ANTENOR JOLY
omCTE&ÇOVi. JOLY
Je connus Anténor Joly dans les bureaux du journal l'Epoque, où il était directeur du feuilleton. C'était alors un homme entre quarantesix &. quarante-sept ans, brun, grand, sec, &. sourd comme un pot. Il portait toujours sur lui une foule de crayons taillés &. de petits carrés de papier blanc, à l'aide desquels il vous invitait à lui transmettre votre pensée par les procédés de Cadmus. Me voyant jeune 8c résolu, il me prit en affection ; &., grâce à lui, je fis mes premières armes dans les colonnes du plus grand journal dont Paris ait gardé la mémoire.
Parmi tous les petits-fils de Beaumarchais, de qui la descendance eft si nombreuse, Anténor
Joly eft un de ceux dont la physionomie mérite le mieux d'être conservée. Dans cette bataille de la vie, où il fut jeté presque nu, il se battit à toutes armes, à toutes heures, perpétuellement. Moi, qui n'ai pu assifter qu'au spectacle de sa décadence, j'en ai gardé une impression inouïe Se qui souvent me décourage.
Trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis ma première visite, qu'il m'écrivait déjà pour me demander le plan d'un roman en deux volumes, Se quelques menus articles d'hiftoire, de religion Se d'actualité pour le Livre des familles^ journal de M. le dire (sic). Mon plan fait, il crut y voir une pièce de théâtre. Il alla trouver tour à tour Mélesville, Gabriel, Carmouche Se Eugène Guinot, avec qui il avait collaboré autrefois dans un vaudeville intitulé Suzanne, — un rôle de muette pour mademoiselle Déjazet ! Pendant ce temps, V Epoque tomba avec fracas. UEpoque était la création suprême d'Anténor Joly; pour Y Époque, il avait inventé des affiches dont la teneur eft devenue proverbiale, des banquets auxquels les actionnaires n'avaient pas le droit d'assifter, des porteurs habillés comme des miniftres; pour V Epoque, il avait ressuscité Grimm Se découvert un journaliste qui s'appelait Demain; pour Y Époque, il avait fait le voyage de Londres Se il en avait ramené, à force d'ex-