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LE HÉROS DE TOUTES LES TRADITIONS

Qui le croirait ? c'est Stendhal. Il avait tout prévu, mais non qu'on dût lui faire un jour cet honneur là.

Le mensonge est la plus vieille tradition.

Bon filsj bon père et bon époux, quoique toujours célibataire ; suppôt de la morale, pilier de Tautel ; arc boutant de la religion, soutien et contrefort du trône : sédentaire, n'aimant pas le voyage ; ayant pour tout désir de ne jamais quitter, au fond d'une province chérie, ses chers parents et les vieux meubles de la maison natale ; ennemi de l'étranger, haïssant surtout l'Italie ; dévot, fils soumis de l'Eglise, commis de la Congrégation ; enfant de chœur docile au lutrin de Racine et de Boileau : classique impénitent ; menteur universel enfin, il est un nouveau Stendhal à l'usage du dauphin et dressé depuis peu par cette vieille Genlis de poli-

* Correspond anccj III, 290. " Dite» à Fritz que le ScAivar» Franzosf Tembratse. '*

tique. Il fait une si plaisante figure qu'il faut l'interroger lui même sur ses vertus, et le laisser parler.

TOUT POUR LE ROI. — " L'cxtrême mépris que j'avais pour les Bourbons — c'était pour moi, alors, une boue fétide. ^ "

'^ Napoléon que toujours j'adorai ; la chute que nous fîmes dans la boue en 18 14, et notre effort pour en sortir en 1830. ^ "

" Je n'ai commencé à estimer Paris que le 28 juillet 1830. ^ "

(Louis XVIII) " Il était bien homme à s'avouer qu'il était un infâme, et à rire de son infamie. ^ "

(Louis Philippe) " Le plus fripon des Kings. ^ "

" Quant à moi, j'aurais beaucoup plus de pitié d'un assassin condamné à mort sans preuves tout à fait suffisantes que d'un King qui se trouverait dans le même cas. ^ " La mort d'un roi coupable est toujours utile.

(Enfant, il entend son père déplorer la mort de

^ et ' Sowvenirs d^Egotisme, ch. i.

• et * Ibid., ch. IV.

^ Henri Brûlard, ch. i, et un peu partout. En particulier, la fin du chap. xni.

• Ibîd.y ch. IX.

26o PORTRAITS

Louis XVI.) " Je fus saisi d'un des plus vifs mouvements de joie que j'aie éprouvés en ma vie. Le lecteur pensera peut être que je suis cruel ; mais tel j'étais à 5 x 2, tel je suis à lo x 5 + 2."^

RELIGION. — " Le croira-t-on : A cause de son état de prêtre, j'avais de l'antipathie pour lui. " ^ " Je ne suis pas resté méchant, mais seulement dégoûté pour le reste de ma vie, des bourgeois, des jésuites et des hypocrites de toutes les espèces.

" Ce qui excuse Dieu, c'est qu'il n'existe pas. " * " Les tyrans sont souvent maladroits : c'est peutêtre la chose qui m'a fait rire le plus en ma vie. " ^ " Bossuet, c'est de la blague sérieuse. " ^ Et toute " la Tartarie Chinoise " de Rome. " ^

1 Henri Brûlard^ ch. ix. " Je fus si transporté de ce grand acte de justice nationale, etc. '* Cf. ch. viii : "Cet imbécile de Louis XVI."

' Ibid., ch. IV, page 40.

^ Ibid., ch. VIII. " Mon père marcha sur moi comme pour m'anéantir ; il était hors de lui : " Tu nés quun nj'ilain impiey ** me dit-il. **

* Mérimée, H. B. par un des Quarante.

^ Henri Brûlard, ch. xi.

^ Ibid., ch. XXIX.

^ Correspondance,^.! ^i à 156. Cf. HenriBrûlard, p. 69,75, 80, etc.

MORALE-FAMILLE. — " La vcrtu, c'cst augmenter le bonheur ; le vice augmente le malheur. Tout le reste n'est qu'hypocrisie ou ânerie bourgeoise. " ^ " Je hais mon père... Ma haine pour mon père... Cette haine de mon père pour moi et de moi pour lui... En parlant de lui, je l'appelais cet homme. " ^

" Mon père est un vilain scélérat. " ^

" 11 n'aima aucun de ses parents. " *

" J'étais amoureux de ma mère. " ^

" Le lecteur me trouvera mauvais fils : il aura

raison.

PATRIE, RACINES, ETC. — " Jc hais Grenoble (où

^ Correspondance^ iv, p. 127. "Un dégoût mortel pour les femmes honnêtes et Thypocrisie qui leur est indispensable **. Henri Brûlard, chap. I. On croit " que je suis un monstre — un monstre d'immoralité surtout **. Souuenirs d*Egotisme, chap. v.

' Henri Brûlard, ch. xi. Il l'appelait aussi ^* le bâtard *\

* Journal, cahier xii, p. 124-125. Correspondance, II, 155.

* Article nécrologique de Stendhal sur lui-même (1822), Journal, p. 467.

^ Henri Brulard, ch. m. ; xi, p. 126.

^ Second article nécrologique (1832), Journal, p. 473, note 5.

je suis né) ; je suis arrivé à Milan en 1800, j'aime cette ville. Là j'ai trouvé les plus grands plaisirs et les plus grandes peines ; là surtout ce qui fait la patrie, j'ai trouvé les premiers plaisirs. " ^ Résignez-vous, pédants, coquins, gens à racines. Il n'est pas des vôtres. Vous, vous habitez Milan, et vous dites que vous adorez Grenoble. " Il abhorra Grenoble, sa patrie. " ' " Il prit cette ville dans une horreur qui dura jusqu'à sa mort ; c'est là qu'il apprit à connaître les hommes et leurs bassesses. " ^

"Rien de parisien, rien de vaudevillique, j'abhorre ce genre... Quand la musique française était jointe à l'esprit français, X horreur allait jusqu'à me faire faire des grimaces et me donner en spectacle. " ^

"Je tombai avec Napoléon, en avril 1814."^ " Je cessai d'être Français à la chute de Napoléon. Le jour où les Bourbons rentrèrent à Paris, Beyle eut l'esprit de comprendre qu'il n'y avait

* Souvenirs d^Egotisme, ch. vii.

' Journal^ Appendices, page 469.

' Ibid.y Appendices, page 471.

* Sou*venirs d'Egotisme, ch. vu. Mille traits semblables dans r Amour, les Préfaces et partout.

^ Henri Brulardy chap. 11.

plus en France que de l'humiliation pour qui avait été à Moscou. " ^

" La France, et surtout les environs de Paris, m'ont toujours déplu, ce qui prouve que je suis un mauvais Français et un méchant. " ^

Non, pourtant. Français entre tous les Français, il ne va pas contre la France, mais contre ceux qui y font la loi et l'opinion. Il paraît trop cruel et trop injuste dans son dernier écrit, quelques jours avant sa mort. 11 est aigri, il est irrité, il est malade. Mais c'en est trop aussi d'être à la solde du plus fripon des rois, et de respirer l'air où triomphent les journalistes, les auteurs à la mode et les héros d'Académie. ^

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