‹ Portraits après décèsChapitre 7 sur 11 · ANTÉNOR JOLY 2 I · texte numérisé non relu

ANTÉNOR JOLY 2 I

train &. que vous attendez l'inspiration. Des sottises! il faut prendre votre parti des coutumes de notre temps, ou vous résoudre à laisser aux autres votre part de gâteau. Vous êtes de drôles de corps, vous &. vos amis : vous critiquez tout le monde, & vous n'accouchez pas seulement d'un pauvre petit roman en huit volumes. Ensuite, vous voulez que je vous lance! Mais voyez donc les vieux, ceux qui ont leur réputation bien établie : ils travaillent du matin au soir, ils font un métier de forçat ; &. vous, qui devriez lutter avec eux d'énergie et d'activité, vous vous croisez les bras tranquillement, vous les regardez faire; ou bien, si, par un miraculeux effort de volonté, vous vous décidez à prendre la plume, c'eft pour cracher une nouvelle en quatre feuilletons. Belle misère ! je vous dis que vous n'arriverez jamais! »

Il entra au Pays, avec M. de Lamartine. Auparavant, il avait passé par Y Union &. par Y Assemblée nationale, ou M. Mallac lui était intimement connu. Au Pays, il rencontra des influences qui le gênèrent; son caractère en prit de l'aigreur : il ploya, lui, toujours habitué à rompre; &. dès cette époque, il eut le pressentiment des cataflrophes qui devaient l'assaillir.

Le 7 février i852, je reçus cette lettre : « Mon cher ami, je vous écrivais mercredi dernier, en

attendant chez mon docteur. Une heure après, je me cassais la jambe dans son escalier! Je suis entre les mains des praticiens & entre les serres des appareils chirurgicaux. Plaignez-moi, &. venez me voir quand vous aurez un moment. Mieux vaut mardi ou mercredi, je serai plus dispos pour causer. Ne faites pas de cérémonies, je sais toute la part que vous prendrez à mon accident; je sais combien vous êtes occupé, Su je voudrais que vous en eussiez fini avec... pour passer à autre chose. Mes amitiés. Anténor. » Ainsi, la jambe brisée Se le corps entre les mains des chirurgiens, c'était à de nouvelles combinaisons qu'il songeait ! Rien que la mort pouvait abattre cet homme; elle l'abattit trop tôt, — avant qu'il eût réalisé la millième partie de ses rêves. Il guérit de sa jambe cependant. La convalescence fut longue ; mais à partir de ce moment, il n'alla plus guère que cahin-caha. Au dernier déjeuner que nous fîmes chez Vachette, il se trouva mal, Se je fus obligé de le ramener chez lui en voiture. Quelques mois après, il tombait dans sa chambre, frappé d'un coup de sang. Anténor Joly était né à Savone, en Italie, à la suite des armées françaises, où son père occupait, je crois, un emploi dans le département des fourrages. Il ne comptait que cinquante-trois ans lorsque la mort vint le surprendre.

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