‹ Portraits à la plumeChapitre 58 sur 65 · I- llotrou .|in · texte numérisé non relu

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lus enlèvements, les substitutions, les naissances inconnues ou supposées, les fausses morts, il n'est pas difficile d'entortiller et de dénouer un imbroglio, et, sous ce rapport, Rotrou rendrait des points à nos plus adroits machinistes mélodramatiques. Cléagenor et Doristée, ['Heureuse Constance, Ni Célianc, la Belle Alphrède, la Pèlerine amoureuse, C.larïce, Florimonde , l'Illustre Amazone, Agésilan de Colcltos, l'Innocente Infidélité, les Deux Pueclles, sont les principales pièces de ce genre.

La seconde catégorie comprend ses compositions copiées du théâtre ancien. Copiées est le mot exact. Rotrou ne s'en cachait pas. Les noms des personnages de certaines pièces, comme les Ménec fîmes, epui n'ont rien d'historique et qui importaient peu, ne sont même pas changés. Dans le théâtre grec, Sophocle et Euripide ont seuls été mis à contribution. 11 semble que Rotrou ait reculé devant la sauvage énergie d'Eschyle. Le théâtre romain ne lui a prêté que Plaute, auquel il a pris le sujet des Ménechmes, d'Amphitryon et des Captifs; car ["Hercule mourant et l'Antigone de Séneipic m.- sont que des imitations de Sophocle et d'Eu npidr. Ces copies forment cependant un des côtés les plus marqués de l'originalité de Rotrou. Elles prouvent que, fatigué' du genre que lui imposait le goût public. il cherchait des sujets plus nobles, plus simples et plus élevés. Comme on n'eût pas manqué de crier haro au novateur, il essayait, par des exemples pris dans l'antiquité, d'occuper les esprits par des caractères et des passions, plutôt que de les fatiguer par des intrigues Hercule mourant est de 165'2. Antigone de 1638. Ce compositions précèdent donc les chefs-d'œuvre de

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plus. La reine, à cette nouvelle, sent renaître son amour pour le perfide; elle s'abandonne au désespoir et demande à voir Florisel, qui n'était qu'endormi. Toute haine s'éteint alors dans son âme; Florisel, reconnaît ses torts, et, devenu veuf, épouse Sidonie, qui accorde la main de sa fille Diane à Àgésilan, qui se fait reconnaître de sa maîtresse.

On remarque dans cette pièce un sentiment de la nature qui perce au milieu des concetti dont il est enveloppé. Dans la première scène du troisième acte, Diane s'endort auprès d'une fontaine, et sa suivante, Ardénie, s'occupe pendant son sommeil à lui composer un bouquet.

Sur les bords émaillés île ce cristal humide, ..

Au boni île ces fontaines •Juc frisent les zéphyrs de leurs fraîches haleine.-.. — Oue cet émail est rare et que l'u;il enchanté S'égare doucement dans sa diversité I Mais, ô doux ornements dont la (eue est parce, (lue votre éclat si doux est de courte durée!

Voyez, dit plus loin Agésilan qui arrive au milieu de la scène :

Voyez que tout esl calme et que ces doux zéphyrs, De peur de l'éveiller, retiennent leurs soupirs... Telle, ayiinl iniv le cerf nu la hiche aux ahois, Diane se repose à l'ombre des bois.

Cette vive impression du monde extérieur doit être notée. Klle était rare ,i cette époque. Je ne sache guère que Segrais qui l'ail possédée .1 ce degré-là.

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,i assurer le succès de l;i pièce, qui, au dire des biographes, fut des plus brillants. La société des Beaufort, desLongueville, des La, Rochefoucauld, des Ghevreuse. se pr: pai ut par 1 1 : la coni: du tout aussi embrouille* et tout aussi petite qu'elle allait jouer ilfins la Fronde. Le sujet de Clarice ou l'Amour constant repose toujours sur les mêmes données. Le travestissement de Léandre en femme fait le fond de l'intrigue, qui, il faut le reconnaître, offre moins de complications que les autres. Un jeune homme, Léandre, fils de Raynioinl. aime Clarice, fille d'Horace. Les deux familles, après avoir été liées ensemble, sont séparées maintenant par une profonde inimitié; et Léandre. au moment ou il se rendait à Florence pour aller voir su maîtresse en secret, esl enlevé par des pirates qui le retiennent en esclavage pendant six ans. Il parvient cependant à s'échapper, et, sous les habits d'une l'eiuiue et le nom

d'IIortenso. obtient la confiance d'Horace. Toute la pièce n'est remplie que par les combats de Clarice contre son père, qui veut la contraindre à se marier, tandis qu'elle

veut rester fidèle à la mé ire de son amant, qu'elle

n'a pas reconnu dans llortense. l'n matamore, un médecin ridicule, veulent tous deux l'épouser, et l'ont le comique de la pièce. Enfin, le père de Léandre meurt,

et, c me gage de réc ;iliation, demande que Horace

accorde sa tille à Léandre. Horace cède aux désirs de son vieil ami, et la pièce unit par un mariage comme nu vaudeville. Observons en passant que ce sujet se rapproche de celui traité par Shakspcare dans Bornéo et Juliette. On sait ce qu'il en a fait, el l'on peut apprécier la différence qui sépare le génie du talent. L'j ur qui fait lo boni de toutes ces pièces, j esl

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Les prétentions amoureuses du matamore ne sont pas moindres que ses prétentions guerrières.

Je ne me flatte point, mais j'ai, sans vanité, Entendu quelquefois parler de ma beauté Aussi bien que du corps je triomphe des âmes, Et, si je ne te dis qu'un million de dames, Que j'ai mis pour un Jour dedans le monument, Ce n'est point me vanter, c'est parler sobrement. Quand à blesser les cœurs j'ai ma vue occupée, .l'ai t'ait autant d'exploits des yeux que de l'épée. Selon l'air que je prends, tout succède à mes vœux . Ange quand il me plaît et diable quand je veux.

Et plus loin :

Je suis ce qui nie plaîl ' j'ai cent l'ois pour un jour Pria ou laissé la l'orme ou de Mars ou d'Amour; Je me fais cl délais, et, comme je m'avise, Je me rends agréable ou m'incapitanise : Tantôt je me signale en mille exploits vainqueurs, Tantôt me divertis au carnage des cœurs;

Enlin, soit que je plais i soil que j'extermine,

Toujours ou ma douceur ou force est divine.

Pour achever ce portrait, le matamore était aussi poltron que vantard, et, toutes les luis qu'il trouve» qui parler, il fail retraite, omis d'une manière fort grotesque, el se donnant à lui-môme îles raisons qui mettent sa vanité à l'abri. Lorsque Rhinocéronte est pro voqué par Alexis, qui lui demande :

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lait cela prendre son bien où on le trouve. Cette réponse est fort spirituelle, certainement; toutefois il eut mieux valu pour Molière, puisqu'il s'était laissé dérober son bien, qu'il s'en reconstituât un autre. Il était assez riche et assez intelligent pour cela. Je n'insiste pas, du reste, sur cette observation, et suis fort disposé à croire que, si les Sosies de Rotrou offrent une certaine curiosité, c'est à VAmphilryon de Molière qu'ils la doivent, Entre les deux pièces, trente-deux ans se sont écoulés (i 636- 10(58), et il est probable que. si le succès îles Sosies eût été considérable, ce court espace de temps ne l'eût pas l'ail oublier, et que les ennemis de Molière ne se lussent pas f.iil faute de crier au plagiat.

Quoi qu'il en soit, Rotrou n'a pas été inutile à Molière. el les citations suivantes vont le prouver ;

— Où s'adressent les pas? — Que t'importe? où je veux,

— Es-tu libre ou captif"? — Oui. — Mais lequel des deux!

— Lequel des deux me plaîl ou tous les deux ensemble.

— Ce maraud veutpôrir. - Tel menace qui tremble.

— Mais qui de grâce es-tu?Qui t'amène en ce lieu '

— J'appartiens à mon maître. Es-tu content? Adieu.

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