‹ PortraitsChapitre 4 sur 33 · LE POVRE VILLON · texte numérisé non relu

LE POVRE VILLON

Au Charnier des Innocents^ Dans r éternel tourbillon Ou roule toute la terre^ Où tout s'en va pourrissant^ Feuilles et fruits^ fils et mere^

Tu dors^ b pauvre Villon :

C est toi le plus innocent.

Les chats fourrés glapissant^ Sorbonne^ ce corbillon ly ânes et d'oies tant altieres^ Les sots mitres^ ni les cent Vertus^ ni les cent vipères Ne te feront plus misère :

C'est toi le plus innocent.

Tous ceux qui furent paissant Un quignon de vie amère Dans les pleurs et la misère^ Le cul nu^ en guenillons^ Te chantent avec ta mère :

Dors hien^ mon pauvre Villon^ Cest toi le plus innocent.

Plus gras et plus pourrissant Dans leurs hautains pavillons^ Les rois sont au cimetière ; Leur chair pue et leur chef sent.

Bonne nuit et bonne terre^ Dors bien^ mon pauvre Villon :

C'est toi le plus innocent.

Princes de For et du sang^

Ici^ au commun sillon^

Vos Louvres nont plus de pierres ;

Le moindre est le plus puissant :

Plus que vouSy il dure en terre !

Dors bien^ 0 pauvre Villon :

Cest toi le plus innocent.

Je dirai bientôt comment Villon vient de trouver son peintre en Bernard Naudin.

KER-ËNOR

A la princesse, qui ma d émana e' ce portrait.

Ker-Enor est un manoir en Argol, entre Léon et Cornouailles. La vieille maison est plantée dans une souche de roc noir, au haut de la dune, comme un phare ; une face est tournée vers la mer, et l'autre regarde sur les landes. Le logis est en ruines; la tour seule est debout, dans un réseau de lierre et de pariétaires. Sous le sourcil des nuages, trois fenêtres s'ouvrent, longues pupilles dans les orbites fiévreuses du granit ; les lobes du trèfle servent de volière aux martinets, et les nervures de l'ogive ouvrent un nid aux hirondelles. Là, jamais une bête n'est tuée ; et comme un pollen qui vole, le papillon des dunes éclot des chardons bleus. Puis, vers la fin du jour, à l'heure où le soleil peint le

vitrail de la nature, la splendeur du couchant illumine les fenêtres de verrières sanglantes, où s'allument et s'éteignent les incendies, les meurtres, les trésors, les moissons de la céleste Golconde, et tous les songes de l'Occident.

Caërdal a vécu dans Ker Enor, et il y va reprendre haleine, entre les actes de ses passions, entre l'ennui désert de l'âme qui attend, et les tempêtes de l'ardente peine. L'homme le plus immuable en son fond, a le plus de caprices : par ce que les heures sont toutes diverses, pour lui, et toutes peintes sur les nuages du rêve, comme les floraisons et les prestiges du ciel marin, au soleil couchant.

O ennui d'être soi pour les autres ! Désir de varier le monde au gré de sa variété propre ! Profonde envie de disparaître, pour revêtir toute sorte d'apparences et toujours plus belles ! Se soustraire, en tout cas, à la servitude et à la misère de la vie monotone, cette routine d'instants toujours les mêmes, ce chemin de fourmis aux pas égaux entre deux stations ! En Caërdal, la volonté est immortelle de soumettre ce fatal univers, ce plat réseau de cultures et de minutes toutes pareilles, à la jussion souveraine des songes. Il sera fidèle à Ker Enor jusqu'à ce que la tour tombe. Goëland

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jaloux de son aire, il y est seul le plus souvent. Mais parfois une victime l'y a suivi, une femme amoureuse, ignorante de son destin et qu'elle allait perdre son amour, à le confronter de trop près aux espaces du rêve et de la solitude.

A peine savait elle se guider dans le sombre escalier de la tour, elle commençait de pressentir son malheur, et de soupçonner sa prison. Nulle habitude, pour une femme, avec ces horizons sans bornes. Il n'est pas de cachot plus cruel qu'une telle liberté : elle fait de la vie un magnifique désert, qu'il s'agit de peupler. Le père Nil n'est pas une femme, mais un fleuve, dont l'Egypte est la fille.

Elle perd le souffle dans cet espace inhumain de brumes et de vent. Courbée comme une anémone plaintive sous les pluies éternelles et les rafales du large, qui font les jours pareils à des nuits grises, elle finit par se tordre les mains ; et gémissant sous l'aiguillon de la tristesse, déchirée par le cri de son cœur qui retentit dans le total silence, elle sort du manoir comme une prisonnière de l'ergastule, et s'enfuit vers la ville. Dans cette maison, sur la dune, sur la lande, et le long de la mer, partout elle a pleuré. Toutes les pierres et tous les chardons ont vu ses larmes ; et les pies, à la pointe

des chênes, s'en sont moquées. Et quand elle revient à Ker-Ënor, comme il faut toujours qu'elle revienne, les mains pleines d'allégresse, à ce qu'elle croit, et l'âme fleurie de sourires, elle pleure encore, étant femme, ne vivant que pour l'amour, et ne pouvant vivre de lui. Et si elle a fait pleurer Caërdal, puisqu'elle l'aime, lui seul le sait, et ne l'a pas dit.

Les plus grandes passions ne sont pas de la chair : elle les sert seulement, et les irrite. Ah, pauvres femmes, Ker-Enor est un tombeau pour vous ; et tandis que vous vous y jetez avec une espérance nuptiale, il est vide du cruel Seigneur, près de qui vous êtes couchées. Vous y êtes seules. Le sépulcre, où Caërdal vous enferme, est plein d'ailes, qui ne servent qu'à lui ; et plus vous croyez le tenir, plus il vous quitte.

C'est la dernière et plus innocente tromperie d'un homme, que rien ne peut asservir. Fidèle à tout plus qu'à soi-même en secret, sa fidélité est volontaire. Il sait que faire, celui-là, de sa liberté.

O landes, beaux espaces pour pleurer ! Tendres déserts, espaces frais, dont le ciel est si proche ! Et l'immense rumeur verte de l'océan entoure le silence. Lieux préférés aussi pour une passion sans

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espoir, quand deux amants se connaissent, et qu'ils savent tous les points où se blesser. Et quels amants ne sont pas, sur la lande, l'homme au désert avec la gloire ? Cet horizon pluvieux est fait pour les accordailles. Ici, toute femme prend figure de fiancée ; et la fiancée a nom la douce. L'ardeur se cendre de mélancolie, comme le chant pourpre du rossignol se voile dans l'énorme murmure de la forêt, quand l'archet du vent atlantique fait ses triples cordes sur les branches.

J'ai rendu visite à Caërdal, dans Ker-Enor. Je dirai quelques mots des entretiens que nous eûmes. Je les dépouillerai de toutes les circonstances qui les virent naître, et qui les feraient sans doute mieux comprendre. Mais je ne veux pas trahir une hospitalité si rare. C'est assez que nos émotions nourrissent la plupart de nos idées, sans qu'on les décrive, quand elles doivent rester secrètes.

Ce qu'on appelle un solitaire, non pas à la mode de Paris, où ils en ont fait un métier à cent témoins et une ambition, est un homme qui vit avec l'univers. Chaque homme vit avec son Dieu, sans le vouloir, sans le savoir même. Mais il y a bien des dieux, comme il est toute sorte d'hommes.

Pour les uns, le ventre, les cris de la place publique, l'honneur des journaux, le chant de Tor dans la maison des voluptés, et la rumeur dans l'hôpital des fous, ils ont là leurs lares et leurs cultes. Celui qui fait parler Aristote, niaisant imperturbablement sur toutes choses, pensez-vous qu'il sache, cet oracle, quand il vaticine, qu'on entend Crépitus ? D'autres, il leur faut d'abord se tirer de la Ville pour ne point mourir de dégoût, au milieu de tout ce qui les offense.

Les vrais solitaires ne font pas une carrière de la solitude ; mais les hommes leur en font une nécessité. On vous fuit pour ne pas vous haïr; on vous quitte pour vous conserver, et même pour vous garder une espérance. On se restitue à l'univers, qui vaut seul la peine qu'on pense ; et vous y êtes à votre rang, même les pires, puisque tout y est.

A l'heure où, dans les villes du Nord, les naseaux de la rue et du fleuve fument avec une sourde furie des brouillards jaunes, et où l'on communique l'étincelle à tous les feux, il se mettait à brûler de mélancolie.

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Pour moi, dit-il, je n'allume point la lampe.

Je demeure, au contraire, de longues heures assis dans ma songerie, et dans mon obscurité voyante, comme la panthère sur le sable. Ou bien, je suis dans le rêve, comme on dit du marin, descendu au fond de la mer, qu'il est dans le palais des sirènes. Immobile, on se sent au cœur du divin mouvement. Et mon silence participe à la musique des sphères.

Il me semble alors que j'entends battre dans mon cœur le cœur du monde.

Je perçois toutes les peines de la nature, à travers ses enivrements, cet élan sans fin vers la conscience et vers l'homme, qui m'a tant touché, qui me soulève depuis que j'existe, et qui retentira peut-être en moi au moment de la mort, pour me lancer à de nouvelles existences.

La compassion de la vie me gouverne ; elle me meut à toute heure, comme la compassion de la femme emplit l'âme profonde et véritable de l'amant.

Et je perçois encore, égale à tout élan, cette résignation presque infinie de la nature, divin sourire aux larmes de son esclavage.

La vie appelle une main royale qui la guérisse.

Et elle n'est pas entendue de son Roi. Et peutêtre, s'il l'entend, ne peut-il pas la guérir.

Quelle passion de la vie dans cette résignation de toute la nature à vivre ! Quel embrassement de la plus chaude douleur !

Qu'une âme au moins, qu'un vrai cœur d'homme s'ouvre à cette prière, à ce désir des lèvres. Ne voyez-vous pas que les lèvres sont la forme commune à toutes les blessures ? Ha, toutes les bouches qui frémissent dans l'agonie et les supplices, toutes désirent le baiser du Sauveur.

Qui aura pitié de la vie ? Qui aura cette compassion éternelle et sans limites ?

O que la vie est femme ! Comme elle est avide et douloureuse, folle et toute sage, perdue en une infinité de petits travaux ! Oui, toujours folle, jusque dans sa sagesse ; et selon moi, jusqu'en ses trahisons, toujours fidèle.

Amoureuse de tout amour, et renaissante au désir à mesure que tu l'épuisés, toujours déçue, toujours croyante, comme tu attends le fatal amant qui te renouvelle, capable de te dompter sinon de te comprendre, et de te rendre féconde, sinon de te combler.

Qui aura pitié de la vie, si ce n'est toi ? se disait-il ; toi qui l'aimes à l'excès ? Résigne-toi

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donc à souffrir ce que tu adores. Sois ainsi la compassion sans bornes de la vie.

Je partage toute passion de la vie pour ellemême. Et telle est mon intelligence.

Veille, mon cœur, au cœur de la création.

Je lui montrai quelques morceaux de papier et un tas de lettres, où je suis pris à partie, souvent même honoré d'injures à propos de sa Chronique.

— Hé bien, que vous importe ? dit-il en souriant. Je suis un de vos héros ; je suis une de vos cent vies. Ne faut-il pas que vous en subissiez aussi les maladies et les misères ? et pouvez-vous empêcher que toute nourriture, fût-ce d'ambroisie, n'ait sa suite d'excréments ?

Riez plutôt des misérables qui vous imputent à crime les traits de Caligula, quand vous peignez cette figure. Vous savez bien que ces imposteurs mentent comme ils respirent, et qu'ils ne l'ignorent pas. Car ils se gardent de vous louer pour les opinions de Joinville.

Ils mentent, et toujours par intérêt, comme il arrive à la plupart des hommes, le mentir venant du ventre plein ou vide, où loge la tripe avec la

mauvaise conscience. Et cela se sent. Ces caques de critiques ne peuvent pas perdre l'odeur de leur hareng. Pour peu qu'on daigne les contempler, les voit-on paSj à cinq ou six, autour d'une table, fiellantj crachotant leur âme avec leur pus, ne cherchant en tout qu'à blesser et à nuire, sûrs de toute certitude qu'ils sont seuls des hommes, ayant défini l'homme un chacal politique, pour ne pas se tromper ? Regardez-les de plus près, si toutefois cette vue n'est pas fatale au repas que vous avez fait ou à celui que vous allez faire, et si légère soit votre pitance de vin pur et de pain blanc. Surprenez en ces malheureux le moindre souci d'être vrais et justes. Découvrez en eux la plus faible intention de bonté. Trouvez dans leur désintéressement même, s'il y en a, une pensée qui n'ait pas sa racine dans l'amour propre, et dans un goût de soi qui ne peut se satisfaire que par la haine et le mépris des autres. Montrez-moi, dis-je, en cette espèce de gens, une seule vertu vraim^ent humaine ; et je me dédis de mon jugement. Mais le vieux patriarche d'Ur, près Pantin, n'a pas trouvé les trois justes requis dans la mauvaise Ville, vaine de ses fumées et vouée à l'encens de ses propres vices. Cessez donc, en enfant, d'attendre rien, ni surtout la justice, d'un

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temps où tous vos amis doivent être secrets à votre exemple, et où vous ne pouvez avoir que des ennemis sur la place publique. Ils le sont tous; et ceux qui se déchirent le plus entre eux, s'unissent contre vous.

— N'avoir que des ennemis !

— Vous n'avez que des ennemis ! Et telle est votre gloire, après tout. Le chacal politique, l'écolier Limosin et les coquarts de Sorbonne sont d'accord là-dessus. En général, les Eminences sauvent Racine et la France ; et le fretin des poissons rouges. Messieurs les professeurs Pieu, Molarec et Bigorneau, après avoir corrigé à la férule Verlaine, Baudelaire et Wagner donnent le fouet aux saints, mettent le bonnet d'âne à la musique, et tirent les oreilles à Dieu. C'est une belle époque, où l'on ne sait que préférer, l'impudence de ceux qui nient, ou la rage de ceux qui affirment.

Ayant passionnément aimé l'amitié, j'ai eu des amis, et les ai presque tous perdus. Ils ne gardent pas le ton : j'entends qu'ils ne le soutiennent pas.

Jamais, je n'ai brisé moi même mes liens avec qui que ce soit. Mes amis, pour m'échapper, ont

profité de toutes les occasions. Ne voulant plus Têtre, ils disent, pour expliquer leur éloignement, que nos esprits se sont séparés et que nos opinions nous divisent. Je dois rire. On ne peut pas se séparer de Caërdal en esprit. On ne peut pas se diviser d'avec lui par cela qu'on pense. Je ne me sépare, moi même, d'aucun esprit, et toute pensée m'est propre, si je m'y prête. Et je ne me refuse à aucune ; j'y ai même plaisir, pour peu qu'un semblant d'amitié m'y engage.

On peut rompre avec moi, si l'on déteste ma pensée ou mon caractère. Mais il faut avoir le courage de le dire, honorablement. Car, moi, je ne romprais jamais avec qui que ce fût, pour une raison si médiocre. L'imagination ne m'en saurait venir. Elle me paraît la plus mauvaise et la plus sotte du monde.

Rien ne m'attache dans les idées, que la beauté qu'elles peuvent avoir. Et presque toutes finissent par être belles, pourvu qu'elles rencontrent le Pygmalion qui les anime. J'aime le Pygmalion de toute idée. Il ne m'est peut-être pas indifférent qu'on pense comme moi. Mais si peu qu'on y mette de grâce, dès qu'on en ôte l'injure et le venin, la pensée qui m'est le plus étrangère ne me séduit que trop, pour un moment, et sans me

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retenir longtemps, il arrive que je la préfère à ma propre opinion. Je n'entends pourtant pas qu'elle me soufflette.

" Albe vous a nommé : je ne vous connais plus ! " Cette rigueur dans le monde de l'esprit ne me semble pas seulement un miracle de laideur et de quant à soi absurde ; sa bêtise me fait nettement horreur. J'y rencontre un caractère de la cruauté, que j'ai observé partout : elle est, en son fond, misère d'âme et manque d'imagination. J'y vois la marque même de l'impuissance.

Aujourd'hui, nous avons des nigauds qui prouvent que Racine est Dieu, en niant que Wagner et Dostoïevski soient des hommes. Ils nous forcent à comprendre ce qu'ils n'ont pas seulement conçu, et qu'il n'y a rien de plus grand qu'un grand homme. Qu'ils jouent à la balle ! La main de ces poupons n'est pas de niveau à nous donner des dieux.

L'impuissance n'ose jamais s'avouer. On dit que les esprits se séparent ; et c'est les cœurs qui sont séparés. Faibles cœurs, qui ne sont pas capables de résister aux partis pris de la raison, lesquels couvrent si souvent les démarches de l'intérêt.

D'ailleurs, ceux dont le cœur est pauvre se font toujours les champions de l'esprit. C'est leur rôle.

et la tactique ordinaire des habiles dans les guerres civiles et les temps de discordes. Mais l'esprit les désavoue. Il ne veut pas être une si pauvre dupe, que de mettre sa force à s'appauvrir.

Ainsi, je suis resté presque seul.

Épris de toutes, Caërdal ne pouvait pas vivre pour une femme. Il aurait voulu faire le bonheur de chacune, et ne s'y pas consacrer. Mais au moins faire sa joie de toutes, pour n'y plus penser. Une femme ne veut pas seulement qu'on lui donne sa vie, mais qu'on vive pour elle.

Il s'irritait de cet horizon borné, et de leurs rêves que limite l'amour propre. Il les fuyait, parce qu'elles enferment l'homme dans l'attente d'une volupté, qu'elles ne satisfont jamais mieux qu'à la promettre et à ne pas la contenter. Elles mêmes, qui les contente ? Elles sont le charme de la vie, qu'elles dilapident ; et le trésor qu'on gaspille en menue monnoie.

Après avoir été trahi, il disait : En ce qui me touche, je ne puis parler des femmes. Une passion malheureuse nous fait visiter tous les enfers de la défaite. L'homme, comme le capitaine accablé par

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la fortune, se juge lui-même selon qu'il consent à brûler dans son supplice, ou qu'il s'élève sur ses propres flammes jusque dans les contrées du purgatoire, qui sont les provinces de la douleur purifiante et très pensive.

Les femmes me sont trop chères et trop connues, ou pas assez. Je sens toujours la même complaisance pour elles. Les yeux, le rire et la jeune beauté des femmes appellent toujours la même tendresse ardente, et toujours le même retrait. Je ne veux plus m'y laisser prendre. Leur sagesse est trop incertaine ; et leurs folies sont trop sages. Et la mienne est trop errante, toute gréée de caprices, et les voiles larguées de continuel changement. Je les fuis, pour les toujours désirer.

J'ai trop donné au sentiment. Et sans jamais être tout à fait dupe. J'ai presque toujours mesuré la fureur et la folie de ce don ; j'en suis puni : mais de quoi ? du don même, ou de la conscience que j'en gardais, aussi souvent que je le fis ?

A tout instant, j'ai vu et je sais qu'il m'eût été possible d'enchaîner le sentiment. De l'égorger même, ou au moins de le réduire à la plus cruelle servitude. Mais comme d'autres ont peur de sentir, je me suis défendu d'assassiner les sentiments. Car, avec moi, il n'y a pas de milieu :

Tamour emporte tout, ou je le tue. Je savais trop de quoi j'étais capable, et de ne vivre, avec une entière cruauté, que pour mon art, mon œuvre et ma pensée. C'est bien pis que de vivre pour soi seulement. Et peut-être, je l'aurais dû. Je fais ce rude aveu, qui comblera d'aise ceux qui me jugent le plus égoïste des hommes. Soit. Ils ne sont pas capables de soupçonner ce qu'il cache d'amour déçu et de déchirements. Qu'on peut mettre de force à ne pas répudier l'amour ! Quel sacrifice de soi dans le sentiment !

Il faut avoir aimé la victoire comme moi, pour savoir à quelle profondeur d'amertume j'ai fondé le dédain et l'oubli d'être vaincu. Mais cette victoire, du moins, ne me sera pas ôtée : que je pardonne.

Qu'est-ce que la vie d'un homme ? Ses amours et ses guerres, non pas ses doctrines, qui ne sont jamais à lui. Ses œuvres enfin. Mais les œuvres d'un homme ne sont que ses passions renouvelées par le style.

Œuvres et passions, la vie est manquée, si elle n'est la route qui monte. La vie ne se saisit qu'aux stations des sacrifices, par où elle s'achemine vers les sommets de la contemplation.

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Des livres, qu'il faut défendre contre toute la famille Beckmesser, doivent avoir une vertu. Cette famille de tous juges chante, pour mieux montrer son horreur de la musique. Beckmesser parle de mathématique, quand il écoute la symphonie ; et il refuse à Wagner le nom de musicien. A quoi donc ne dois-je pas m'attendre ? Même où les Beckmesser font semblant de ne trouver que théorie et critique, toute la place est à l'invention et à la poésie. Je ne veux jamais rien prouver.

J'offre des occasions au désir de vivre : occasions d'essor et de voyage, de retraite ou de rêverie, mais toujours d'excellence. Il est une invention dans l'étude des caractères : quand la peinture importe beaucoup plus que l'objet : drame ou comédie, la peinture alors est un poëme. Toutes mes œuvres sortent de la vie et y rentrent. Elles font une sorte de conciliation entre les éléments contraires : les idées, les sentiments propres au poëte, d'une part ; et de l'autre, la forme des objets et la peinture des caractères.

Les paysages sont des portraits aussi. Et si les portraits d'hommes sont imaginaires, qu'importe ?

Les sentiments et les idées qui font la durée des figures les plus singulières, où l'homme est le plus homme, voilà mes couleurs. Rien n'est plus général que l'unique, une fois qu'il s'élève au type accompli. Si la ressemblance y est, qu'on s'en félicite ; mais ce n'est pas la ressemblance que le peintre vise. Il cherche bien plutôt à faire vivre toute une espèce en chacun de ses modèles.

Des ouvrages où toutes les valeurs sont en fonction de la vie et de l'art seront toujours méconnus par les barbares : c'est l'art qui manque le plus, partout, et même parmi cette foule des prétendus artistes. L'art étant considéré comme la vie la plus haute, et la seule réelle, étant la seule achevée, la seule libre. De là, l'importance capitale du style ; et la défense du grand style français, qui est le style des styles. Le style fait la vie de l'art. L'amour, en art, est d'ailleurs le souverain patron de la grâce : c'est à tout ce que la puissance amoureuse de la pensée a mis et laissé de soi dans un art et dans une langue, qu'on doit la grandeur du style. Toute œuvre, où la grandeur du style ne peut pas être méconnue, est un combat pour la culture véritable, laquelle n'exclut rien, si ce n'est la haine et la négation de l'objet.

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Pour moi, j'en tire la morale des maîtres : car il en est. Est bon tout ce qui aide à la vie, et tout ce qui peut la faire plus ample, plus riche et plus belle.

Là-dessus, toutes les opinions se concilient, et toutes les politiques. Quant à la négation, c'est sa misère et son châtiment, elle-même, de s'exclure. Une culture véritable est un lieu d'amour. La France n'est si vénérable entre les nations, que pour avoir toujours été un lieu d'amour. Et elle seule. Et tel est le miracle de la Russie, qu'elle le veut être. L'alliance est fondée sur ces assises profondes ; mais personne ne les voit.

L'objet aimé est toujours présent dans la grandeur du style. Il n'y a ni classique ni romantique, ni passé ni avenir. Tout est présent, pour l'artiste. Professeur, amuse-toi à séparer dans ton herbier les moments et les vertus que la plante vivante accorde avec une souveraine harmonie. Tue et divise, professeur : il faut bien que tu te prennes au sérieux. Une forme accomplie est toujours classique. Mais il y a des classes beaucoup trop fortes, pour avoir plus de trois élèves tous les cent ans. Les œuvres de Raphaël sont infiniment

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moins classiques que les œuvres de Rembrandt : le génie de Rembrandt mesure la distance infinie qui sépare ces deux accomplissements. Un portrait de Raphaël n'est qu'une anecdote et une image. Un portrait de Rembrandt est toute une vie.

L'action est une poésie continuelle. Il s'agit seulement d'y imposer la forme, et de mettre dans l'événement toute la beauté et toute la grandeur que l'amour réclame. Nous n'aimons véritablement que la grandeur et les formes belles.

La satire s'exerce contre tous ceux qui réduisent la vie au mètre de leur petitesse., et qui la confinent haineusement entre les bornes, où leur pauvreté naturelle les enferme. Ce que j'appelle le mensonge n'a pas d'autre horreur que d'être la vérité des âmes basses et des petits esprits. Nous en rirons, quand nous en aurons fait une farce.

Nul ne s'est jamais moins aimé soi-même. Il disait :

A s'aimer, je comprends mal qu'on s'arrête en un si beau chemin ; mais encore moins qu'on y entre. Une fois de plus, l'orgueil fait fi de l'amourpropre. Je m'aimerais, si j'étais beau et victorieux

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comme Alexandre, fort comme Hercule, heureux comme Bacchus dans les pampres ; né prince de Rome, comme César, et Rohan en mon nom. Et même alors, je ne me pardonnerais pas. Je vais contre moi d'un premier mouvement. Je suis d'une hauteur inconcevable avec moi-même.

Il souriait, ce Caërdal. L'écoutant, j'observais cet homme qui fuit les regards, comme s'il ne pouvait consentir à se laisser surprendre. Quelle joie naturelle, pourtant, quelle amour, quelle folie d'embrasser le monde n'a-t-on pas réduites en lui au silence et à la fuite ? Sa tristesse a l'immensité du désert : elle est faite de l'étendue solitaire, et de la joie qu'il aurait eue, s'il avait pu faire sa paix avec les hommes. Mais ils ne l'ont pas voulu.

Souvent, à Ker-Ënor, il retrouvait le ciel qui

règne sur l'Ile de France, comme un grand baiser

tendre sur une femme enivrée. Mais en Bretagne,

c'est l'heure la plus chaude qui rappelle les matins

du Valois. Que cette lumière de la France est

touchante : elle est sensible à l'âme : voilà bien

l'Occident : partout, en ce qui meurt, une pro-

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messe naît, on ne sait quoi de plus beau que la vie, qui pourtant invite à vivre.

Cette lumière est la clarté d'une pensée enfin pénétrée d'amour. Dans ce qu'il y a de plus fort, elle est ce qu'on sait de plus tendre. C'est pour elle qu'il a été dit de la grâce qu'elle passe encore la beauté. La grâce de la lumière, qui pourrait imaginer un plus beau don ? La grâce de la grâce, je la dirai.

Elle est le vœu de l'homme. Elle a toute la délicatesse et toute la profondeur. Je n'ai pas vu la sainte Athènes, hélas, ni Sion, ni Délos, ni l'Egypte. Mais je fus nourri en Provence ; j'ai vécu à Rome ; j'ai salué le matin, à Syracuse, dans les lauriers roses, comme une jeune fille nue qui rit dans un bosquet, ou nymphe ou statue. Rien n'est humain comme l'œil du ciel sur la Ville capitale ; et toute la France a ses heures de Paris.

Sans doute, les créations de la chair ne valent pas celles de l'esprit. Je ne sais plus quelles pensées immortelles siègent au front du Parthénon, quand l'hirondelle de l'aurore sourit à l'Acropole. Mais ici, comme dans l'Ile de France, souvent les créations de la chair se pénètrent d'esprit, délicieusement ; et les enfants de l'esprit s'enveloppent d'une forme délicieusement charnelle, pour que le

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cœur s'en émeuve davantage, et qu'il en soit plus amoureusement épris.

Pour Caërdal, le poëte véritable est le voyant du monde intérieur. Le paysage ne fait pas la mélodie ; mais il donne le ton. La langue est le pays de l'esprit.

Rien ne lui semble vraiment vu dans la vie, si ce n'est une vision du cœur au cœur. Plus j'aime la splendeur des formes, pensait-il, plus je la veux tenir du dedans et posséder au dedans. L'amour est une possession intérieure.

Je suis le voyant, ou ne suis rien, dit le poëte. Je veux créer du monde intérieur au monde des apparences, de sorte que le cœur soit enfin le plus beau des objets visibles, le plus réel aussi, au centre de cette nature divine, où tout est éphémère, où tout cherche un maître qui dure, un temps éternel, et un ordre de beauté. Et l'ordre, c'est le style.

Ainsi toute l'œuvre de cet homme est une recherche du style. La force de la création intérieure, voilà la source du style. On nous a écœurés de nous-mêmes, pendant trop longtemps, en nous

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perdant sans retour dans le sable des sensations et le flux des objets. Puis, on nous a quasi dégoûtés du style, en le mettant tout entier dans le jeu des lignes et dans la décoration, cet abrégé des apparences vaines. 11 ne nous faut pas un art de surface ni de simple jeu. Je ne veux ni de la sensation ni de ridée pure.

11 n'y a rien de plus formel ou de plus religieux que la recherche du style.

Nul art n'est plus concis que le sien.

Le moyen de la synthèse est ici l'extrême analyse. L'ellipse est son image la plus naturelle. Donner la vision plastique des émotions et des caractères, et la forme à ce qui semble nen avoir point, tel est son dessein.

11 ne peut rien expliquer. Jamais, il ne commente son sentiment. Jamais, il ne développe son thème. 11 est dans l'émotion, aussitôt, et il y reste.

Sa marche est par bonds, ou dans ces lents mouvements de flux et de reflux, comme il arrive à l'âme de flotter dans les rêves, pareils aux danses sacrées, qui sont presque immobiles. Son terme est une musique de sentiments et d'idées.

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La musique des sons n'est pas seule maîtresse du royaume passionné. Il est une musique des émotions pour la connaissance. Et peut-être tous les arts y tendent-ils, dès qu'ils sont assez puissants pour quitter chacun les entraves de sa propre matière. Ainsi la passion et la vue intérieure des sentiments passionnés est le domaine de Caërdal ; et, à le bien prendre, le dernier vœu de cet art est de réconcilier l'antique et le moderne, et de rendre enfin la forme de l'objet à l'immense profondeur du rêve et du sentiment chrétiens. Car les temps sont venus de confondre ce qui a été divisé, et d'unir les deux mondes séparés dans une beauté unique et plus féconde.

Je n'ai point de parenté, que les princes de ma prédilection. Point de famille, sinon ceux que j'aime. Et tout m'est ami ou ne m'est rien.

Les plus proches à mon cœur et à mon amour me sont liés pour jamais, et non pas ceux de mon poil ou de ma couleur. Seuls, mes héros sont mes hôtes. Je tiens en esclaves, à la chaîne, toutes mes laideurs ; et plus courbées sous le fouet, si plus je les sens miennes. On ne forcera pas ma maison,

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ni on ne me mettra pas dans celle où je ne veux pas entrer, avec des paperasses, des minutes et des actes. J'ai donné congé aux notaires et aux porteurs de contraintes ; et j'ai dit, dès longtemps : ^' Je n'ai que faire de vos prisons. Je suis homme, et libre, si vous ne l'êtes. Tout ce que je peux espérer pour vous, c'est que vous le soyez un jour comme moi, dans cinq semaines ou dans cinq mille ans, si vous méritez de l'être. "

Se faire le serf de ses misères et de son enclos ! Ne goûter que sa piquette ! Je veux être bourguignon en Bourgogne, et boire du Chambertin, comme si je n'avais jamais bu de Château Yquem, au pays de Montaigne. Voilà un pauvre exemple, surtout pour ces buveurs d'eau. Je ne me lasse pas de tourner le dos à toutes leurs faillies doctrines. Non pas seulement le vin, quand je le goûte, je veux être le cep et le sol, la vigne et le sarment. En dépit du niais à l'estomac aigre, qui planté dans le sol même, ayant reçu le coteau par héritage, ne boit que de l'eau bouillie.

Et sur l'Acropole, je serai l'Athénien nourri d'olives et de léger fromage, nourri surtout d'Homère et de Sophocle, quand il me plaira.

Toutes leurs défenses, leurs clôtures et leurs prisons viennent de ce qu'ils sont nés esclaves et

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ne peuvent pas être des hommes : jaloux comme des serfs. C'est une loi qu'on vérifie partout : les humains se font des doctrines à leur ressemblance, et leurs dogmes sont ce qu'ils ne peuvent s'empêcher d'être. J'en sais un qui joue au Chateaubriand : mais riche, il est avare ; puissant, sa générosité est nulle ; comblé d'honneurs, il n'en dédaigne aucun ; il fait le grand seigneur et l'ami du peuple : mais il suffit de regarder à ses hideuses mains : il a dix doigts monstrueux qui racontent toute une lignée d'écorcheurs et de bourreaux ; ses deux paumes en os de mouton sont deux cuviers à recueillir le sang, un double engin à tourmenter les victimes. Ces mains trahissent une âme abjecte de torcenier et de suppôt à la chambre de la question. Qu'il enfourche Pégase, tant qu'il voudra, et le destrier de Jeanne d'Arc : entre ses jambes, c'est toujours le chevalet.

Prisonniers de leur naissance, ils mettent naturellement leur gloire à n'être que des souches immuables dans un champ. Mais ils n'ont jamais défini seulement le champ ni la souche. Car où s'arrêter ? où placer la borne ? et quand ? J'attends qu'ils me montrent ce qu'il y a de commun entre la bourgeoise de Nîmes à grosses rentes et la fille d'Ouessant qui laboure dans les pierres, pour

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pétrir un pain noir, balle de paille, avec du seigle moisi. Prisonnier, partisan. Tout parti est une prison. Et toutes les prisons sont basses. Je ne me laisserai pas engluer par cette engeance. Je suis un oiseau du large.

Seuls, les hommes arrivent à nous dégoûter de la pitié. Il y a trop de méchanceté dans cette triste graine de néant ; et de la bassesse, plus encore. Mais c'est tomber au néant à leur suite, que de n'avoir pas pitié d'eux.

Ils sont enragés d'être contraints au respect de ce qu'ils haïssent. Ils aiment l'esclavage, et leur appétit de l'égalité le prouve. La variété leur est suspecte : une seule loi, un seul nez, une seule opinion, c'est leur vœu. A toute force inconnue, même si elle les délivre, ils préfèrent le lit de leur vieille servitude. Comment, me dites-vous, comment les hommes ne respirent-ils pas le cuisant remords de leur injustice ? Quoi ? ils ne la sentent pas. C'est nous qui avons remords pour eux, et remords d'eux. Tout est bien ainsi, rien ne pouvant être autrement.

Il ne faut pas se plaindre, sinon de soi à soi même ; et de son Dieu à son Dieu.

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Il est pourtant vrai que l'homme est le seul animal, qui me fasse parfois peser sa vie à une balance inexorable ; le seul aussi qui me fasse oublier que le vent de la mort est sur lui.

Quand on les voit si méchants, toujours par amour propre, et si vains de l'être, on les mesure au mal qu'ils font ; et on les condamne. Les Allemands se sont mis à manger du chien ; ils en ont sept cents boucheries, en Prusse et en Bavière. A la bonne heure. Je ne mangerai pourtant pas de l'Allemand. Est-ce que l'affreux maniaque du Muséum, qui découpe en morceaux d'adorables petits chats, pour en faire un mémoire où il nous prouve que le sang coule d'un animal à qui l'on tranche la gorge, est ce que ce maniaque vaut une bête ? Il est là avec des élèves, qui jouent comme lui à tailler de belles petites vies en rondelles, qui palpitent de souffrance. Et d'odieuses femelles, (ce n'est pas les chiennes ni les grenouilles que je dis), les entourent, qui s'en amusent secrètement. Or sachez qu'ils y prennent plaisir. Et s'ils disent le contraire, ils mentent. Et tous leurs mensonges de servir la science ne sauraient donner le change. L'idole est cruelle, parce que les prêtres sont atroces. Et cette religion ne serait pas hideuse, si les ministres n'en étaient pas hideux. En Tauride

aussi, Diane a cessé d'exiger des victimes humaines, le jour où la prêtresse a eu horreur de les égorger et d'offrir un ignoble sacrifice.

Fort souvent, l'homme vaut si peu, qu'un goujon vaut un homme. Ils n'ont pas l'amour de la vie, eux qui en ont conscience ! La pauvreté de leur imagination fait la misère de leur cœur. Il faut donc qu'ils haïssent toute grandeur qui ne leur est pas naturelle.

S'accomplir, qu'est ce enfin si ce n'est pas s'élever à quelque beau sacrifice, où l'on se veut seule victime ? On n'est tout à fait soi que pour renoncer pleinement à soi.

Il est dur d'être vaincu. Et d'ailleurs le désir de la victoire est un désir d'amour, au moins en moi. Il faut, d'un effort terrible, s'élever au-dessus de cette convoitise.

Comment forcer les hommes à nous aimer, quand ils ne peuvent même pas nous comprendre assez pour être justes ? L'amour se brise contre le refus. Les hommes nous manquent ? Soit. Qu'il nous suffise de ne pas manquer aux hommes. On le peut avec d'autant plus de force, qu'on les

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quitte plus et qu'on sait mieux s'en passer. Ils sont ce qu'ils sont, et nous sommes ce que nous sommes. Nous ne pouvons rien là contre, ni eux ni nous. Il nous faut donc vaincre cette faiblesse encore : la colère d'être vaincu.

Et Caërdal riait soudain : — Quoi ? tenir ainsi à tout ce qu'on méprise ? Mais y tient-on ?

Puis, avec un doux sourire intérieur, qui est sa récompense : — C'est, dit-il, qu'on nous force au mépris. Mais notre cœur n'est point né pour qu'il méprise. Généreusement, il fait d'abord crédit aux hommes. Pourquoi ne seraient-ils pas tous comme nous ? Cherchant cette perfection ou cette beauté que j'appelle le salut, nous voudrions toujours l'attribuer aux autres comme à nous. Il nous est quasi impossible de ne pas croire qu'ils veulent ce que nous voulons. Comment supposer qu'ils soient hostiles en nous, de bonne foi, et indifférents pour eux-mêmes à la beauté du caractère, et à la grandeur de vivre ? Ceux qui ont une œuvre à créer en ce monde ne se persuadent pas aisément que les autres ncn aient pas une aussi, ou qu'ils soient étrangers de parti pris à une espérance si pleine et si légitime.

Voilà le fond du cœur, à l'aube de Taction. Les plus sales atteintes et les plus sombres désastres n'en peuvent pas flétrir l'ingénuité première. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence du mal et des outrages. Une foule d'hommes, le seul bien qu'ils sachent se faire, c'est dans le mal qu'ils font. Le combat serait joyeux, s'il n'était dans la boue. On comprend bientôt qu'on doit renoncer à toute justice et à toute victoire, comme on sait bien qu'on a dû renoncer au bonheur. On ne se fait plus qu'une loi, qui est de vivre uniquement en son dieu et pour lui : quel qu'il soit, d'ailleurs.

Ici encore, l'art, la puissance du caractère et la religion se retrouvent, se reconnaissent et parfois se confondent. Que ce ne soit pas dans un lieu de gloire, peu importe enfin : c'est dans une cellule nue, pourtant magnifique par le jour qu'elle prend sur les formes éternelles, petit espace charnel où peut tenir tant d'esprit, où l'amour ne brûle que pour créer l'amour, où tout est vie.

Et là, mourir aussi, peut-être, sera doux. L'hôte de cette cellule, que meuble uniquement la lumière, si le destin ne le trahit pas, puisse-t-il

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avoir la force de créer encore sa vie dans la mort même ! Que ferait-il, alors, des acclamations et des fanfares ? Nous ne coucherons pas sous Tare de triomphe : c'est une porte qui donne sur le vide.

Non, la joie n'est pas féconde. Elle est sans profondeur et sans retours.

La douleur seule enrichit notre être de tous les autres. La douleur possédée est la joie de la passion.

Les plus hardis marins sont formés dans l'Ouest, par les climats de la tempête. Je me sens plus fort de prendre la barre dans la brume, au milieu des récifs et dans la violence de ces courants, qui multiplient le péril de la mer par les dangers d'un océan sous-marin et non visible.

L'éternelle tristesse de ces horizons me soulève. Où l'on a plus de peine à agir, plus forte est l'action.

Il ne faut pas chercher la douleur. Mais il ne faut pas la fuir. Et d'ailleurs elle nous cherche. Œuvre de patience et d'amour, la création est dans la douleur.

On ne peut rien dire contre la raison logique

dans son ordre. Elle est la vérité ; mais dans son ordre seulement. Et cet ordre n'est que celui des conditions, où l'ordre intérieur se soumet pour se faire connaître. L'ordre intérieur est tout autre, et un autre monde. L'art seul et la religion en sont la méthode. Le bon artiste est comme un prêtre de la vie : prêtre de tous cultes, depuis la folie charnelle des Bacchantes jusqu'à l'office mystique de Melchissédec.

Toujours au fond des cœurs : je n'ai pas d'autre loi. Voilà Shakspere et Dostoïevski, Verlaine et Dante, Rembrandt et toute la musique. Dieu n'est géomètre que dans l'esprit du philosophe. Allonsnous renoncer à la musique, parce qu'un sourd nous y convie ? Que le cœur prenne conscience de lui-même. Et que l'artiste connaisse enfin sa puissante dignité : lui seul a les lumières de l'être. Lui seul détient la promesse. Il est aux sources de l'espérance. Il a Dieu, comme on dit, même s'il ne le cherche pas. Nous ne vivons pas de théorèmes. Le bon du peuple, c'est qu'on a beau l'en gorger, il ne s'en repaît pas. On croirait parfois qu'il se laisse faire, la bonne bête ; mais les géomètres n'y entendent rien : avec tous leurs théorèmes, ils ne savent pas entraver la vie ; ils nen prévoient jamais les bonds : la bête rompt ses

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liens, et d'une ruade elle vous envoie la géométrie et les politiques sourds à tous les diables.

Passion de la vie et des objets, nulle autre raison d'être pour Tartiste. Le monde extérieur me frappe et m'enivre d'autant plus, que je n'y crois pas. Mystère, surprise, admiration qui ne sauraient finir. Une curiosité infinie m'attache à la possession de l'enivrante merveille. Il faut s'en rendre dupe ; et, je le sens, c'est une œuvre d'amour. Les objets ne sont réellement qu'à la mesure où on les crée. La pensée en médite le renouvellement avec ivresse, et l'œuvre d'art en accomplit la création. Nous ne voulons être nousmêmes que pour sauver ce rêve prodigieux, pour en étendre la suprême beauté et la mieux connaître, enfin pour le créer sans cesse et le recréer.

Ce que j'appelle la mission d'un homme n'est pas une élection si sublime, qu'elle lui confère un droit à l'adoration des peuples, ni même à l'attention de son village. Ne pensez pas que je donne à ce que je suis tant d'importance pour les autres ; ils sont bien loin d'en tant avoir pour moi. Et parfois, considérant cette mêlée confuse, cette

universelle criaillerie qui prête à l'humanité une ressemblance si cruelle à une infinité de fourmis, capables chacune de faire autant de bruit que la grenouille taureau, je mesure la vanité de l'espèce au tumulte où elle s'agite. Rien n'importe pour elle, que le tourbillon où elle tourne et où elle se retrouve elle-même, toujours identique en ses profonds et simples appétits. Intérêts, amours et haines, violence et cautèle, morts et naissances, trahison et sainteté, tout s'équilibre au tourbillon, et il semble que la somme reste toujours la même : et rien n'importe à la misérable espèce humaine que cette constance ; par là, elle est plongée dans la nature, aussi esclave des lois générales que la matière même.

Et pourtant, je ne puis croire au hasard de l'esprit. L'élection y est trop marquée, contre tout intérêt, contre tout appétit, contre toute fatalité. Je ne vois point de hasard là où vraiment quelque force de l'âme s'exerce, partout où l'énergie du cœur accomplit une œuvre, qui lui fait préférer le parfait sacrifice à la moindre inconstance. Voilà en quel sens je parle d'une mission.

Je ne suis donc pas vivant au hasard en ce monde, même si au hasard j'y suis venu. Et me cherchant une mission, je m'en connais une, qui

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est d'annoncer le règne de la grâce et du choix : là, tout amour se fonde : et la libre invention du cœur, ne fût-elle qu'illusion, se substitue enfin à l'ancienne loi d'une vie que la seule fatalité gouverne. Je vois partout la fatalité première. Et partout je veux que la grâce finisse par en corriger l'aveugle décret.

Il n'est pas question de ruiner l'ordre que l'on adopte : l'amour a horreur de la ruine et de toute destruction ; mais d'y entrer, pour l'animer d'une nouvelle force spirituelle ; et s'y incorporant, d'y porter ce qu'on a soi-même de plus beau et d'unique, qui est aussi ce qu'on a de plus humain. Vous pourrez alors quitter les hommes, pour ne pas les trahir, même s'ils vous trahissent.

Et vous connaissez désormais le visage divin de la vie, qui est son seul et vrai visage. Il attend tout de son poëte, de son sculpteur ou de son peintre. Ce qui est vraiment est beauté. Voilà ce qui nous attache éternellement, les uns pour faire Tœuvre, les autres pour l'adorer. La mort est l'horreur de ce qui nous en arrache. Mais la mort sera vaincue.

Ce qui est créé dans la beauté vivante est créé pour toujours. L'éternité se forme entre nos mains créatrices : elle y réside comme un don qu'on

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obtient, à force de Tavoir mérité ; et on ne Teût pas mérité, si on ne l'avait, d'abord, reçu en promesse et presque obtenu. Ce sont ces mains créatrices qui reçoivent la vie du Père, de l'Artiste Absolu, si elles s'élèvent où il est, et si elles sont dignes de s'approcher, à la source même où l'éternité est transmise.

La guerre, où nous sommes plongés, est bien dure, en ce qu'elle nous rend sans cesse à la vue du combat mortel, qui jette les unes sur les autres toutes les créatures. Salutaire aussi par là, elle ne nous laisse rien oublier de la magnifique horreur qui enveloppe la vie, comme l'océan de l'atmosphère entoure le monde, et tourne avec lui.

Mais quoi.'^ Entre deux cris du profond amour et deux prières, je ferai taire mon cœur. Maintenant, je comprends même la haine. C'est l'éternel dévorement qu'il nous faut contempler dans l'homme aussi, comme au milieu des champs, quand l'araignée mange la mouche, quand l'oiseau dévore les vers et l'araignée, dévoré lui-même par le chien et le chasseur qui guette. Quelle destruction ! et dans l'universelle destruction, quelle innocence !

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Après avoir compris, Thomme aimera peutêtre ; et ce monde, ayant trouvé grâce devant lui, à la fin il le délivrera.

Sérénité ! vous Taurez, vous tous, quelques-uns, à qui je l'ai donnée. Du moins, vous me le dites. Et moi, je ne Tai pas, qui vous la donne. Elle m'est disputée par la fortune. J'ai mené un combat contre la nuit, où je ne voudrais engager personne. Je me suis cru véritablement éternel. Et parfois, je le crois encore, tant je sens l'être. Doutant de tout, je poursuis cette certitude : la fureur d'être, en vérité. Et plus je fends, comme un nageur dans la nuit du naufrage, le flux infini des choses, plus je suis ivre d'éternité : comme si rien n'était solide, en tout cet univers qui s'écoule, que mon amour de Dieu et le sentiment que j'en ai.

Il aurait mieux valu que je fisse moi-même cette paix avec les apparences et la cité, que je conseille aux autres. Mais trop tôt, j'ai vu trop loin dans l'abîme du monde.

Considérez mon dénûment, vous qui m'aimez, à moi qui donne. Ce que j'ai fait n'est rien près

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de ce que j'aurais pu faire, que je veux faire encore, et que je ne ferai point. Je suis prisonnier de vos fatalités, •plutôt que de la mienne. Des refus misérables m'ont forclos de l'assemblée des hommes. Je n'ai pas voulu bondir par-dessus les barrières, ni briser les clôtures. Je ne contesterai pas. J'ai moins d'orgueil que de courage, et plus de force que d'humilité. Je suis vaincu : cependant il n'y aura que les âmes basses, pour juger que j'en suis diminué.

Là-dessus, je ne dirai plus rien. J'ai pris ma vie dans mes mains sévères. Et je la sacrifie, pour ne pas l'humilier.

Je ne puis rien avoir de commun avec ce que je méprise.

La mer, la grande forme solitaire, et qui fait partout la solitude, jouait avec le soleil descendu ; et le ciel était rouge des cheveux secoués par la tête sanglante. Toute terre que baigne l'océan est un peu comme une île ; mais quand le crépuscule arrive, la lande, délivrée de ses racines, n'est plus qu'une mer immobile, qui prie avant de dormir.

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suppliant avec mélancolie que le repos lui soit donné d'un sommeil calme, purgé de songes tristes.

Et comme la mer violette dissipait, d'un sourire ineffable, les dernières traces du jour dans les ombres du golfe, un doux vent, qui avait l'odeur de l'iris et de l'algue, se leva des vagues, haleine de la gorge féconde. Puis, la petite pluie commença de tomber, droite, silencieuse et blanche.

La pâle obscurité n'avait plus les frissons de l'attente. L'ombre était suave comme une main calme sur un front brûlant. Droit et blanc, pareil au désir de ce silence, Caërdal se mit alors à chanter ; et bientôt toute la solitude fut musique.

Protée est comédien : il prend toute sorte de figures, et nen a aucune. Il est d'argile, que pétrit le jeu de la lumière et de l'ombre. Il n'a point de squelette, ni os ni échine.

Il nen va pas ainsi des grands poètes : ils sont profondément ce qu'ils sont, et bien plus encore ce qu'ils veulent être. Pour eux, être soi-même, c'est presque toujours garder son plus rare secret au moment où l'on révèle ses divers mystères. Ils sont femme et ils sont homme, et cent fois pour une. La figure qu'ils montrent n'est pas d'emprunt, mais l'une de celles qu'ils ont, et plus souvent encore celle qu'ils veulent avoir, sans oser la prendre dans l'action, ou sans en trouver les moyens. On n'a pas toujours le temps d*être héroïque. Le crime est en eux, et toutes les vertus. Leurs plus fameux exploits sont dans leurs livres-

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Et moins Tamour, leurs œuvres sont toute leur vie, et leur fatale aventure.

Dostoïevski n'est pas, tour à tour, tous les Possédés ni tous les saints Innocents de sa tragédie divine. Mais tous les Karamazov et tous les Muichkine tiennent de Dostoïevski, plus ou moins. Sonia et Raskolnikov ont de lui, comme Marméladov et Lébédev, Rogojine et Svidrigaïlov euxmêmes. Dans la vie quotidienne, Dostoïevski n'a pu vivre qu'une fois avec une petite fille ; mais dans le monde de ses livres, il a connu toutes les formes de l'excès et de la négation. S'il n'y succombe, plus l'artiste est vaincu selon le siècle, et plus il doit remporter d'étonnantes victoires dans le silence brûlant de la création. Stendhal est un de ces magnifiques vaincus. Cézanne en est un autre.

On se venge ainsi de toutes les contraintes, de toutes les défaites, de toutes les humiliations. L'art est bien le monde où le poète est roi. Qu'on lui conteste ici son règne et son triomphe. L'œuvre est toujours une confession ; mais quand il s'agit de Shakspeare, de Cervantes, de Stendhal, de Dostoïevski, on frémit de joie et d'orgueil à contempler l'insolence de leurs conquêtes, la grandeur de leur domination, et l'étendue de leurs royaumes. Ah, chiens couronnés, chiens légitimes, chiens de

ministres, chiens politiques, chiens en possession ! Comme on rit de vous, quand on n'a même pas besoin d'usurper l'empire ! mais on se taille un royaume, on se le constitue de toutes pièces, et on se le donne. Et s'il vous est seulement permis d'y pénétrer, vous êtes contraints d'y entrer à genoux. Certes, il n'est pas d'ironie qui vaille celle-là : un roi d'Europe, une espèce de sergent à cent galons, qui bâille à la lecture de Rouge et Noir ; un tsar trop faible d'esprit pour achever V Idiot. Reste à la porte, esclave. Va plutôt ouvrir le bal des épiciers, ou bénir la Neva, imbécile.

L'artiste est dangereux. Il est sûr que le souverain-poète abolit, pour son compte, toutes les coutumes, tous les préjugés et toutes les lois. Il fait la loi, selon soi-même ; et il substitue à votre misérable cité un monde où il vous force, bon gré mal gré, à ne prendre connaissance que de lui. Et que vous ne vous en doutiez même pas, c'est le plus divin de ses plaisirs, peut-être. Un Dieu noble doit jouir de ses athées : échapper enfin à l'adoration des coquins et des habiles !

Le monde de Stendhal est moins varié et moins étrange que l'univers de Shakspeare ou de Dostoïevski ; mais il ntn porte pas moins la ressemblance de son maître. Et pensant aux héros

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qu'il a modelés d'une main si impérieuse, quand je veux les peindre, je ne peins que lui.

Les livres de Stendhal sont les poèmes de l'action : l'amour étant l'action de la femme et du jeune homme. L'homme en passion est toujours jeune.

Ces chefs-d'œuvre sont capables de gouverner une vie. La force y arme un génie tendre et ne l'étouffé pas.

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