‹ Portraits à la plumeChapitre 62 sur 65 · I.nulli · texte numérisé non relu

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unir, il impressionne, il émeut. Allez donc rechercher la légitimité de votre émotion quand vous êtes haletant, bouleversé, quand vous avez la tête pleine d'images et le cœur rempli de sanglots!

Je connais peu d'exemples aussi frappants que n-

sieur de Balzac de ce que peinent la l'orée de caractère, l'énergie et la suite de volonté. On peut le dire aujourd'hui, il ne possédait aucune des facultés natives de l'écrivain. Singulièrement inhabile à agencer un plan, lourd et embarrassé dans son style comme dans une armure qu'il n'eût pas su porter, retournant dix fois la même pensée dans des termes différents avant de trouver une expression à peu près convenable, un travail opiniâtre fit tomber tous les obstacles qui s'élevaient devant lui. Les détestables romans qu'il publia pendant dix ans sous le nom de lord R'hoone, Viellerglè, etc., et dont on s'est tant moqué, préparèrent la Physiologie du Mariage. A force de vouloir, il se lit le style qui a écrit les Célibataires et la Vieille Fille; à force de persévérance, il devient l'arrangeur qui a conrfposé une Ténébreuse affaire el César Birotteau. Balzac se fit écrivain, invita Minerva, el sa gloire ne peu! qu'y gagner Sa facilité est devenue une chose si vulgaire qu'on lui sait pour ainsi dire gré de sa difficulté. La centralisation de la France n'a pas si bien réuni ei fondu dans un môme ensemble les diverses provinces dont elle se compose, que l'on ne puisse retrouver el suivre, sans trop de difficultés, les courants distincts qui sortenl de chacune d'elles. Il pourrait être curieux de faire une histoire de la littérature contemporaine par groupes géographiques, el d'indiquer le mérite el les défauts communs aux groupes des Provençaux des

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cette closerie de la Grenadiére, où lady Brandon vient si noblement expier dix ans de bonheur et d'amour. Séparez madame d'Aiglemont, l'immortel original de la femme de trente ans. des coteaux de Rochecorbon ou des fenêtres de la rue Royale, et vous verrez ce r|iii restera! Peut-on se figurer l'abbé Birotteau roulant son ventre plein et son cerveau vide autre part (pie derrière le chevet de Saint-Catien et dans l'ombre humide des contre-forts de la rue de la Psalette? N'est-ce pas enfin des vertes prairies de Sache et de Pont-deliuan que s'élève, à travers les tourelles et 1rs poivrières du château de Clochegourde, cette angélique ligure de madame de Mortsauf, le type le plus parfait, le plus élevé, le plus adorable de l'amour et du dévouement; la figure la mieux trouvée et la plus observée en

un temps, le chef-d'œuvre peut-être de monsieur de

Dalzac?

Je n'insisterai pas sur cette observation, mais je ne l'abandonnerai pas non plus sans faire remarquer que cette trace rabelaisienne perce dans presque tous les ouvrages de monsieur de Balzac. N'est-ce pas elle que l'on retrouve dans l'illustre Gaudissart? Le vieux due ii or Rouget et son fils, l'amant de la belle Rabouil leuse, ne sont-ils pas entièrement pensés dans rv sens? Mademoiselle Cormon et le chevalier <\<i Valois ne s') rattachent-ils pas? N'est-ce pas enfin aux impressions sensuelles de Rabelais que se rattache la fameuse scène du baiser donne à la Préfecture de Tours dans le Lys dans la Vallée? Il y a là decertaines comparaisons qui eussent fait venir l'eau à la bouche de Gargantua.

Cependant, côte à côte avec cette première el profonde nature i\\i terroir, monsieur ^f Balzac possédait

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vrent sûrement le but. Leurs œuvres forment un ensemble d'où se dégage une haute pensée morale qui ne permet pas à l'esprit de vaciller un instant. Est-il possible de garder cette tranquillité d'esprit entre la lecture des Contes drolatiques et de Seraphitùs, et ce rapprochement seul n'est-il pas un reproche?

Soyons juste toutefois, et reconnaissons que cette inquiétude maladive est moins le fait de l'homme que celui du temps où il a vécu, et qu'à ce compte l'illustre Tourangeau est un de ceux qui ont le mieux réfléchi leur époque. L'éloge, comme on le voit, est bien près du blâme. Un peu d'examen nuit à monsieur de Balzac, beaucoup lui profite.

Comme Beaumarchais, monsieur de Balzac était essentiellement homme de lettres. Il était fier de sa profession; il en maintenait la dignité chez lui et la défendait courageusement clic/, les autres, 'finit ce qui avait rapport à leurs droits, à leurs intérêts, à leur position, le trouvait pour défenseur. Cette protection n dut pas seulement dans les nuits, elle fut bien souvent effective, et l'on pourrait citer des noms dont bi plus grande gloire vient de Balzac, qui facilita leurs débuts. Ce sentiment charitable pour ses confrères fut quelquefois même poussé jusqu'à l'exagération. En les voyant aux prises avec les nécessités de lu vie, Balzac regrettait le temps ou chaque grand seigneur avait un littérateurà sa solde comme un perruquier ou un coureur. Mors le [i.-i i m de chaque joui' était en effet assuré; mais qui

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rien de mieux; mais qu'une illustration littéraire, qu'un des maréchaux de France de la littérature, comme il s'appelait lui-même, soit venu réclamer son salaire comme le [dos lirutal des manœuvres et couper le murmure de son style par le bruit des éeus, il y a là un manque de convenance qui vous met mal à Taise. Le mérite littéraire, comme la gloire militaire, comme l'illustration de l'homme d'État, comme toutes les choses glorieuses de ce momie, ne s'escompte pas en pièces de cent sous; le respect des générations, la sympathie des contemporains, les admirations silencieuses ou bruyantes, les discussions passionnées, les critiques violentes ou vigoureuses, sont leur véritable salaire. La gloire ne se paye pas à beaux deniers comptants; c'est une chose vaine, c'est ce qui fait sa grandeur, et, à ce compte, la contrefaçon belge, en répandant les œuvres et le nom de Balzac, en vulgarisant son talent, payait ses œuvres beaucoup plus cher que les éditeurs français.

C'esl au même titre el dans le même but que monsieur de Balzac fut un des fondateurs de la société des gens de lettres. Je suis certain que dans sa pensée le principe était excellent. Il voulait, en donnant aux gens de lettres toutes les facilités pour recouvrer le prix de leurs travaux et de Inns veilles assurer leur indépendance et relever leur dignité': mais le résultat a singulièrement faussé l'idée première, et je doute que, si le fondateur revenait, il ne fut pas surpris de voir ce qu'est deve sa conception originelle Les chicanes, les débats grotesques, les interminables réclamations pour quelques centimes dont retentissent journellement les tribunaux, feraient penser, à ceux qui v Iraient juger

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Si la vocation de monsieur de Balzac n'était ni dans la chicane, ni dans l'industrie, il profita du moins de son passage pour s'approprier tout ce qui, dans ces professions, était du ressort du drame ou de la comédie. Malgré ces sévères occupations, le démon tentateur n'en poursuivait pas moins sa victime, et les vingt ou trente volumes de Viellerglë, d'Horace de Saint-Aubin; 1rs Ihm Gigailas, les Jeanne la Pâle, les Vicaire des Ardennes. sont là pour témoigner des courageux efforts de celui qui devait [il us tard écrire le Curé île Tours. Au reste, cette persévérance el celte opiniâtreté, il les tenait de son père, qui, quoique d'une vieille famille de France, avait embrassé avec ardeur 1rs principes de 89, el avait été le modeste aller ego de Robert Lindet dans les immenses travaux de ce conventionnel, un des caractères les plus probes et les plus fermes, mais aussi les [dus durs de cette époque.

Le premier ouvrage auquel monsieur de Balzac mu son nom, celui qui commença à attirer l'attention sur lui fut les Chouans, sur lesquels nous reviendrons tout à l'heure. Les Chouans datent de 1827. A cette époque, monsieur de Balzac avait vingt-huit ans. Il n'était donc pas de la première jeunesse, et la renommée avait à lui payer les arrérages de messieurs Yiellerglé el compagnie.

Les premières années de monsieur de Balzac sonl obscures. Il les passa à Tours dans une grandi' maison dont on retrouvera plus tard la topographie dans la

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première période de ses travaux, celle où il se donne artificiellement les facultés littéraires que la nature lui avait refusées. L'imitation de Walter Scott s'y trouve à chaque pas, et Balzac, d'ailleurs, professa pour le romancier écossais une admiration dont il consigna l'expression à chaque pagedeses ouvrages. Mais, à cette époque, son enthousiasme allait encore à la servilité (littéraire s'entend) et était partagé par trop de monde en France pour que nous l'en blâmions. On en retrouve la trace dans son étude sur Catherine de Médicis et dans YEnfani maudit, qui, incorporés dans la Comédie humaine, sont évidemment des romans de l'extrême jeunesse remaniés et remis à neuf.

Balzac, comme Alfred de Vigny, mais avec plus d'originalité, voulait appliquer le procédé' de Waverley à l'histoire de France. C'est ce qu'il fit dans les Chouans. Seulement il ne s'apercer ail pas qu'en lui empruntant SOI) id: il s : inparail ni: : i de sa niani re frcid: lourd:

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pas à des Irrlcurs français, polir lesquels l'action, la

vivacité du fait, la promptitude de l'intérêt, sonl de première nécessité. C'est ce qu'a parfaitement compris monsieur Alexandre Dumas dans ses divers romans sur nuire histoire nationale. Au lieu de se fatiguer en sérieuses recherches historiques et de devenir un écrivain archéologue i\>'-' plus exacts el des plus savants comme sir Walter Scott, au Heu de s'épuiser ù faire concorder entre eux les lieux et les faits, les mœurs et le per onnages, comme nsieur de Balzac dans les

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Ce livre parut pour la première fois sans nom d'auteur, et, au dire des gens compétents, la matière était si bien étudiée, si complètement approfondie, la lumière était projetée dans des replis prudemment laissés jusque-là dans l'ombre par une main si expérimentée et si sûre, que l'on créa, pour lui en faire honneur, un vieillard louchant à la fois à Louis XV et à Louis XVIII, comme il en a placé lui-même plusieurs dans ses romans.

Ce livre, comme quelques personnes le soutiennent encore résolument, est-il, en effet, aussi immoral qu'on a bien voulu le dire? Je ne le crois pas, et il est à remarquer que les femmes qui, seules, pourraient être compétentes, tiennent à son égard une réserve de bon goût certainement, mais qui en dit beaucoup.

Si l'on veut considérer le mariage au point de vue social ut politique, si l'on est bien convaincu que la société moderne repose tout entière sur cette admirable institution, on reprochera à juste titre à l'auteur d'avoir pu en ébranler les bases, et d'avoir apporté des armes funestes en des mains inexpérimentées ; si l'on ne voit, au contraire, que la question philosophique, que le côté abstrait, peut-être restera-t-on convaincu, après la lecture de ce singulier ouvrage, de la vérité de cet aphorisme de la première page, < que le mariage est une institution nécessaire au maintien des sociétés, mais qu'il est contraire aux luis de la nature. » Ce sujet est bien délicat pour être traité en passant; l'on peut i.iire remarquer, cependant, que le second reproche adressé à monsieur de Balzac, de vouloir tourner en dérision la vertu des femmes, tombe singulièrement

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une nécessité naturelle ou une convenance sociale? L'adultère est-il un crime comme le veut la loi, ou un remède comme pourraient le l'aire supposer les mœurs? ou bien n'est-il ni l'un ni l'autre, et la question, pour être résolue, aurait-elle besoin d'être placée sur un terrain neutre et intermédiaire'.' Telles sont quelques-uns des aspects de la question développée dans ce livre, el monsieur de Balzac est coupable à la façon de ce médecin qui sonde une plaie avec laquelle le malade vil depuis de longues années.

. D'ailleurs ees reproches d'immoralité ne touchenl guère et n'ont pour but que de mettre en garde, non pas contre l'accusé, mais contre l'accusateur. 11 faut se défier de ceux qui se scandalisent. Les livres pareils -mu toujours entourés, parle respect même de leurs auteurs, île tant de préfaces, d'avant-propos. d'avertissements, que l'on connaîl dix fois leur contenu avant de les ouvrir, que l'on est mal venu de se plaindre, et que la bonne foi des accusateurs peul Être à bon droit

suspectée. P quoi le lisiez-vous, puisque vous êtes si

moral ? Ces gens I; font l'effet de ces filous qui se

jettent dans la foule en criant : Au voleur1 «Quiconque apporte sa pierre dans le domaine des idées, d'il monsieur de l'.alzae dans sa préface, quiconque signale un

abus, quiconque marque d'un signe le mauvais | r

l'ire retranebé, celui-là passe toujours pour être immoral. Le reproche d'il raiitd est le dernier qui reste à

faire quand on n'a rien à dire a un poëte... Quand on veut tuer quelqu'un, on le taxe d'immoralité. Cette manœuvre, familière aux partis, est la honte de tous

ceux qui l'emploient, i N'est ce pas i tsieur Jules

Janin . l'auteur de VAne mort el la Femme guillotinée,

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