‹ Portraits comtemporainsChapitre 11 sur 30 · AUGUSTINE BROHAN · texte numérisé non relu

AUGUSTINE BROHAN

qu’elle se déguise en grande dame, ses mains cherchent ses poches; elle est gênée par son éventail, par ses pierreries ; une croix à la Jeannette, un bout de ruban à rouler dans ses doigts, lui conviennent mieux, au théâtre, bien entendu.

Son talent a beaucoup gagné depuis quelques années, depuis qu’elle a repris son emploi, sans chercher à en sortir. La nature lui a prodigué tous les dons propres à ce personnage de convention, le premier peut-être de l’ancienne comédie. Son geste est si prompt, sa parole si vive, son œil si piquant ! On la préfère dans les soubrettes de Marivaux.

Suivant les critiques, elle manque de rondeur, elle a trop de finesse et de coquetterie ; la toile bise et la bure ne l’habillent pas bien ; il lui faut la gaze et le taffetas.

Ce reproche ne me semble pas fondé : certes, mademoiselle Brohan n’est ni brutale, ni grossière, mais elle est toujours simple; elle ne se pose point, elle ne cherche pas ses effets; je jurerais quelle ne les travaille guère, car elle ne joue jamais le même rôle de la même façon ; elle s’inspire du moment. Ses mouvements, ses inflexions de voix ne sont pas stéréotypés comme ceux de certains artistes ; elle est inégale, j’en

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