‹ Portraits après décès: avec lettres inédites & fac-simileChapitre 7 sur 13 · SUR MADAME RÉCAMIER · texte numérisé non relu

SUR MADAME RÉCAMIER

« J'avais des préjugés contre madame Récamier lorsque j'arrivai à Paris; je m'imaginais voir une coquette enivrée des hommages qu'on lui rendait; j'ajoutais foi à toutes les calomnies que les joumaliftes allemands avaient débitées sur son compte. Je désirais la voir, mais non pas la connaître. Ce fut à l'Opéra que je satisfis ma curiosité pour la première fois, c Voilà madame Récamier, » me dit un de mes voisins, & naturellement je m'avançai pour regarder dans la loge qu'il me désignait. Ses cheveux étaient sans ornements; vêtue d'une simple robe blanche, elle paraissait rougir d'être si belle.

€ Cette première vue produisit sur moi une impression agréable, & j'acceptai avec plaisir la proposition qu'on me fit de me présenter chez elle. Quoiqu'elle fût au milieu d'une société bril-

lante, elle avait la mise la plus simple. Presque toujours madame Récamier se met en blanc, & très-décemment. Elle n'a sur la tête d'autre ornement que ses cheveux châtains, quelquefois tressés, ou tombant en boucles; d'autres fois relevés négligemment, & retenus par un peigne. Je l'ai vue presque tous les jours pendant plusieurs semaines, sans qu'elle ait jamais eu de parure de diamants.

« Au milieu du tourbillon de Paris, elle remplit tous les devoirs d'une épouse sage, quoique son mari soit d'âge à être son père. La calomnie même ne l'a jamais attaquée de ce côté. Elle n'a point d'enfants, mais elle soigne avec une tendresse vraiment maternelle ceux d'une de ses parentes, auxquels elle tient lieu de mère.

« Je n'oublierai jamais ce beau jour où je la trouvai seule avec une jeune fille sourde & muette qu'elle avait recueillie en allant se pro* mener dans je ne sais quel village. Cette enfant avait été élevée à ses frais pendant quelque temps; elle lui avait ensuite procuré une place à l'excellent inftitut des Sourds-Muets^, dans ce moment elle venait de la feire habiller à neuf, & Se l'était fait amener pour la conduire elle-même à l'abbé Sicard. Elle faisait déjeuner cette, en*-

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