‹ Portraits à la plumeChapitre 60 sur 65 · JEAN U0T110U · texte numérisé non relu

JEAN U0T110U

Et de moi je commence à douter tout île bon. Près de moi par lu force il est déjà Sosie; Il pourrait bien encor l'être par la raison... Lorsqu'on était aux mains, i|ue lis-tu dans nos tel Où in courus seul te fourrer?

MERCURE

D'un jambon...

SOSIE

l/y voilà !

MERCURE

One j'allai déterrer, Je coupai bravement deux tranches succulentes,

Dont je sus fort bien me bourrer; Kl, joignant à cela d'un vin que l'on ménage, 10t dont, avant le goût, les yeux se contentaient, Je pris un peu île courage Tour nos gens qui se battaient.

SOSIE

Cette preuve sans pareille

En sa laveur conclut bien .

Et l'on n'y peut dire rien,

S'il n'était dans la bouteille.

Je ne saurais nier, aux [neuves qu'on m expose Que tu ne sois Sosie, et j'y donne ma voix. Mais, si in ['es, dis-moi, qui veux-tu que je sois ' ilar encore faut-il que je sois quelque chose.

MERCURE

Quand je ne serai plus Sosie, Sois-le, j'en demeure d'accord :

Mais, tant que je le suis, je le garantis uiorl Si tu prends cette fantaisie

Même imitation au second acte. Voici la version île otrou

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JEAN ROTUOl .

AHPH1TRÏ0N,

Oui t'a fait y manquer, maraud? Explique-toi !

Faut- il le répéter vingt lois de même sorte? Moi, vous dis— je, ce moi plus robuste que moi , Ce moi qui s'est de force emparé de la porte .

Ce moi qui m'a l'ait filer doux ;

Ce mol qui le seul moi veut être;

Ce moi de moi-même jaloux ;

Ce moi vaillant, dont le courroux

Au moi poltron s'est fait connaître;

Enfin ce moi qui suis chez nous ;

Ce moi qui s'est montré mon maître;

Ce moi qui m'a roué de coups.

Même similitude dans lu scène suivante, où Mercure, sous la figure de Sosie, défend à Amphitryon l'entrée de sa maison.

HOTROV.

Eli bien! c'est moi, crains-tu que je l'oublie? Achève, que veux-tu?

Traître I ce que je veux?

MERCURE

Ouc ne veux lu donc point? réponds-moi si In pruv'

Il pense s'adresser à quelque hôtellerie,

De la façon qu il Frappe, el qu'il parle et qu'il crie.

l.li bien I m'as-tu, stupide, assez considéré?

n l'on m ni'.-, -.ni des yeux, il m'aurait dévore

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Molière s'est contenté de les retourner, et que le comique de la pensée ne vient pas de lui.

Hercule mourant est imité des Trachiniénnes, de Sophocle, et Hercule au mont OEta, de Sénèque. Cette pièce est le premier essai de Rotrou sur un sujet antique, et il est malheureux qu'il se suit inspiré du genre hj perbolique et déclamatoire de Sénèque plutôt que de la simplicité deSophqçle. L'a tragédie, montée sur ce ton, devient quelque chose d'insupportable, et Corneille n'est pas tout à fait exempt de ce défaut. Seulement, son bon goût lui défendant de mettre l'emphase dans l'expression, il l'a mise dans le caractère de ses personnages.

Hercule mourant est de 1632. Il est précédé d'une ode dédicatoire au cardinal de Richelieu, dont Rotrou était pensionné. Cette ode, comme toutes celles des gens de lettres à leurs protecteurs, est montée sur un ton hyperbolique que l'on révoquerait en doute si l'authenticité n'en n'était pas parfaitement démontrée; elle inspire de tristes réflexions, quand on songe à ce qu'a dû souffrir l'orgueil de l'homme qui devait écrire plus lard une si magnifique lettre. — Il d'il au cardinal-duc,

Ton ardeur rompt lous les obstacles lit produit de si grands clfets, Que qui ne croit pas aux miracles Doit .limier de ce que tu fais,

L'éloge va si loin, que Rotrou arrive à promettre à la France, sous l'administration du grand cardinal, les renversements de saisons que les fouriéristes espèreni du phalanstère. Un mois d'hiver, cinq mois de printemps, et le reste 5 l'avenant.

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les Frères ennemis, que l'on peut se faire une idée des drames grecs. La lutte des deux frères thébains peut, jusqu'il un certain point, intéresser des auditeurs français, car elle donne lieu au développement d'une passion éternellement humaine : la haine; mais il ne peut en être de même du personnage d'Antigone. Nous n'avons [dus pour les morts la même religion que la théogonie grecque toute matérialiste devait inspirer. Ce n'est pas un dogme de la religion chrétienne, que les âmes de nos parents privés de sépulture soient destinées à errer éternellement aux enfers. Rotrou condamnait donc forcément ces trois derniers actes à la monotonie en traitant un sujet aussi étranger aux mœurs modernes.

Dans les pièces pour lesquelles Rotrou ne doit rien à personne, Venceslus est la seule qui soit restée au répertoire. La Martyre de saint Genest, représenté, il y a quelques années, au théâtre de l'Odéon, n'obtint qu'un médiocre succès. Tout en rendant justice aux beautés de premier ordre qui brillent dans Veneeslas, j'avoue que je préfère lé Martyre de saint Genest. J'y trouve un souffle plus mâle el plus élevé, une [dus grande simplicité et plus de naturel que dans Veneeslas.

Le sujet île cette tragédie es) sans doute emprunté à une pièce de Rojas parfaitement inconnue maintenant : On ne peut être père ei roi. On sail qu'alors le théâtre espagnol était familière nos auteurs. Veneeslas, roi de Pologne, a deux fils, Ladislas et Alexandre, aimant huis deux la même femme, Cassandre, duchesse de Kœnigsborg. Ladislas, l'aîné, le successeur de Veneeslas, a \u ses hommages repoussés par Cassandre, qui aime en secret Alexandre. Le prince, furieux de ses

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abdiqué, exhorte Ladislas à montrer sur l'échafaud le courage d'un roi et ;ï faire

Douter à toute la province, Si, né pour commander, et destiné si haut, Vous mourez sur un trône ou sur un échai'aud.

En 17ù0. madame la marquise de Pompadour, rendant justice à Vencesla.s, mais en trouvant le style suranné, ordonna à Marmontel de revoir la pièce. La marquise, qui avait le goût délicat, n'en fit pourtant pas preuve dans cette occasion. Marmontel entortilla dans un style sans couleur et sans goût les rudes accents de Rotrou, émpnda les branches vigoureuses et de plein jet, et tailla ce robuste chêne comme un if de Sceaux ou de CJioisy. M:iis. Dieu merci, la punition de ce sacrilège ne se fit pas attendre, et il raconte luimême, dans ses Mémoires, qu'au moment de la représentation, Lekain rétablit le rhythme primitif, ce qui lit manquer les répliques et échouer la représentation. Que cette incartade reste comme un éloge à la mémoire de Lekain!

Le Martyre de saint Genest , comme forme e1 comme fond, me semble devoir Stre préféré à Venccslas. L'action est beaucoup plus simple. La conversion au christianisi le Genest, acteur païen,

pendant qu'il jouait le rôle d'Adrien devant l'empereur Dioctétien, suflit à remplir les cinq actes de cette ira gédie, sans que l'intérêt soit un seul moment suspendu. Rotrou a su avec une habileté égale, sinon supérieure ;i celle de Corneille, occuper l'esprit des spectateurs par des moyens d'une simplicité extrême. Lorsque

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ible diminuer, il appelle a ion lide la curieuse peinture de l'intérieur du Ûirfatn i nnor que nous appelions

simple une action qui semble double, puisqu'i

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JEAN II UT il OU. 289

C est lui qui du néant a tiré l'univers,

La terre à son pouvoir rend un muet hommage,

Les rois sont ses sujets, le monde est son partage.

Ce dernier vers ne rappelle-t-il pas à la mémoire le magnifique exorde de l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre?

Si César m'est cruel, Dieu me sera prospère; C'est lui que je soutiens, c'est en lui que j'espère; Par son soin, tous les jours, la rage des tyrans Croit faire des vaincus et fait des conquérants... N'épargne pas ton sang en cette sainte guerre; Et redonnes à Dieu qui sera ton appui La part qu'il te demande et que tu tiens de lui.

Enlin, au quatrième acte, lorsque Genest, abandonnant son personnage, confesse par lui-même sa nouvelle religion, lîutrou lui met dans la bouche ces vers magnifiques :

Faisons voir, dans l'ardeur dont ce feu nous consomme. Toi le pouvoir d'un Dieu, moi le devoir d'un homme ; Toi l'accueil d'un vainqueur sensible au repentir, Kt moi, Seigneur, la force et l'ardeur d'un martyr.

Telles sonl les œuvres principales de Rotrou. Il possédait peut-être à un [dus haut degré que Corneille la

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ne mu pas en ménager les effets avec autant d'art, en disposer et résumer le mouvement avec une habileté pareille. Venu à une époque de transition, il fut luimême un poëtede transition; mais su transition n'était pas stationnaire. Soi mvemeni vers l'avenir esi trop

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HONOHÈ Di: BALZAC.

La mort de monsieur de Balzac est récente, el cependant il semble, à voir la réputation grandissante de son nom, le succès chaque jour plus solide de ses ouvrages, la gloire de moins en moins contestée de ses créations, qu'un plus long laps de temps se soit écoule depuis que cette douloureuse nouvelle vint frapper

les amis de son magnifique talent. Nous si tes ses

contemporains, beaucoup d'entre nous se rappellent encore ses débuts, et pourtant nous le jugeons déjà nous le pouvons croire du moins à l'unanimité des opinions — avec l'impartiale bienveillance de la postérité. La raison | r moi en est simple, mais malheureusement ce n'est pas là un îles beaux côtés de l'histoire contemporaine. Monsieur de Balzac était le fils de ses œuvres; il s'était formé seul, il avait grandi et -Vian fortifié sans s'appuyer sur personne à force d'entêté ment, de persévérance, de travail. Il avait conservé de cette éducation solitaire une in lépendance d'allure qui froissait les écoles littéraires de ce temps qui se sonl

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