ANTÉNOR JOLY 2O
plorations, de génie Se d'argent, une incomparable créature qu'il plaça un beau jour, diadème en tête &. la gorge découverte, sur un char doré qui parcourut les boulevards, traîné par des cavaliers habillés de rouge flamboyant.
lSEpoLjne tomba. Anténor Joly fut trifte pendant trois jours ; le quatrième, il était chez moi, ses crayons Se ses papiers à la main.Je demeurais alors sur la place du Carrousel. « — Mon cher ami, me dit-il, il n'y a plus rien à faire en littérature. Prenez-en votre parti ! Vous êtes venu trop tard. Ah! si je vous avais connu du temps de Vert-Vert, que j'ai fondé, ou du Moniteur du soir, ou du Courrier Français, votre affaire serait faite maintenant. Aujourd'hui ne comptez plus sur rien ; toutes les positions sont prises ; Se puis, qu'eft-ce que vous vous sentez dans le ventre, là, bien franchement ? Que diable ! vous ne ferez jamais mieux en roman que Balzac Se Eugène Sue, en critique que Sainte-Beuve Se Guftave Planche, en poésie que Lamartine Se Viclor Hugo. Laissez-là votre littérature. Il n'y a plus que l'induftrie aujourd'hui. Vive l'induflrie ! »
Pendant une demi-heure, il me parla ainsi de l'induftrie sur tous les tons. Je l'écoutais en faisant la grimace, Se très-intrigué de savoir où il voulait en venir. Enfin, il termina en m'invitant
à me lever & à le suivre, Sa il m'emmena au Jardin d'Hiver, dont il organisait la publicité. Ce fut là que, placé sous ses ordres, j'appris à tourner de cent mille façons la fameuse phrase : « Tout Paris voudra se trouver demain à la brillante fête du Jardin d'Hiver. » Anténor Joly se brisait la tête à trouver de nouveaux caractères d'affiche. Sur ces entrefaites, la révolution de février éclata : je vis mettre le feu aux portes des Champs-Elysées. Anténor arriva, pavoisé de rubans rouges; il était radieux, la République allait le sauver. En effet, il organisa coup sur toup des fêtes à l'armée, au peuple, à la garde nationale, aux écoles; il fît réciter par l'acreur Montdidier des flrophes de Vidor Hugo &. composer par Félicien David une cantate intitulée : Honneur au brave qui succombe !
L'été suivant, il passa au Château des Fleurs. Je le suivis. Le Château des Fleurs venait d'être fondé par-M. Bohain. Anténor Joly y inftalla des chanteurs, des marionnettes, des montagnes russes, des singes, des pâtissiers, des escarpolettes, des danseurs de corde, des artificiers, &. jusqu'à des fleurs. Moi, j'étais, comme au Jardin d'Hiver, l'hiltoriographe, le bibliothécaire, l'archivilte : toutes ces merveilles se transformaient sous ma plume en feuilletons enthousiaftes que le Conflit ut ionnel insérait, &L en réclames in-