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LES SŒURS BLANCHES

Les Demoiselles de Saint- Thomas de Villeneuve se rattachent directement à l'institut charitable dont saint Vincent de Paule dota le catholicisme. Les Filles du Saint-Esprit , dont je veux fixer , pour la première fois , les traditions modestes , sont un des innombrables rameaux de l'arbre que le B. Pierre Fourier a planté dans l'Eglise de Dieu, et qui a pour fruits principaux l'éducation des petites filles et le soin des malades à la campagne.

On lit dans les Annales Briochines de l'abbé Ruffelet, sous l'année 1706 (4).

(1) Annales Bmochines, ou Histoire du diocèse de Saint- Brieuc » par Tabbé Ruffelet , nouvelle édition avec une notice par M. S. Ropartz (L. Prad'homme, 4850 ; in-8o et in-42.)

« Premier établissement des Filles du Saint- Esprit dans la paroisse de Plérin. Cet établissement est dû à la charité d'une pauvre veuve nommée Marie Balavoine, qui, sous la direction de M. Leuduger , chanoine et scolastique de la cathédrale de Saint-Brieuc, s'était entièrement consacrée au service des pauvres malades. Elle inspira le même dessein à une pieuse fille appelée Renée Burel , ensuite à quelques autres , et devint ainsi , sans y penser , fondatrice d'une nouvelle société religieuse fort utile et déjà fort répandue. M. AUenou, recteur de Plérin, dressa des règlements pour cette société naissante , qui Jurent approuvés par M. de Montclus, évéque de Saint-Brieuc. Le principal but de cet institut est le soulagement des pauvres malades et rinstruction des petites filles de la campagne. R s'est déjà étendu dans les évéchés de Nantes, Rennes, Saint-Paul-de-Léon, Quimper, Saint-Malo, Tréguier et Dol. Il a des établissements dans trois ou quatre paroisses de l'évéché de Saint-Brieuc. Il serait à désirer qu'il en eût dans toutes. Cest la seconde société religieuse qui prend naissance dans le diocèse de Saint-Brieuc : celle des Filles de Saint-Thomas à Lamballe, environ 1659, et celle des Filles du Saint-Esprit, dans la paroisse de Plérin, en 1706. »

C'est , avec quelques lignes , encore plus laconiques et disant exactement la même chose ,

insérées dans le Tome VI de l'édition des Vies des Saints de Bretagne , de M. Tabbé Tresvaux , tout ce que je sais avoir été imprimé tou'chant les Filles du Saint-Esprit.

Il ne faut pas être très-amoureux d« ce qui concerne l'histoire de son pays pour trouver que c'est trop peu et que quelques détails ne seraient pas sans intérêt.

Ces détails , je les dois surtout à l'obligeance extrême des Dames du Saint-Esprit elles-mêmes qui ont bien voulu me confier les registres domestiques où sont consignées les traditions de l'ordre.

J'ai eu, de plus, le manuscrit de 1723, dont j'ai tiré la vie de M. Leuduger.

Enfin , M. Gaultier du Mottay, dont l'érudition n'est égalée que par l'inépuisable complaisance avec laquelle il met son savoir à la disposition de tous ceux qui s'occupent de notre histoire , a relevé pour moi plusieurs faits et plusieurs dates qui se rapportent à la fondation des Sœurs Blanches et qui sont consignés, soit dans les registres de Plérin , soit dans quelques titres des Archives desCêtes-du-Nord.

J'ai indiqué mes sources ; je n'y reviendrai plus. Rien ne me semblerait moins à sa place ici que le déploiement d'un bagage scientifique et critique. Je voudrais, au contraire, donner à ces récits toute la naïveté des vieilles annales

monastiques ; et pour cela je reproduirai souvent, sans changement aucun , les registres domestiques qui m'ont été confiés.

M. Leuduger , étant scolastique de la cathédrale de Saint-Brieuc , tant pour s'acquitter de cette charge que pour satisfaire à son zèle , qui embrassait toutes les bonnes œuvres , s'occupa très-activement de la création et de l'organisation des Petites Ecoles dans les paroisses. Il avait une parente , fille comme lui de paysans aisés, pieuse et dévouée qui songea d'abord à entrer chez les Ursulines. C'était Renée Burel. Je ne sais si ce fut de l'avis de M. Leuduger ou pour un autre motifs mais Renée Burel renonça aux. Ursulines et se voua k l'œuvre des Petites Ecoles , après s'être simplement affiliée au Tiers-Ordre de Saint François. A côté de Renée Burel , il faut nommer Marie Balavoine : celle-ci , née aussi à Plérin , d'une famille de cultivateurs , était la pénitente de M. Leuduger. Elle était veuve. Elle s'unit à Renée Burel ; deux ou trois autres filles du Tiers-Ordre se joignirent à elles : sous la direction et le patronage de M. Leuduger et de M. AL lenou de La Garde , recteur de Plérin , ces cinq femmes habitèrent ensemble au Légué , dans une maison appartenant à Renée Burel, et dont Mgr de Boissieux avait posé la première pierre. Le biographe de M. Leuduger affirme que le

scolastique contribua beaucoup de ses deniers à l'acquisition et à la construction de cette maison. Ce qu'il y a de certain , c'est que M. Leuduger rédigea pour l'usage de ces pieuses filles une sorte de règle , et leur prescrivit divers exercices qui furent approuvés par Mgr de Boissîeux (1).

Il est de tradition dans l'ordre que dès le principe Renée Burel, Marie Balavoine et leurs compagnes prirent l'habit que les Sœurs du Saint- Esprit portent aujourd'hui et qui était exactement celui des femmes du peuple , à Plérin et dans les paroisses voisines , au commencement ^u XVIII» siècle ; sauf la couleur qui est entièrement blanche. Dans l'origine, les Sœurs s'appelèrent Sœurs de la Charité ou Filles des maisons et écoles charitables. Ce ne fut que plus tard qu'elles prirent le titre de Filles du Saint-Esprit : à cause de leur vêtement, le peuple les appelk et les appelle encore Sœurs Blanches.

Renée Burel mourut en 1720. Par son testament du 8 décembre 1718, elle léguait à ses sœurs en Jésus-Christ, une rente de cinq perrées de froment, pour les aider à vivre en communauté, <( à la condition qu'elles s'appliqueraient

(1) On conserve à la maison principale de Tordre à Saint- Brteuc, un exemplaire de cette règle paraphé par M^r de Frétai tde Boissieux lui-même.

- 1K6âU soin des pauvres et des petites écoles chari-' tables. » Cette date du 8 décembre avait déjà une signification dans la congrégation naissante. C'était le 8 décembre que Renée Burel et Marie Balavoine avaient pris Thabit. C'était la seconde fête de Tordre ; la principale était la Pentecôte. Renée Burel ne Toublia pas , et ce même testament contient un autre legs destiné à faire célé-^ brer une messe chantée dans ce jour solenneL

Bien peu de temps après la mort de Renée Burel , l'école et la maison de charité de^lérin firent une perte encore plus grande dans la personne de M. Leuduger.

Mais la Providence avait déjà doté ces bonnes filles d'un protecteur, dont la vertu , le mérite et le dévouement devaient assurer l'avenir de la congrégation. C'était M. René-Jean Allenou de La Ville-Angevin (1) qui avait succédé, dans le rectorat de Plérin, à son oncle M. Allenou de La Garde. Les Sœurs du Saint-Esprit ne veulent pas reconnaître d'autre fondateur , et il est vrai que si M. Allenou de La Garde et M. Leuduger ont fondé l'école de Plérin et ont donné une règle particulière aux filles du Tiers-Ordre qui

(1) Cette famille mainteDue au Conseil en 1708 , portait d'argent au chef endencbé de gueule. (De Gourcy , Nobiliaire de Bretagne). La Ville-Angevin est un petit manoir d« la pa» roisse de Pordic.

tenaient cette école, c'est M. ÂUenou de La Villes Angevin qui a fait sortir de ce noyau une congrégation nouvelle , ayant sa vie propre, indépendante des divers Tiers-Ordres.

M. de La Ville-Angevin résolut d'abord de fixer au bourg même de Plérin l'école de la paroisse et le berceau de la société qui était dès-lors bien arrêtée. Le 8 février 4720 , il acheta dans ce but, une vieille maison située au bourg.

Le i8 août 1724 , il obtenait de M. Regnouard de La Villayers , seigneur de Couvran , la permission de réunir les « Filles de la Congrégation qu'il souhaite d'établir , dans la chapelle privative de Couvran. »

Dès l'année 1723, le biographe de M. Leuduger constate que l'école établie au bourg de Plérin est « la mieux formée de tout le pays et la plus nombreuse qui soit dans les campagnes. » Les classes proprement dites ne comptaient pas moins de quatre-vingts petites filles ; le dimanche, le nombre des écolières montait jusqu'à deux cents : car, beaucoup de jeunes filles et d'enfants qui ne fréquentaient pas l'école sur la semaine venaient le dimanche pour apprendre le catéchisme et les prières.

Par ailleurs , et pour remplir le double but de leur vocation , les Sœurs distribuaient aux pauvres malades qu'elles allaient visiter du linge et

des bouillons; elles pansaient les plaies et composaient des remèdes conformémeftt aux ordonnances des médecins.

Le règlement de M. Leuduger contenstit, en outre , la prescription de veiller à ce que les assemblées mensuelles du Tiers-Ordre (1) fussent régulièrement tenues.

Le 20 mars 1727 , M. de La Ville-Angevin acheta une autre maison contiguë à la première, pour agrandir Técole.

Il y avait alors huit Sœurs : Marie Balaven ou Balavoine, de Plérin ; Charlotte Corbel, dePlérin; Marie AUenou de Grands-Champs, de Pordic, nièce de M. de La Ville- Angevin; Louise Desbois, de Plérin; Marguerite Quémard, de Plérin; Angélique AUenou de Grands-Champs, sœur de Marie ; Jeanne Sylvestre , de Plérin ; Mauricette Majol , de Plérin. Ainsi , à l'exception des deux nièces du recteur, toutes étaient de pauvres filles de la paroisse de Plérin. Marie de Grands- Champs avait voulu être carmélite ; sa santé sV opposant, elle vint se mettre à la disposition de son oncle et amena avec elle sa jeune sœur. C'était en 1721.

Enfin , le 27 mars 1733 , la congrégation se

(1) Les registres domestiqQes qualifient ce Tiers-Ordre de t Tiers-Ordre du Saint Amour. »

fondait définitivement , suivant acte au rapport de Perrier, « notaire royal apostolique. »

Le H avril suivant, M. Guibert, prêtre, chanoine de Saint'Guillaume et chapelain des Dames du Calvaire, adressait, au nom des Sœurs dePlérin , une supplique à Tévêque de Saint-Brieuc , pour qu'il lui plût d'approuver l'acte de fondation et de nommer Marie Balavoine , supérieure des dix Sœurs qui vivent en commun et « dont les exercices sont approuvés depuis près de vingt ans (i). »

Mgr Vivetde Montclus, accédant à cette supplique , donna sa sanction définitive le 24 avril , en nommant pour supérieure Marie Balavoiue , ou plutôt en confirmant l'humble veuve dans le poste où l'avait placée l'humilité de ses compagnes (2).

A peine la congrégation était-elle régulièrement fondée qu'obéissant à l'esprit de prosélytisme qui est inhérent à toute^ œuvre basée sur la foi et sur la charité , elle accepta une maison que lui offrait, à Saint-Herblon, évêché de Nantes,

(1) Ce sont évidemment les statuts àè M. Leuduger , approuvés, comme nous Tavons dit, par Mgr de Boissieux.

(2) Ce règlement définitif, approuvé par Mgr de Montclus , est Tœuvrc de M. de La Viile-Angevin : il est très-remarquabl« <(ue Von y ait supprimé toutes les prescriptions relatives au Tiers-Ordrc qui se Usaient dans les exercices de M. Leuduger.

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U. le président de Gornulier. Le contrat est dû 7 juillet 1733. Marie de Grands-Champs entra dans cette première fondation le 9 septembre de la même année. Elle n'y resta que le temps nécessaire pour bien asseoir cette maison v et revint à Plérin avec le titre d'assistante de Marie Balavoine , avec les pouvoirs réels de supérieure générale. Elle fut Tâme de la congrégation « sttr« tout après le départ de M. de La Ville-Ângevin qui , obéissant à son zèle , se voua aux Missions Etrangères et partit pour le Canada. Il y mourut vers la fin de 1748. On conserve aux archives des Filles du Saint-Esprit , un fragment d'une lettre écrite de Québec, dans TOctave de tous les Saints, 1748, par M. de La Ville-Angevin, K< à ses chères filles des écoles charitables (1). » Il leur rappelle leurs obligations et les exhorte à les remplir en leur disant qu'il a baptisé plu-

(1) Le registre des*Sœurs Blanches ajoute ici que M. de U Ville-Angevin était alors évéque nomme de Québec , et qu*ii mourut dans ce même temps avant d*élre sacré ; il y a erreur 4M)it sur le siège épiscopal auquel était appelé M. de La Ville- Angevin , soit sur la date de la lettre ; car Québec avait pour ëvéque , depuis 17iO , Henri-Marie Du fireil de Pontbriand , qui mourut à Montréal , le 8 juin 1760, et eut pour successeur Mgr Jean (alias Olivier) Briant , natif de Plérin , qui fut élu •n 1765, sacré en France en 1766, et qui est mort le 23 juin 1794. Mgr Briant avait suivi au Canada M. de La Yille-AngevM •t ftit grand-vicaire de Mgr de Pontbriandw

sieurs d'entre elles , qu'il leur a fait faire la première communion , qu'il a reçu leurs vœux, et la lettre qui est comme un commentaire des statuts, se termine par ces mots : « Voilà , mes chères enfants , les dernières instructions de votre ancien père , de celui qui a formé vos règles. »

Marie Balavoine mourut le 28 novembre 1744.

Marie de Grands-Champs lui succéda dans la charge de supérieure générale : nous avons dit comment depuis longtemps elle remplissait , de fait sinon de droit, ces importantes fonctions. Pendant trente-deux ans , elle se montra véritablement supérieure par ses talents comme par ses vertus. Secondée par Catherine Briant , sœur de l'évéque de Québec , elle vit sa congrégation se répandre dans toute la Province et quatorze maisons furent fondées pendant la durée de son gouvernement. Dans les premiers mois de 1777, elle t(Hnba en enfance. Par un sentiment de reconnaissance profonde et de respect filial , les Sœurs du Saint-Esprit lui laissèrent son titre. Elle acheva de mourir le 25 novembre 1779. Les chroniques de la congrégation entourent la véné^ rable figure de sœur Marie d'une sorte d'auréole et on la regarde avec raison comme la seconde fondatrice de l'ordre : la vénération qui garde sa mémoire, a consigné sur les registres domestiques les moindres traits de sa vie , avec une naïveté à laquelle l'esprit de famille laisse tout son charme.

une personne dont Tanonime a été religieusement respecté.

Tel était Fétat de la congrégation qui avait successivement compté cent dix-sept professes, quand la Révolution éclata. Catherine Briant la gouvernait depuis la mort de Marie de Grands- Champs. Le souffle révolutionnaire , qui balayait les institutions séculaires dont se glorifiait la France , ne pouvait manquer de disperser, à tout le moins , les petites familles religieuses qui peuplaient les modestes couvents des Filles du Saint-Esprit. Catherine Briant quitta la maison mère de Plérin , quand la place ne fut plus tenable , en 1793 : elle se réfugia tout auprès , dans la ferme de sa famille , au village de Saint- Eloy. M. Charles Rouxel-Yillhelio s'empara de la maison abandonnée, et quand on se présenta pour accomplir les formalités préliminaires de la vente nationale , il protesta et se maintint en possession. On ne vérifia pas ce qu'il y avait d'étrange dans les prétentions du nouveau propriétaire et on ne passa pas outre. Cette pieuse ruse sauva la congrégation : car , dès la fin de 1799 ou les premiers mois de 1800 , il fut possible aux Sœurs de reprendre la vie commune ; mais elles n'auraient plus trouvé d^asile , si H. Rouxel ne leur avait conservé l'humble maison qui fut leur bureau.

Les fondations eurent des sorts divers. La

maison de Taden qui avait pris une importance considérable et dans laquelle on donnait des retraites fort suivies , depuis 1769 ; celles de Derval , de Blain , La Chapelle , Trévé, Lanvellec , Plougonven et Plouaret, vendues nationalement ne furent jamais reconstituées ; les dix autres furent successivement rendues, à des époques plus ou moins reculées , à la congrégation. Deux des établissements ne furent pas abandonnés même au plus fort de la Terreur ; je veux dire Saint-Herblon et Saint-Pol-de-Léon. Â Saint-Herblon , sœur Catherine Juhel et sa compagne furent, sur leur refus de déguerpir, mises en arrestation ; mais leur détention ne fut pas longue : la guerre civile donnait à la France une variété inconnue et héroïque de martyrs : on avait établi un dépôt de blessés à Saint-Herblon et une ambulance à Saint-Florent : sœur Catherine et sœur Marthe furent requises pour panser les blessés , et il ne fut plus question de les chasser une seconde fois de leur asile.

A Saint-Pol-de-Léon , toute la communauté avec sœur Christine Potier , supérieure , fut incarcérée. Quelques jours après, on vint demander à la supérieure de vouloir bien donner des soins aux malades de Thospice. Sœur Christine le prit de haut et répondit qu'elle ne sortirait de prison que si on lui rendait ses compagnes , sa liberté , sa maison et ses instruments

de chirurgie : on se hâta de souscrire à ces conditions et pendant tout le reste de la Révolution , les Sœurs Blanches de Saint-Pol , par une exception qui honore à la fois la ville et les religieuses , purent ostensiblement et librement se livrer au soin des malades et aux autres devoirs de leur institut.

Les religieuses chassées de leurs maisons , se retirèrent dans leurs familles et y menèrent une vie plus ou moins cachée , pendant les jours affreux que cette génération eut à traverser. J'esquisse à grands traits lliistoire d'une de ces bonnes sœurs rentrées de force sous le toit paternel. Félicité-Marie de La Villéon , naquit à Plurien , le 12 mai 1749. Elle était si chétive et si frêle que Ton dût la baptiser au plus vite , et sans attendre le parrain et la marraine, on prit les deux premiers mendiants que Ton rencontra» pour tenir l'enfant sur les fonts baptismaux. Cette circonstance frappa beaucoup l'esprit de Mademoiselle de La Villéon , lorsqu'elle lui fut rappelée ; elle y vit comme le signe providentiel qui la destinait à être la servante des pauvres. Quand elle eut atteint l'âge de dix-huit ans, elle entra au noviciat des Filles du Saint-Esprit; mais sa santé était si mauvaise que Marie de Grands-Champs la rendit à sa famille : la douleur de la jeune fille fut extrême , et quelques mois plus tard , soit que sa santé se fût affermie ,

soit que sa persévérance eût touché le cœur de la supérieure , elle rentra au noviciat et fit profession le 16 septembre 1771. Elle était supérieure de la maison de Taden , quand Forage révolutionnaire éclata ; elle se réfugia au Fresche- Clos, paroisse de Pommeret, chez M. de La Villéon, son frère aîné. La demeure de ce gentilhomme se transforma à Tinstant , et devint une école et un hospice. Sa sœur s'en alla chercher toutes les petites filles de Pommeret et tous les pauvres malades des environs. Quelque temps après, M. de La Villéon et toute sa famille furent arrêtés et jetés dans une maison de détention. Il ne resta au Fresche-Clos que deux enfants qui eussent été complètement abandonnés , si la Providence n'avait envoyé la sœur Félicité pour prendre soin de ses petites nièces et remplacer leur mère. Dans cette maison que la proscription avait si cruellement frappée , la religieuse proscrite elle-même , put compléter en paix l'éducation de ses nièces. Quand la plus jeune fut en âge de faire sa première communion , elle fut conduite par sa tante dans la paroisse de Quessoy , dont le recteur M. Boscher était resté caché au milieu de ses ouailles fidèles. Sœur Félicité disait que cette première communion, administrée dans quelque grange , au milieu de mille dangers qui menaçaient à la fois le prêtre, la religieuse et l'enfant elle-même, avait été pour

elle la source des plus douces et des plus vives émotions qu'elle eût ressenties. Quant à sa nièce, élevée sous de pareils auspices , elle se montra digne de son institutrice et se consacra plus tard à Dieu dans le monastère de Notre-Dame-de-Charité à Saint-Brieuc.

Cependant, parmi les religieuses qui rentrérent à la maison mère de Plérin , dès que le calme leur permit de se réunir, on fut étrangement surpris de ne point compter des premières , sœur Félicité de La Yilléon ; d'autant plus que Ton songeait hautement à elle pour la mettre à la tête de la congrégation et la charger de sa restauration : mission délicate et difficile pour laquelle la sœur Catherine Briant semblait peu propre , surtout à cause de son âge. Or , c'était précisément le motif pour lequel Mademoiselle de La Yilléon se tenait à Técart. Elle le montra de la manière la plus claire ; car on la vit apparaître en 1804, le lendemain du jour où la communauté eut solennellement élu Yvonne Cleich pour remplacer Catherine Briant ; sûre désormais d'échapper à des honneurs qu'elle redoutait par dessus tout, l'humble récluse du Fresche- Clos, rentra dans le nid qu'elle s'était choisi dès son enfance et loin duquel elle se regardait toujours comme une exilée. Elle fut aussitôt chargée de diriger l'hospice de Ploérmel qui était tenu jusque là par des laïques et ne quitta

cette

cette fonction que pour venir en 1814 prendre enfin 1& direction générale de la congrégation , à laquelle elle ne pouvait échapper deux fois. La Mère de La Villéon est à bon droit considérée comme la restauratrice de Tordre. Elle rendit surtout aux Filles du Saint-Esprit Timmense service de leur donner pour supérieur ecclésiastique en 18S7 M. i'abbé Le Mée , aujourd'hui évéque de Saint- Brieuc et Tréguier. M. Le Mée a inspiré à la congrégation une vie nouvelle (1) : c'est lui qui a bâti le splendide monastère de Saint-Brieuc, dans lequel a été transféré en 1834 le siège principal de l'institut; c'est lui qui a réformé la règle. Tout cela s'accomplit avec le concours de la sœur de La Villéon , qui fut supérieure pendant près de vingt-quatre ans. Elle mourut à son poste le 19 octobre 1838 ; elle allait atteindre sa quatre-vingt-dixiëme^nnée.

En 1880 , a été posée la première pierre de la chapelle qui a été ajoutée au monastère de Saint- Brieuc, sur les dessins de M. Guépin, architecte.

(1) AM . de LaVille-ÂngeTin avaient succédé comme supërieuis eeclésiastiques : !<> M. de Robien, vicaire-général; ^ M. de La Noué , vicaire-général , qui visita tontes les fondations de Tordre; 3o M. Gofvry, vicaire-général; i^ M. Manoir, vicairegénéral; 50 M. J.-M. de Lamennais » vicaire-général ; 60M. de Nantois, vicaire-général; enfin M. Le Mée, qui a voulu rester sopérieur des Sœurs Blanches , même après son élévation à répiscopat.

— no -

La congrégation du Saint-Esprit, qtxî, au moment de sa restauration après la Terreur , comp<* tait dix maisons et cinquante-huit religieuses*, possède aujourdliui cent trente-deux établissements disséminés dans les cinq départements de la Bretagne, à laquellov ell^ se consacre exclusivement et dont elle a toujours refusé de sortir, et le nombre des professes est de cinq cents.

MËIVËZ-BRÉ.

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