‹ Portraits après décès: avec lettres inédites & fac-simileChapitre 6 sur 13 · MADAME RÉCAMIER H · texte numérisé non relu

MADAME RÉCAMIER H

au fond du rôle d'Adrienne Lecoiivreur retrouverait-on quelques réminiscences brillantes du salon de la rue de Sèvres.

Madame Récamier ne déteftait pas raconter quelques anecdotes du temps révolutionnaire.

Sa mémoire était comme un livre curieux, qu'elle ouvrait devant quelques intimes, & où elle lisait les yeux fermés, — car depuis quelques années sa vue s'était beaucoup affaiblie. Nous voudrions avoir souvenir de tous les traits charmants qu'on tient de sa bouche. — La foule se pressait un matin, rue du Mont-Blanc, devant l'hôtel de l'ambassadeur d'Espagne. Sur le seuil, le roi d'Etrurie, qui allait monter en voiture, causait avec madame Récamier & M. Beffroy de Reigny, cet écrivain qui s'eft fait un« excentrique réputation sous le nom du Cousin Jacques* — « Le prince baisait galamment ma main, nous disait madame Récamier^ lorsque j'entendis tout à coup une voix bruyante à mon oreille. Je me retournai. C'était un militaire de planton qui s'écriait de toutes ses forces : Citoyen^ votre - voiture eft prête ; quand Votre Majejté voudra y monter... »

Peut-être connaît-on mieux cette aventure d'un homme quij se trouvant placé entre madame de Staël & madame Récamier, eut la maladresse de dire i -^ Me voilà entre l'esprit &

la beauté! — Sans posséder ni Tune ni l'autre, répondit madame de Staël.

Une Anglaise, madame TroUope, qui pouvait avoir beaucoup d'esprit en anglais, mais qui, en français, se contentait simplement de déraisonner, a consacré dans son livre de Paris & les Parisiens quelques pages à madame Récamier,' qu'elle avait déjà vue à Londres (i). Mais où il faut chercher des détails, plutôt que dans les écrits anecdotiques, c'eft, ainsi que nous l'avons fait, dans la mémoire religieuse de plusieurs contemporains.

On dit que madame Récamier laisse des A/étnoires. Nous voudrions le croire, nous n'osons l'espérer. — Ce qu'elle laisse plus sûrement, c'eft le célèbre tableau de Corinne y qui ornait son salon; son bufte, par Canova; le dessin original de YAtala de Girodet, & quelques toiles remarquables dont il ne, nous refte plus souvenir bien précis.

Au fait, voici ces notes de Kotzebue sur madame Récamier. Elles compléteront & ac-

(i) Kotzebue, dans ses Souvenirs de Paris, édités en i8o5 par le libraire Barba (avec des annotations ftupides, par parenthèse;, a également parlé d'elle, — en des termes assez cavaliers^ toutefois.

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