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HONORÉ DE BALZAC. r»!5
prendre que le drame n'émit pas à l'extérieur, mais à l'intérieur, qu'il pouvait se trouver autant île passion, autant de rage, autant d'ivresse et de douleurs dans l'âme d'un marchand de draps . d'une parfumeuse , d'un millionnaire, d'une duchesse ou d'un élégant, que dans celle d'un malandrin ou d'un page, d'un chevalier ou d'une bohémienne; que le cœur battait autant sous un habit noir que sous une jaquette armoriée, et que l'antre d'un usurier, l'étude d'un notaire, le cabinet d'un juge, le boudoir d'une jolie femme, le salon d'un banquier, le galetas d'un étudiant, pouvaient contenir autant d'émouvantes tragédies que les tours d'un château fort, les murs d'un cloître ou les salles d'un palais. 11 restitua toute sa valeur, tout son intérêl à la vie privée. Il nous fil assister à des comédies de coin du feu. aussi vraies et aussi amusantes que celles de Molière; à des tragédies jouées en plein Paris,
en plein j ■. par des gens en bottes et en chapeau
rond, auprès desquelles les tragédies classiques palissaient singulièrement; à des drames où 1rs coups de poignard étaient remplacés par des coups d'oeil qui tuaient tout aussi bien; ;i des duels nu les mois blessaient comme des épées.
Il prit pour théâtre le monde; | r acteurs, la so-
ciété lerne; pour intrigue, les intérêts mélangés
aux passions; pour spectateurs, les acteurs mômes qui
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pendant vingl ans, il prit les empreintes successives de la société lerne comme un mouleur prend le masque
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souterrain. Tout lu Paris intelligent d'alors s'interressait à Ferragus, à Ida Grugt't, à madame Jules, à Monsieur de Maulaincourt, et je vois encore, au milieu des préoccupations politiques d'alors et des coups de fusil des émeutes, celte suite de curieux allant en pèlerinage examiner la maison de la rue Soly avec autant d'intérêt que si un drame réel s'y lût joué.
On a souvent ri de Balzac croyant fermement à son œuvre et la poursuivant avec la conviction d'un devoir accompli, d'un service rendu à la société. Loin d'en rire, on devrait au contraire l'imiter. Si chacun, avant de prendre la plume, se sentait en présence d'un devoir, avait un Imt bien déterminé à l'avance et y marchait avec résolution, si l'on comprenait qu'en développant sa pensée on peut agir sur des pensées étrangères, les frapper d'impuissance ou les développer dans le sens du bien; si, enfin, Ton se rendait compte que, si humble qu'il soit, on exerce un sacerdoce temporaire qui, pour être légitime, doit être profitable à tous, le nombre de ces œuvres hâtives, qui encombrent le champ littéraire, serait de beaucoup diminué, et l'on ne serait plus affligé par cet incroyable mélange de pensées, d'images et île mots contradictoires qui font des lettres françaises un étrange chaos. Il Tant le reconnaître, l'école romantique a | ssé aux dernières
limites l'art de parler sans avoir rien à dire, elle a tué la pensée chez ses disciples, el nous voyons de trop tristes conséquences de cette influence pour ne pas rendre prochaine la nécessité d'une réaction. C'était de pins haut que monsieur de Balzac sidérait sa mission. Il lui donnait peul être une importance discutable! mais de cette foi en loi résultent un ensemble dans
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lui ii i-tif dans l'exposition de II Comédie humai*! Ces paroles nous donneront l'idée de l'importance qu'il itlacl uvre ei expli-
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UOSORE DE BALZAC. 517
sentiment, est l'élément social, elle en est aussi l'élément destructeur. En ceci, la vie sociale ressemble à la vie humaine. On ne donne aux peuples de longévité qu'en modérant leur action vitale. L'enseignement, ou mieux l'éducation par des corps religieux, est donc le grand principe d'existence pour les peuples, le seul moyen de diminuer la somme du mal et d'augmenter la somme du bien dans toute société. La pensée, principe des maux et des biens, ne peut être préparée,
il ptée, dirigée que par la religion. L'unique religion
possible est le christianisme... Il a créé les peuples modernes, il les conservera. De là sans doute la nécessité du principe monarchique. Le catholicisme et la royauté sont deux principes jumeaux... J'écris à la lueur de deux vérités éternelles : la religion, la monarchie, deux nécessités que les événements contemporains proclament, et vers lesquelles tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays. Sans être l'ennemi de l'élection, principe excellent pour
constituer la loi, je repousse l'élection prise c me
unique moyen social... Étendue à tout, elle nous donne I" gouvernement par 1rs masses, le seul qui ne soil point responsable el où la tyrannie est sans bornes car elle appelle la loi... Sous ce rapport, au risque d'être regardé comme un espril rétrograde, je me range du côté de Bossue! et do Bonald, au lieu d'aller
avec le novateurs modernes. Napoléon avait rveil-
leusemeni adapté l'élection au génie de notre pays. Aussi les moindres députés de sou corps législatil ont il • été 1rs plus célèbres orateurs des Chambres sous la Uestauration. aucune Chambre n'a valu le corps lé
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ses croisements et ses mélanges perpétuels) et le nombre infini des scènes nécessaires (jour n'en laisser aucune l'arc dans nombre.
Voici, d'après monsieur de Balzac lui-même, comment était divisiV la Comédie humaine. Il la séparait d'abord en trois grandes parties : Eludes de mœurs, Eludes philosophiques, Eludes analytiques, dont les deux dernières n'avaient aucune espèce de corrélation avec la première. La Comédie humaine est tout entière dans la première partie. Les Eludes de mœurs se séparaient elles-mêmes en six livres : Scènes de la Vie privée, Scènes de la Vie parisienne, Scènes de la Vie de ■province, Scènes de la Vie de campagne, Scènes de la Vie militaire. Scènes de la Vie politique. Les Scènes delà Vie militaire el les Scènes de la Vie de campagne simi 1rs plus incomplètes. Je ne connais des premières que les Chouans el une Passion dans le désert. Dans les secondes, le Médecin de campagne ri le Curé de village nui seuls été publiés. I.rs Paysans parurent en feuilletons dans le journal la Presse; mais celte publication ne tarda pas a être interrompue, ri l'un n'a sans doute pas oublié le caractère i\c vérité, d'observation judicieuse, dont elle était empreinte. C'était
peut-être la première luis qu' icrivain, laissant là
1rs églogues ri 1rs pastorales | ri' qu'elles valent,
osait peindre 1rs mœurs des paysans telles qu'elles sont, vicieuses, perverses, dépravées. Le tableau u'étaii ni flatté m flatteur, il étail vrai. Il j avail des scènes d'astuce sauvage que Cooper eûl signées. Ce roman, qui
|u iiaii de si nouvelles révélations, ne lui j ais
continué.
Les classifications que je viens d'indiquer no sont
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très-spirituellement, par disséquer la table; mais souvent il dissèque à côté et coupe rien en quatre. Quand, au contraire, il rencontre juste, ce que les caractères ainsi étudiés peuvent gagner en intérêt, ils le perdent en ensemble et en simplicité. Comme chez les maîtres les actes ne sont pas chez Balzac une conséquence naturelle des caractères, ils n'en découlent pas viveinenl et simplement, et une parole prononcée demande de longues pages d'explication ou plutôt de justification. Je rends justice à tout l'art avec lequel cette justification est présentée; mais je me souviens aussi que Lesage, Sterne, Molière, l'abbé Prévost, Bernardin de Saint-Pierre, n'en ont pas eu besoin pour créer des types éternellement vrais el éternellement vivants. Il est vrai que beaucoup îles créations de Balzac ne sont que des études dont une analyse extrême a l'ait des types. C'est en ce sens que la Vieille Fille, le Curé de Tours, I Interdiction, passent pour des chefs d'œuvre.
La comparaison des Éludes de la Vie parisienne avec celles de la I ie de province rendra ceci plus clair. L'existence tout en dehors,, tonte d'action de Paris, eette promptitude cette énergie de décision nécessitée par les habitudes de la vie parisienne, où les événements se pressent el se Mierrilolil a\ee une VtoleilCC Cl
une rapidité vertigineuses, n'offraient qu'un champ rebelle à la nature patiente de son examen. Il parait eu avoir été effrayé, 1 1 la plupart de ses tableaux sont nu
u h ueu\ ou impossibles. C'est le muni le où s'agiti ni
les amusantes, mais extravagantes créations de Vau irin. île Ferragus, de l'a Fille aux yeux d'or. Mais il est a l'aise, au contraire, dans la * ie de pro\ ince, où l'ac-
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HONORE DE LIAI./. Ai;.
étouffé dans le concert d'éloges qui s'élevait île toutes ports autour du spirituel romancier.
La méditation et l'observation avaient-elles conduit Balzac à la connaissance difficile des femmes? Je le crois volontiers ; mais a-t-il dit tout ce qu'il savait? n'a-t-il pas eaclu' une partie de la vérité'.' A-t-il donne à ses portraits cette portée que la Rochefoucauld a concentré dans quelques-unes de ses maximes? Que d'autres, mieux instruits, en décident'; mais, en vérité', il avait trop d'espril pour le risquer. S'il n'a laissé entrevoir qu'un seul côté de la réalité, quel est l'homme assez fort, assez philosophé ou assez niais pour faire voir l'autre?
Les femmes sont les dupes des hommes. Celui qui leur a persuadé' le premier qu'elles étaient plus fi nos qu'eux a fait un coup de maître. Certaines de leur habileté incontestée, elles s'\ confient avec une sécurité, nu aveuglement étranges; et les intérêts masculins 3 trouvent trop leur profil pour qu'il ne suit pas peu charitable de les détromper. Balzac, loin de le faire, a resserré le bandeau sur leurs yeux et c'est à la moins belle portion du genre humain à lui en être reconnaissante.
Il sut mettre une sorti' de raffinemem dans cette protection indirecte demandée aux femmes en s'adres-
sant a celles qui les résument le plus c plétemenl et
avec le plus de charme : aux femmes de trente ans. Cette adresse fut un acte de génie; cette création rester mue un type immortel auquel sou nom sera
indissolublement attaché. Les n pes littéraires des femme de cet âge existaient avant lui , mais il sut le premier recueillir les traits épars, les lambeaux dispersés
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cessa au bout de six mois, en laissant une ineffaçable trace dans la mémoire rie leurs lecteurs. Politique, littérature, critique, ils embrassaient toute la matière habituelle des Revues. Sauf quelques vers de monsieur Ferdinand de Grammont, ils étaient rédigés par monsieur de Balzac seul, avec un talent particulier à chaque sujet qui en rend la collection curieuse et intéressante.
Ce fut dans la Revue parisienne que p. nul l'article sur la Chartreuse de Parme, véritable révélation qui lit plus pour la renommée de monsieur Be) lequevingtans d'esprit dépensé en travaux inconnus. L'article est supérieur au roman de toute la supériorité de monsieur de Balzac sur monsieur Beyle. Les défauts de cet ouvrage, ces passions faussées par l'exagération des détails, ces scènes embarrassantes étudiées et poursuivies avec une contention d'espi it puérile loin de choquer Balzac, devaient lui plaire au contraire, à lui qui avait su tout ner cet écuéil avec tant d'habileté, et faire de ces défauts un mérite. Puis, il faut le dire aussi, les personnages principaux, Fabrice, la duchesse de Sanseverino, le comte Mosca, sonl des créations d'un esprit distingué, original, plus observateur que Balzac lui-mê qui conçoit bien, mais auquel Pinstrumenl fait défaut, el qui trébuche à chaque instant dans le fossé en ne voulant pas suivre la grand route. Dans l'i tude de Balzac . chaque caractère reprend su valeur et si n plan tout
est en saillir qui rite dé l'être, chaque détail est
éclairé par la lumière qui lui convient. Pour ma part, après avoir repris vainemenl à plusieurs reprises la
lecture du roman de nsieui Beyle, l'étude de n
sieur de Balzac me red a du ci urage el en allant
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