ASSEZ HAUT POUR NE PAS ETRE DUPE
Tout païen, et pourtant de sensibilité très catholique, il se garde, il rirait de méconnaître la chair : les barbares qui la violentent, d'ailleurs, la
servent à leur insu plus grossièrement que les autres. Stendhal, plus il donne aux sens, plus il les cultive, et moins il s'y limite. La recherche de la volupté, qui est toute sa morale, ne le porte, comme Montaigne, qu'à distinguer plus finement entre les plaisirs. Et comme Montaigne préfère le bel entretien d'un livre ou d'un poète à toutes les jouissances vulgaires, Stendhal est toujours prêt à trouver une volupté suprême dans la gloire, dans l'honneur, dans l'action héroïque, en toutes ces fleurs de l'âme qu'on ne peut cueillir, le plus souvent, qu'en tranchant la tige de la vie.
Le plus réaliste des hommes par l'esprit, il ne respire que pour les causes idéales ; et c'est la raison même qui lui en révèle la réalité, comme elle lui en fait connaître le prix. Il ne tient si fortement à la terre, que pour bondir au dessus de la boue, des fossés et des plats chemins. Il est toujours à cheval, et toujours au galop sur la plaine. Les partis les plus beaux sont pour lui les plus vrais. Le héros et les amants passionnés lui semblent les plus raisonnables entre les hommes : seuls, ils ont fait de la vie un emploi qui vaut la peine de vivre.
Rien ne lui plaît que les choix généreux du
sentiment. Il ne croit qu'à l'amour sans calcul et
aux œuvres héroïques : voilà tout ce qui compte dans la vie ; et dans la mort, il croit passionnément à la gloire.
Enfin, je trouve en lui, plus qu'en personne, le goût divin de la France pour l'immortalité.