ANTÉNOR JOT.Y
candescentes qu'Anténor Joly envoyait à tous les journaux.
Le Château des Fleurs s'écroula comme un simple château de cartes. Je retrouvai Anténor Joly, quelque temps après, à YEvénement, où t'avais été appelé. Il y faisait tout, il imprimait même quelquefois le journal, car il avait commencé par être typographe. Le soir il soupait avec Méry; 8c je n'ai jamais compris la fréquence des relations de ces deux hommes, car enfin quel bénéfice ce dernier pouvait-il retirer de sa conversation avec un sourd ?
J'ai oublié de dire que, le lendemain des journées de juin, Anténor m'avait demandé en toute hâte un récit de l'insurrection. Je pris immédiatement un cabriolet : je fis le tour des barrières, je comptai les barricades, & je passai la nuit à écrire mon résumé, qui parut trois jours après, avec un plan gravé sur bois. On n'en trouverait pas aujourd'hui un seul exemplaire. Anténor me renvoya pour le payement à M. Bohain, qui me renvoya à un marchand de vin du coin de la rue Trévise, lequel me paya très-gracieusement. Je raconte tout cela un peu à la diable &. comme cela me vient, uniquement pour initier le lecteur bourgeois à l'une de ces exiftences parisiennes qui touchent à tout & qui vivent de tout.
Anténor Joly ne perdait pas de vue le théâtre. En même temps qu'il mettait à flot l'Événement, il passait avec le directeur des Variétés un traité pour une revue qui devait s'appeler le Journal du Diable. Nous étions cinq ou six pour écrire cette revue : Charles Hugo avait composé le prologue en vers; Henry Monnier 8c Champfleury faisaient un Prudhomme socialifte; la Californie 8c les banquets à cinq sous m'étaient échus. Tout cela tomba dans l'eau comme tant d'autres choses. Anténor Joly cria, tempêta, accusa notre paresse, accusa le directeur 8c tout le monde.
Il occupait aux Italiens je ne sais quel vague emploi qu'il a toujours conservé. J'allais l'y trouver quelquefois aux heures des répétitions. Un jour que je le croyais absorbé par des choses d'art 8c de littérature, il me dit : « Venez chez moi, je veux vous montrer un prodige. » C'était une casse d'imprimerie qu'il avait inventée, une casse magique, où les lettres, symétriquement alignées, tombaient d'elles-mêmes dans le compojîeur, sans qu'il fût besoin de les aller chercher avec les doigts. Malgré cet inconteftable mérite de propreté, personne ne voulut de son invention, qui lui avait coûté beaucoup de temps, beaucoup de peine, & sur laquelle il avait placé de grands es-