‹ Portraits comtemporainsChapitre 12 sur 30 · MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE

conviens, et ce défaut est la marque d’une qualité inappréciable : le naturel. Il n’est pas absolument nécessaire que Martine ou Flipote soient de robustes commères, aux appas volumineux, aux mâles accents. Une fille d’un aspect délicat peut être niaise, malapprise, ignorante ; mademoiselle Augustine Brohan a toute la rudesse d’une campagnarde. Quand elle veut, elle devient sotte et gauche. Comme elle rit délicieusement dans Nicole, par exemple ! elle ne montre de son esprit que ce qu’il en faut pour la pensée de Molière ; elle ne se moque pas de la folie de son maître autrement que ne s’en moquerait une servante à qui son bon sens sert de guide. Elle n’a point étudié ces nuances, elle les sent.

Quant au marivaudage, elle y excelle. Elle est là dans son élément. C’est la soubrette au pied leste, à l’œil mutin, aux allures provoquantes, volant à ses maîtresses les hommages les plus délicats, écrémant son cercle et ne prenant des gentilshommes que ce qui convient à sa condition. Son tact est parfait ; elle ne se laisse pas manquer, mais elle ne les manque pas non plus. Ils viennent où elle les amène, pas plus loin, pas plus près; si elle guigne une dot ou un secret, on est certain qu’elle les ob-

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