‹ Portraits anglaisChapitre 5 sur 6 · LE DERNIER LIVRE D'OSCAR WILDE · texte numérisé non relu

LE DERNIER LIVRE D'OSCAR WILDE

Le livre qui a été publié en Angleterre, sous le titre de De Profundis Q)y contient environ le tiers d'un manuscrit qu'Oscar Wilde envoya, de la geôle de Reading, à son exécuteur littéraire, M. Robert Ross, le i" avril 1897. Un texte un peu plus complet en est donné dans la traduction allemande de Max Meyerfield (*), qui contient aussi une traduction de quatre lettres écrites de sa prison. Grâce à la bonté de M. Ross, j'ai été autorisé à lire et à citer, d'après une copie du manuscrit, certaines de ces parties du manuscrit original qui sont contenues dans la traduction allemande. On doit regretter vivement que ces

(i) M. H.-D. Davray a donné à la librairie du Mercure de France une traduction française du De Projkndit, (2) Berlin, S. Fischer.

pages aient été omises dans le texte anglais, et

encore plus que le livre n'ait pu être publié en

entier et sous sa forme de lettre personnelle. Tout le manuscrit est sans aucun doute, comme

Wilde le dit en l'envoyant à son exécuteur, " le seul document qui donne réellement une explication de mon extraordinaire conduite " ; mais, même comme il subsiste dans la traduction allemande, ce document n'explique rien. 11 contient certainement la meilleure part de ce qu'il y a de purement littéraire dans l'écrit d'Oscar Wilde, mais dans le cas présent son intérêt littéraire est moindre pour moi que son intérêt psychologique. Est-il même assez complet pour bien montrer ce que l'écrivain appelle " mon développement moral dans la prison, l'inévitable évolution de mon caractère, et l'attitude intellectuelle envers la vie qui en est résultée?" C'est douteux. "Un jour, dit-il dans la lettre dont j'ai fait une citation, la vérité pourra être connue ; non pas certes de mon vivant ; mais je ne suis pas disposé à rester toujours au pilori grotesque où l'on m'a mis" ; et plus loin : " Je ne défends pas ma conduite, je l'explique. " Une grande partie de l'explication

OSCAR WILDE

est-elle perdue pour nous avec ces deux tiers du manuscrit qu'il ne nous est pas permis de voir ?

Ce que nous voyons, ce qui constitue la plus grande valeur du livre tel qu'il est, c'est un eiFort sincère de coucher par écrit l'action exercée par la solitude d'une prison sur un homme qui, jusque-là, a été rarement seul et n'a jamais été privé de la liberté. Pour moi, ce que j'y trouve de plus touchant, parce que le plus réel, c'est un petit passage — amené là simplement pour mieux faire comprendre un raisonnement — où il dit : " Lorsqu'il m'est permis par le docteur d'avoir du pain blanc au lieu du pain grossier et noir de la prison " ce pain me semble une si grande friandise qu' ^^ à la fin de chaque repas, je mange avec recueillement toutes les miettes qui peuvent être restées sur mon plat d'étain ou sur l'essuie-main grossier dont on se sert en guise de nappe pour ne point salir sa propre, table ; et je ne le fais pas par faim — mais simplement pour ne pas perdre ce qui m'a été donné. " 11 y a peu de choses aussi simples, aussi charmantes et aussi réellement de premier jet que celles-ci ! Cependant il y a là un très sérieux eiFort pour compter avec les pénibles événements

de la vie lorsqu*ils sont venus fondre sur lui Tun après l'autre, et pour faire, avec cette base de la douleur acceptée, une nouvelle maison qui abriterait la vie, un nouveau palais de l'art. Il y a là une étude de la vie et de l'enseignement du Christ qui, au milieu de nombreux paradoxes, renferme une foule de vérités; il y a là des résolutions pour un temps futur, qui n'est jamais venu, mais dont la sincérité ne doit pas être mise en question alors même qu'il ne s'est pas réalisé. D'un bout à l'autre nous le voyons face à face avec la réalité, nous le voyons mis à l'épreuve par la réalité, nous voyons qu'il a conscience de cette épreuve, et nous voyons (comme il ne le voit pas lui-même) qu'il n'est pas changé, qu'il est incapable de changer.

Dans ce livre nous voyons la réalité venir près de lui, révéler ses traits qu'il n'a encore vus qu'à travers les voiles tissés par lui pour l'orner : il voit la réalité face à face, il la reconnaît, bien qu'il ne se rende pas compte encore de ce qu'elle est. Là où un autre homme pourrait avoir " vu un instant et avoir été sauvé ", lui, tout en voyant, est incapable de saisir la perche, inca-

OSCAR WILDE

pable d'être sauvé, c'est-à-dire d'être arraché à lui-même. Sa nature est trop irréelle pour être capable, même par la souffrance, d'atteindre la réalité. Ce qu'il atteint, c'est la propre image de ce qu'il voit, et il commence sur le champ à orner l'image qu'il a faite, à couvrir ses lignes réelles sous les voiles nouveaux qu'il a tissés lui-même. Et sa prière, pleine de sincérité, est celle de M. Francis Jammes :

Ayez pitié de moi, 6 mon Dieu, car j*ai peur De ne pas compatir assez à la douleur.

Il parle admirablement de la douleur, plus admirablement qu'il ne l'a jamais fait, parce que c'est avec plus de réalité. Ce qui, comme il le dit, était pour lui un peu plus qu'une phrase lorsqu'il écrivait dans un conte : " Lui qui a fait la misère, n'est-il pas plus sage que toi ? " est devenu réel, et il le dit aujourd'hui plus simplement. Cependant il ne le dit pas assez simplement. Il doit le travailler avec une rhétorique qui se sent et qui le retient, et nous aussi, à une distance voulue du réel.

11 y a dans le volume un passage relatif à la

n*cst rien. L'essentiel c'est qui le dit. Pour l'homme, l'instant le plus grand de sa vie, je n'en doute pas, c'est lorsqu'il s'agenouille dans la poussière et confesse tous les péchés de sa vie ". Dans ce morceau sincère et d'une belle et simple éloquence, je crois voir tout le personnage en raccourci et le secret de sa vie : pour lui tout était drame, le reste du monde et lui semblablement. Car il était toujours le protagoniste et le roi solitaire observant la pièce sur le théâtre où l'on a fait le vide pour son plaisir. Après avoir lu ce passage, on peut comprendre qu'à ses yeux le péché était une crise dans une pièce, le châtiment une autre crise, et qu'il pensait tout le temps au cinquième acte, à la révérence des acteurs, à la chute du rideau. Car il devait être celui qui écrit la pièce aussi bien que l'acteur et le spectateur. " Je traitais l'art comme la réalité suprême, et la vie comme un simple mode de la fiction". Il aurait pu dire comme un mode du drame.

Le morceau d'où je tire cette pensée rend mieux compte de sa foi en lui-même et en ses actes que tout autre fragment du livre :

"J'avais du génie, dit-il, un nom, une haute

OSCAR WILDE

position sociale, du brillant, de Taudace dans la pensée ; j'ai fait de Tart une philosophie et de la philosophie un art ; j'ai altéré les esprits des hommes et les couleurs des choses ; et il n'y avait rien de ce que je disais ou disais qui n'excitât l'étonnement des hommes ; je prenais le drame, la plus objective de toutes les formes employées en art, et j'en faisais un mode d'expression aussi personnel que l'ode ou le sonnet, en même temps que j'élargissais son cadre et que j'élargissais son domaine ; drame, roman, po€me en prose, dialogue subtil ou fantastique, tout ce que je touchais, je le faisais beau d'un genre de beauté nouveau ; je donnais à la vérité, pour sa propre demeure, ce qui est faux aussi bien que ce qui est vrai, et je montrais que le faux et le vrai sont simplement des formes de l'activité de la pensée ; je traitais l'art comme une réalité suprême et la vie comme un simple mode de la fiction ; j'éveillais l'imagination de mon siècle de telle sorte que cela créa un mythe et une légende autour de moi ; je résumais tous les systèmes dans une phrase et toute l'existence dans une épigramme. "

Ce n'est pas un défi, c'est une analyse. Il n'est

pas douteux qu'il fut de bonne foi, et le fait qu'un si grand mattre de l'ironie se soit ainsi exposé à l'ironie d'un jugement raisonnable est une preuve assez évidente que là, comme dans les autres sujets, la solitude et la contrainte ne l'ont pas amené à une conception plus exacte des choses que lorsqu'il a dit dans une autre page : ^J'étais pour beaucoup un mattre de la forme en art^ l'artiste suprême pour certdns ".

^^ Mattre de la forme en art "• Certainement il l'était, et il y a des pages dans ce livre qui sont parmi les plus belles qu'il ait écrites. Ce livre doit se lire à haute voix, son éloquence est calculée pour cette lecture, et une beauté qu'on devine à peine dans ces phrases claires, lorsqu'on les lit tout bas, 7 vient peu à peu à mesure qu'on les écoute. " Il y a toujours quelque chose d'un excellent causeur dans le style de M. Oscar Wilde ", a dit Walter Pater dans son essai sur Dorian Grajy et naturellement c'était cette qualité que Wilde espérait réaliser dans ses pièces de la vie moderne^ les seules œuvres d'art produites sur le théâtre anglais depuis Shéridan, et certes plus belles à certains égards que celles de Shéridan. Et comme

OSCAR WILDE

généralement il est plutôt une personnalité qu*un artiste, une personnalité plus intéressante que n'importe quelle de ses œuvres, il est juste et naturel que ce qui est le meilleur dans cette œuvre fasse toujours penser à une conversation brillante, la conversation d*un fin et brillant causeur doué d'une intelligence sans cesse jaillissante et bondissante. Il atteignit toujours à sa perfection quand il écrivit un dialogue ou, comme ici, une lettre. Ces deux formes lui permirent cette indépendance d'esprit qu'il demandant : le cri indi^ viduel, avec ou sans masque.

HUBERT CRACKANTHORPE

Traduction de EDOUARD et LOUIS THOMjtS

Hubert Cracksuithorpe naquit à Londres, le 2 mai 1 870. n mourut à Paris le 4 novembre iSçô* Ses œuvres principales sont: Wnckage (1893). — Sentimental StuJies (1895). — Vignettes (1896). — La$t Studies (1897).

Les Dernières Pages Q) de Hubert Crackanthorpe publiées après sa mort avec une préface un peu hésitante de M. Henry James, contiennent trois nouvelles dont deux, la Cour d^ Anthony GarsHn et Trevor Perkins sont parmi ses œuvres les plus caractéristiques et réussies. Ces nouvelles ne nous disent peut-être rien de neuf sur celui qui les a écrites. Cependant j*ai cru sentir dans Anthony Garstin^ lorsque ces pages me furent remises pendant Tété de 1896 pour paraître dans le Sa^oy^ qudque chose comme une nouvelle direction. En tout cas, elles s'égalent à Tœuvre contenue dans ces petits livres qui sont tout ce qu'un écrivsdn enlevé de si bonne heure avait eu le temps de nous

(i) LMt StuMis (Londres, Heinemtnn, 1897).

laisser : Naufrage Q) (1893), Etudes Sentimentales (*) (1895), Vignettes Q) (1896).

L*œuvre d*une vie si resserrée dans son étendue^ si limitée dans sa carrière, demande quelque commentaire. Un petit nombre de nouvelles très tristes, quelques pages de style impressioniste sur les sensations et les paysages, voilà tout ce que nous avons à montrer en face de la brillante fécondité d'hommes à peine plus âgés, tels que M. Kipling. Y a-t-il une place — car nous pouvons imaginer que bien des gens se poseront cette question — ne serait-ce que pour la mémoire de ce jeune homme et de son œuvre attristante.

Nul en Angleterre, à la seule exception de M. Frank Harris, n'est allé plus loin dans le réalisme nu, brutal, continu, et dans l'évocation des choses, et dégoûtantes, réellement arrivées, et décrites seulement parce qu'elles sont réellement arrivées. Avec Crackanthorpe il y avait toujours ime révolte, la révolte de l'artiste impersonnel pour qui les choses mauvaises n'avaient certainement qu'une

(i) Wreckagt.

(2) Sentimental Studies,

(3) f^tgnettes.

HUBERT CRACKANTHORPE

froide attraction intellectuelle et la valeur d'une protestation contre ces conventions anglaises qui rendent la franchise si difficile dans notre pays. Son courage était absolu^ demi don Quichote de ridée. Toutes ses nouvelles furent écrites seulement pour s'accorder avec sa conception artistique de k vie^ sans caresser d'autre espoir que celui de justifier les revendications et les possibilités de Fart, d'écarter peut-être certaines réserves, et, du moins, de frayer la route à l'indépendance.

Et, en somme, il a atteint son but. Lorsque Naufrage fut publié, rien d'aussi audacieux n'avait été vu depuis longtemps dans le roman anglais. Et il est apparu comme évident que cette audace n'était n. de l'acharnement (comme chez George Egerton) ni une plaidoirie spéciale (comme celle de Sarah Grand). Sans doute, l'impartialité du style parut le vice des vices à ces personnes si nombreuses en Angleterre qui pardonnent la sensualté, si elle est sentimentale, et condamnent la reconnaissance philosophique de ce fait que le mal est simplement le mal. Mais je parle de ceux qui sont réellement capables d'avoir sur ces questions une opinion franche et intelli-

gente. Pour ceux-<:i il doit avoir été évident quHl y avait là un écrivain d'une fière sincérité, aux yeux duquel une bassesse devait-être quelquechose d'impossible. Il semblait s'avancer en disant : ^' Je viens essayer de montrer certaines choses ^ue j'ai vues dans la vie, qui excitent la pitié et dont l'aspect douloureux m'a rempli d'une peine dont je désespère de m'afiranchir, mais que je veux vous raconter avec tout le calme dont je suis capable, car je ne veux pas vous tromper en vous faisant partager mes préventions. Je ne tirerais pas de conclusion morale de ce que j'ai va, car il peut y avoir là plusieurs conclusions possibles. Je vous laisse cette tâche à remplir, chacun cie votre côté. D'autres personnes vous ont montré ce qu'elles prennent pour la vie, et cela a été surtout l'histoire d'une cour qui finit avec le mariage, quoique le mariage ne soit à proprement parler qu'un commencement et non une fin. Dans ce monde qui leur appartient il y a eu des aventures héroïques et pathétiques, des misérables qui ont été très noirs, et des saints qui oit été très blancs. Pour moi, je vois une autre espèce de monde où nul n'est tout à fait bon, ni tout à fait

HUBERT CRACKANTHORPE

mauvais, où rien n'arrive d'extraordinaire, mais qui est rempli de peines moyennes et de basses inquiétudes, et de personnes trop imprudentes et trop passtionnées. Dans ce monde, Famour, la mort, la pitié, l'injustice vont et viennent sous des masques divers, sous des déguisements qui les souillent. Qui pourrait dire où se trouve vraiment la vie réelle f Pour chacun de nous l'image qu'il se fait du monde apparatt dans ce terme ; et l'art consiste à montrer cette image peut-être illusoire ".

De tels écrivains ne sont pas des écrivains populaires, mais ils sont utiles. Il est bon qu'il s'en trouve pour nous dire ces choses austères et froides : ils nous sauvent de l'empire qu'exerce la douceur et le mensonge, et ils nous empêchent de nous contenter avec notre vie ou notre art. En général, nous les récompensons en en faisant des martyrs, — les martyrs de l'art.

Par un paradoxe curieux mais aisément explicable, c'est l'artiste impersonnel qui est le plus souvent en révolte, car il doit se battre pour son idée. Le monde est indulgent pour le pêcheur, même s'il ne se repent pas ; car sa révolte est le

plus incontestable des tributs payés à cette moralité dont le monde est le gardien, et qui soutient les conventions du monde. L'artiste impersonnel, dont le seul devoir est envers une loi plus haute^ frappe soudain sur la satisfaction que donnent les choses telles qu'elles sont. C'est au monde de crier, car il y a là un nouvel essai du crédit dont il jouit, une tentative vis à vis des questions maîtresses qui l'occupent, un jugement porté sur lui en dehors de ses propres lois et moyens de contrôle. Le monde fait bien de haTr les idées abstraites, car c'est au bruit, à peine plus fort qu'un chuchotement, des idées abstraites, que la chute des murs de son paradis de fous va retentir à ses oreilles. Dire que la vue de Crackanthorpe sur la vie était limitée, dire que cette vue était jeune (cela peut se dire avec une certaine vérité), c'est en somme ne rien enlever de ce que j'ai dit en son honneur. La force, et spécialement la force directrice, vient d'une limitation, et la sagesse n'est un peu folle que dans ce temps où elle est encore jeune. Il y a certes de la naïveté dans le mépris de Crackanthorpe pour les belles couleurs qui sont sur l'endroit du manteau, précisément

HUBERT CRACKANTHORPE

aussi réelles que les coutures et la doublure grise. Et le plus sévère jugement qui puisse être porté sur lui,c*est de dire que, dans son désir d'approcher des choses plus près que la beauté ne le permet aux hommes, il n'atteint pas cette beauté.

On peut penser que la direction de son talent n'est pas la meilleure ; qu'en suivant Maupassant il s'est mépris sur le choix d'un guide et, que la partie de son œuvre qui est due à cette méthode quelque peu déniodée n'est pas la plus intéressante. Malgré tout, l'héroïsme de Crackanthorpe demeure, qualité personnelle qui, s'il avait vécu, l'aurait conduit à des choses tout à fait différentes et peut-être plus durables. Tel qu'il fut, il a fait cependant quelque chose qui n'est pas peu, et je citerai seulement dans Naufrage l'histoire appelée Une Femme morte. Au dessus de tout il était de ceux qui combattent bien, qui combattent avec désintéressement, les chevaliers errants de l'idée.

QU'EST CE QUE LA POÉSIE

Tréulmctiên de EDOUARD a LOUIS THOMAS

Un critique universitaire, M. W.-J. Gjurthopc a écrit un livre appelé La Vie dans la poésie ; la Loi du Goût Q)y dans lequel il essaie de prouver que, " en poésie, le secret de la vie est dans le pouvoir de donner une forme individuelle aux idées universelles de la nature exprimées en une des classes reconnues de la versification/' Sur ces mots Vie dans la poésie, il nous dit : " Je pense aux qualités poétiques, quelles qu'elles soient, d'où qu'elles viennent, si elles ont le pouvoir de procurer un plaisir durable; et j'ai essayé de déterminer leur nature en examinant les œuvres des poètes qui ont été reconnus semper^ ubique^ ab omnibuSy les éternels poètes de la terre et des âges." M. Courthope, qui a donné une édition de Pope,

(i) Lift in Poetry^ La*w in Tatte (London, Macmillan & Co)«

met naturellement Pope en question et il li^ beaucoup de ses arguments en agissant ainsi. Il trouve à la fois dans Pope " la vie ** et " Tuniversel '' dont il parlait, et il le loue de ^^ l'idée limitée qu'il se fait de la nature et de l'universel *\ ce qu'il avoue dans un sens en disant d'abord que ^^ cette restriction de la connaissance à la connaissance de soi-même est seulement la perfection d'une tendance de pensée qui se révèle elle-même dans le Paradis Perdu " et ensuite que le sens de la nature dans Pope doit être comparé seulement à celui de ^^ ces esprits &ux du XVII* siècle : Phinéas et Giles Fletcher, Donne, Crashaw^ Quarles et Cowley ". Mais la vraie question est de savoir si Pope est un poète dans le sens complet du mot, si le prosaTsme vigoureux et le fini de son atticisme, dont il est parlé dans une autre partie du livre, sont, comme poésie, l'équivalent de ces lignes de Crashaw ^^ sur un livre de prières envoyé à Mrs R... " citées comme évidemment ridicules. Je voudrais assurer que les deux dernières lignes de cette citation :

Tombant goutte à goutte avec une pluie parfumée, Une délicieuse rosée d'aromates

QU'EST-CE QUE LA POÉSIE

représentent un niveau de poésie auquel Pope n'atteignit jamais en dépit de son habileté consommée. Pope est un parfait prosateur qui a toujours écrit en vers. Il est impossible de le lire sans une admiration continue pour son habileté, impossible d'oublier en le lisant que le vrai poète ne peut pas être habile. Tandis que Crashaw avec deux lignes instinctivement rythmiques nous fait entendre qu'il est poôte, Pope nous convainc brillamment de tout ce qu'il veut, excepté de ce seul fait. Les seuls moments où il entre dans la beauté sont ceux où il se moque de ses affectations. Ainsi ce

Mourir d'une rose dans une douleur embaumée

reste un hommage que, sous son ironie sans intention, il a rendu à ce " principe de beauté en toute chose " qu'il n'a jamais vu.

En discutant la théorie de la fonction du mètre, M. Courthope fait cette citation de Marlowe :

Est-ce ce visage qui a lancé sur mer des milliers de vaisseaux Et qui a brûlé les tours sans sommets d'Ilion î

et il nous dit : " Il est certain que c'est seulement

en échappant aux limites ordinaires de la langue quMl pouvait s'être aventuré jusqu'à l'audace sublime de dire qu'une figure précipita des vaisseaux et brûla des tours, et en s'exprimant métaphoriquement avec le mouvement harmonieux et lyrique du rythme et du mètre. " Mais au contraire, un écriv^n de prose élevée, Milton ou Ruskin, pourrait avoir dit en prose précisément ce qu'a dit Marlowe et en avoir fait une beauté, — l'imagination, l'idée, une belle forme pourrait y avoir été employée, — une seule chose y aurait manqué, le genre de forme qui est véritablement le plus élevé, celui du vers. Il y aurait eu là un élément de la poésie, non la poésie : le rythme transforme cet élément en poésie et rien autre que le rythme.

La poésie est d'abord un art et dans l'art il doit y avoir union complète ou fusion de la substance et de la forme.

Un écrivain comme Walt Whitman qui semble avoir tant d'éléments poétiques à sa disposition, sans pouvoir leur donner une forme tangiblement parfaite, n'a pas plus de titre au nom de poète qu'un écrivain comme Pope qui exerce le plus délicat contrôle sur une sorte de forme antipoé-

QU^EST-CE QUE LA POÉSIE

tique, laquelle s^adapte exactement à une sorte de fond antipoétique. Crashaw qui avait une sève poétique d'un genre particulier et qui n'en était maitre que par intervalles, reste poCte de race, mais poète imparfait, qu'il faut passer au crible avec discernement. Milton, qui a presque toutes les qualités de forme et beaucoup des plus belles, et aussi des plus belles qualités de fond, devient le grand po^te que Ton reconnaît universellement, parce qu'il est presque toujours heureux dans la fusion du fond et de la forme.

C'est seulement après que cette union intime a été consommée que nous pouvons considérer les qualités relatives du mérite. L'écrivain anonyme d'une seule chanson parfaite dans un des livres de chansons élisabethéennes est poète ; mais, s'il n'a rien écrit de plus, ou rien qui ait un plus grand mérite, il restera petit poète, poète de valeur limitée.

Le Cours du Temps de Pollok peut être aussi long que le Paradis perdUy mais Pollok n'entre pas en compétition avec Milton. Pour établir des distinctions entre un poète et un autre, dans la besogne quelque peu vaine d'assigner des rangs, les règles de M. Courthope deviennent tout à fait

inutiles. Elles ne servent pas à distinguer ce qu*est la poésie de ce qui ne Test pas et elles seraient inutiles en présence d'un écrivain récent qui prétendrait être po€te.

Il est moins difficile d'être juste pour Virgile et pour Milton que de l'être pour Verlaine ou pour M. Yeats. Ni la simple comparaison de Yeats ou de Verlaine avec Milton ou avec Virgile ne servi-, rait à tenir le critique dans le vrai. Chaque force nouvelle a sa forme nouvelle de beauté, et si notre poète le plus récent n'est pas essentiellement différent de ses prédécesseurs, une grande affinité avec eux ne le sauvera pas. Il est absolument important, comme l'affirme M. Courthope, d'étudier et de se rappeler fidèlement " les œuvres des poètes qui ont été reconnues semper^ ubiquCy ab omnibus^ comme celles des poètes éternels de la terre et des âges " ; mais il n'est pas moins important d'être sur ses gardes et d'observer tous les mouvements de la vie nouvelle pour voir si, oui ou non, nos lectures nous y ont préparés dans la forme où nous les trouvons.

UN CENSEUR DES CRITIQUES

Traduction de EDOVAKD et LOUIS THOMAS

Dans un livre de polémique intitulé Ephemera Criticay ou Franches Vérités sur la Littérature h la Mode Q M. Churton Collins, le Timon des critiques, a parlé ouvertement et avec virulence d'une foule de questions. Une seule d'entre elles m'intéresse, comme le ferait une voix criant très haut dans le désert. C'est l'examen qu'il fait subir à la littérature à la mode et la protestation qu'il élève contre les réputations faites à bon marché. C'est avec mépris qu'il montre du doigt le spectacle de l'ignorant qui applaudit l'ignorant, tous deux heureux d'être dans l'ornière ; seulement il est un peu enclin à voir de mauvaises intentions là où il n'y a réellement d'intentions d'aucune sorte.

(i) Ephemera Critica, PUin Trnths about Current Literature. (Londres : Constable^ 1901).

A mon sens M. Collins dépense vdnement une bonne partie de sa colère à ce qu'il appelle " l'empire ou plutôt la prépondérance des préventions, les préventions des coteries en faveur des coteries ou celles des coteries contre les coteries ". Je ne crois pas beaucoup aux coteries, tant que ce mot est employé pour représenter une ligue déloyale ou malveillante de personnes qui affichent les mêmes sympathies ou les mêmes haines. Cette sorte de coterie est une convention aussi vaine que la vaine noblesse. Peu de nobles ont dans la vie réelle, quelles que soient leurs intentions, la vigueur intellectuelle et la consistance que la fiction leur attribue, ils restent en général comparativement inofFensifs. Et les coteries, s'il y en a, loin de repousser l'insignifiance ou de méconnaître le mérite pour des raisons qui leur sont personnelles, ou de faire le mal pour le plaisir de faire le mal, sont le plus souvent de l'honnêteté la plus digne de pitié et applaudissent ce que réellement elles croient bon, condamnant ce que réellement elles croient mauvais. Je crois fermement que les partisans de ce que l'on a appelé, je crois, l'école de basse-cour du roman, ont soutenu cette école

UN CENSEUR DES CRITIQUES

en toute sincérité d'admiration, — que ces personnes qui comparent M. Stephen Phillips à Milton, ou comme le fait M. Churton Collins lui-même à Leopardi, y mettent une sincérité absolue, — qu'il Y a des critiques dramatiques qui considèrent réellement M. Pinero comme un dramaturge d'une grande valeur intellectuelle, et, par certains côtés, supérieur à Ibsen ; je ne doute pas qu'il y ait des critiques musicaux qui se figurent être réellement touchés par la musique du D' Parry ou de Sir Alexander Mackenzie, — des critiques d'art qui pensent qu'il est tout à fait impossible de trouver du mérite à la sculpture de Rodin. Je suis plus charitable que M. Collins : où il voit perfidie et dépravation, " l'œuvre d'une fraude voulue ", je vois seulement ignorance et mauvais goût, ignorance sans remède, mauvais goût sans espoir de rémission. Or le goût ne peut ni s'acquérir ni se déraciner. C'est une essence, non une propriété : une fois né, il peut être façonné en de plus belles et plus fines perceptions, mais il faut l'apporter en naissant comme le génie, et nul n'est responsable de son goût ou de son absence de goût, pas plus qu'il n'est responsable de la couleur de ses yeux

ou de celle de ses cheveux. L'ignorance est certes chose plus facile à corriger, mais ici même ne soyons pas injustes. Peu d'hommes sont ignorants par choix, mais plutôt par infortune, — et contre l'infortune, qui donc peut être absolument armé? Probablement bien des gens pressés qui critiquent les livres dans les journaux envient sincèrement la connaissance que M. Collins a des littératures, mais les circonstances ne leur ont pas laissé le loisir d'atteindre cette connaissance. Certains d'entre eux, manquant de jugement et de goût, ont dans une certaine mesure des connaissances. Et je soutiens que généralement ces critiques font de leur niieux. Ils devraient être traités avec plus de douceur, et en particulier on devrait leur expliquer que l'enthousiasme est une bonne chose, mais que l'enthousiasme continu tend à l'épuisement de l'intelligence.

Et si les critiques qui écrivent dans les journaux avaient raison, et que M. Collins, ainsi qu'un petit nombre d'autres, eût tort, que dire ? Si la littérature anglaise n'avait jamais connu d'époque plus brillante que la nôtre, — si les poètes et les romanciers qui passent dans le Strand et que nous

UN CENSEUR DES CRITIQUES

rencontrons au Club des Auteurs étaient réellement les plus grands que nous ayons jamais eus, que dire encore ? Je veux rapporter une expérience que j'ai faite récemment, absolument comme il m'est arrivé de la faire : peut-être que j'étais alors plus près de la vérité, dans mon étonnement naturel, dans mon acceptation sincère de quelques bonnes nouvelles surprenantes, que je ne le suis, à présent que la réflexion m'a ramené à mes anciens doutes ?

Je ne lis pas souvent de nouveaux romans, trouvant que l'art du romancier demande une attention plus intime et plus de loisirs que je ne veux lui en consacrer ou que je n'en ai à ma disposition. Cependant, lorque je le fais, c'est généralement un roman français que je lis et j'avoue que, jusqu'à l'autre jour, je pensais qu'en suivant une préférence naturelle j'étais aussi sur les traces de la sagesse. Mais il y a quelque temps, prenant en main par hasard un roman traduit du norvégien, je trouvai à la fin du volume trente-deux pages de prospectus donnant les opinions de la presse sur trente-deux romans anglais. Le volume était daté de quelques années en deçà, et sans

doute ces romans avaient été publiés dans les deux années qui précédaient cette date. Je lus ces opinions de la presse avec un intérêt que je voyais grandir à chaque page et se changer en une sorte d*étonnement ; et, arrivé à la fin de cette lecture, je me demandai avec stupeur comment j'avais pu négliger tant d*œuvres d'un si haut génie. Les journaux dont j'avds commencé . à lire les jugements étaient les journaux les plus connus de l'Angleterre ; ils semblaient, autant que je pouvais en juger, représenter chaque catégorie d'opinion en cours dans le pays. Et suivant ces journaux, chacun de ces trente-deux livres était dans son genre un petit chef-d'œuvre : " M. Hall Caine atteint les sommets qui ont été atteints seulement par les plus grands maîtres de la fiction. " " . . .Je pense au grand écrivain français Stendhal quand je lis le grand écrivain anglais. " C'est M. T. P. O'Connor qui pense à Stendhal dans le moment qu'il lit M. Hall Caine, mais le Scotsman est plus hardi et va plus loin, trouvant un autre roman du même écrivain " nettement supérieur à toute la littérature d'imagination de notre temps, et tel qu'il permet de comparer son auteur aux

UN CENSEUR DES CRITIQUES

plus puissants romanciers du siècle passé *\ tandis que le Christian World en voyant sa puissance " à fasciner le temps présent ", pense " à la naissance d'un classique''. D'un autre livre par un autre écrivain le Daily Chronick m'assure : " Il n'a pas une page faible de la première à la dernière. Tout homme de santé et de goût normal peut lire un tel livre avec un réel plaisir. " Tandis que la Westminster Gazette et le Speaker^ se rapportant, me semble-t-il, à deux livres singulièrement différents, déclarent avec une curieuse unanimité de langage, de l'un " qu'il s'y trouve assez d'intelligence pour alimenter tout au long une douzaine de romans ", de l'autre, que l'écrivain " a mis dans ce livre assez d'observation, de verve et d'idées pour alimenter amplement une demi-douzaine de romans ". C'est ensuite le Globe qui me dit encore d'une autre nouvelle que " c'est une histoire remarquable, une histoire qui fascine, frémissante de vie, imprégnée de sympathie pour tout ce qu'il y a de meilleur et de profondément triste dans la vie ". Je tourne la page, je vois le nom d'un nouveau roman, et là c'est le Standard qui m'assure que celui-là aussi est ^^ une histoire

remarquable, qui abonde en situations dramatiques : l'intérêt n'y faiblit pas un instant, les caractères y sont bien conduits et ont de la consistance ". Robert-Louis Stevenson est à la page la plus proche, et de lui je ne lis rien de plus ou de moins que de tous les autres. Mais à la page suivante je trouve M. Zangwill et la Queen est assurée que " Le Maître sera toujours compté comme un de nos classiques ". Devant un livre de M. Henry James le Manchester Gardian peut seulement murmurer : " essayer de critiquer une création si exquise, si pleine du plus beau, du plus pur sentiment humain, et pénétrée de la dédaigneuse distinction d'un esprit sensible, serait superflu, sinon déplacé ". Le Manchester Courier est plus explicite et découvre que M"** Lynn Linton " écrit avec toute l'amertume du doyen Swift " et le Pall Mail Gazette découvre que M. CF.

Keary " est moins spirituel que M. Meredith, mais plus solide " et le Times et le World presque dans les mêmes termes mentionnent qu'un roman de M. W. E. Terebuck est " la plus remarquable contribution donnée par le roman à l'histoire des classes laborieuses depuis Mary Barton " : " ce

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livre a une plus grande valeur, une plus importante gravité. " Après cela nous ne pouvons être surpris qu'un livre doive être déclaré par le Daily Chronicle " un triomphe presque complet " et que le World Testime sans difficulté " une œuvre à laquelle l'épithète si usagée de " beau " peut-être appliquée avec pleine intention et stricte justice ". Ce qui cause sans doute mon embarras c'est que, n'étant pas un lecteur de romans, je n'ai lu que deux de ces trente-deux romans dont tant de choses étonnamment attrayantes ont été dites. L'un de ces livres je l'ai certainement admiré, l'autre non. Un petit nombre des autres, je m'y suis arrêté et je les ai laissés trop hâtivement (il y parait à présent), car il ne me vint pas à l'esprit d'en continuer la lecture. A l'avenir, je le crains, je n'aurai que peu de temps à consacrer à mes romans français, car, j'avoue que, intéressants à des degrés divers, je n'aurais pas été disposé à les louanger comme tous ces critiques s'évertuent à le faire pour chacun de ces trente-deux ouvrages anglais. Je sens que c'est mon devoir (je suis sur que ce sera mon privilège) de tourner tout de suite mon attention vers les romanciers anglais

contemporains, et — ces critiques me convainquent — je n'aurai pas de difficulté à faire un choix : tous sont bons, presque tous supérieurs. Rien pendant longtemps ne m'a autant intéressé que cette soudaine renaissance du roman en Angleterre (ou, le dirai-je en toute modestie, la soudaine découverte que j'ai faite de ce genre littéraire). Pendant tout le XIX* siècle, avant cet an de grâce, il y a eu une douzaine de romanciers que le monde a consenti à considérer plus ou moins comme des romanciers de premier ordre. Ici, sur un catalogue d'éditeur, il y en a le double, et sur chacun d'eux nos critiques responsables ont parlé en termes qui échapperaient à peine à la flatterie s'ils s'appliquaient à tout autre qu'au plus grand d'entre tous. Je le répète, tout cela m'a profondément intéressé, car, en admettant qu'un éditeur n'est pas seul à publier les œuvres d'hommes et de femmes de génie, incalculable doit être le nombre des grands romanciers écrivant à présent en Angleterre; leurs noms même sont peut être inconnus des autres aussi mal informés en cela que moi-même,

A présent, qui a raison, ces Messieurs avec

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leur enthousiasme ou M. Collins avec sa petite affirmation : " hyperbole sur hyperbole, rodomontade sur rodomontade '\ sa déclaration de principe : "il n*y a pas de bon livre qui ne trouve de flatteurs, mais les mauvais en obtiennent davantage '* et sa conclusion : " l'éloge mesuré, donné avec discernement, et qui signifie précisément ce qu'il exprime, et qui est toujours la marque d'une critique saine et juste, pour ceux qui ne sont pas initiés est une pauvre recommandation comparée à celle qui ne s'arrête qu'aux extrêmes ? "

Si ces messieurs ont tort, s'ils n*ont pas le sens plus clair de ce qu'ils disent que l'étranger qui commence son crescendo d'éloge avec ces mots **splendide, superbe, magnifique" et finit avec "gentil", alors M. Collins n'est peut être pas loin de la vérité quand il dit de beaucoup de critiques contemporains : " sans étendards, sans pierre de touche, sans principes, sans connaissances, semble-t-il qu'ils doivent être regardés comme des visiteurs qui n'ont besoin ni d'équipement, ni de suite ? " ...." En règle générale, les hommes qui écrivent des mauvais livres sont ceux qui critiquent les mauvais livres ", et encore : " l'auteur d'un

seul bon livre est bientôt oublié par ses contemporainSy mais le père d'une série de mauvais livres est sûr de la réputation et de la richesse. *' Tout cela n*est-il pas tout à fait vrai ? Y a-t-il remède à cela ? Est-il probable qu'on trouve et qu'on applique ce remède ?

M. Collins nous dit, comme s'il nous annonçait quelque chose d'alarmant, que ^^ le seul encouragement laissé aujourd'hui aux auteurs pour produire de bons livres est la satisfaction de leur propre conscience et l'approbation d'un petit nombre de juges compétents ". Mais à peu d'exceptions près n'en a-t-il pas toujours été ûnsi ? Le grand art, excepté parfois le plus grand, si grand qu'il a toutes les qualités, même la valeur marchande, n'a jamais été un article de rapport. Le choix reste à l'artiste, si l'on peut dire ainsi lorsque le véritable artiste n'hésitera jamais sur le chemin à prendre. Il n'y a jamais eu de temps ou de pays où la populace ait aimé la beauté, ait voulu ce qui est une forme de l'art. M. G>llins lui-même indique que aux grandes époques, dans l'Athènes de Périclès, la Rome d'Auguste, la Florence des Médias, l'art était

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