de monsieur
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