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LE COMTE ALFRED DE FIENT

Parmi les figures remarquables de ce tempsci, M. de Vigny est certainement une des plus sympathiques. Il y a en lui un parfum des anciens jours, un reflet de chevalerie qui séduit et qui attache : en admirant le poète, on estime l’homme ; c’est le plus bel éloge qu’on puisse faire de lui.

A l’époque heureuse où l’on se passionnait pour la littérature, le comte de Vigny marcha au preuiier rang de la phalange dont Victor Hugo était le chef. Cinq-Mars^ bien qu’il fût loin des exagérations de cette école, sortait de la route battue ; c’était une innovation : il donnait au roman historique une physionomie nouvelle. La couleur locale, la vérité poétisée des événements, jointes àun style correct et élégant,

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laissaient en arrière ceux qui s’étaient essayés en ce*genrc. A dater de ce moment, la place du comte Alfred fut conquise ; il Ta toujours conseivée depuis, et, malgré son silence trop prolongé, il l’occupe encore : nul ne l’en dépossédera.

Il commença par être officier de la garde royale après la Restauration ; ni son penchant ni son éducation ne le poussaient vers l’état mi-, litaire. Elevé par une mère très-instruite, dont le talent comme peintre eût été célèbre sans sa grande modestie, il aimait l’étude et s’y livrait avec passion, mais sans bruit, sans éclat, comme il fait tout. L’influence d’une femme intelligente s’étendit sur sa carrière; son talent en prit une couleur plus douce, mieux sentie ; elle effaça les aspérités et inspira à son fils ces sentiments élevés, ces élans généreux qui se retrouvent à chaque page de ses livres.

M. de Vigny quitta promptement le service, il ne pouvait s’y astreindre ; au lieu de se rendre au terrain de manœuvres, il courait les bois et les prairies, rêvant déjà et s’inquiétant peu des plaisanteries de ses camarades, qui ne le comprenaient pas.

En 1827, Cinq -Man parut. Je viens de dire

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T effet qu'il produisit. La bonne compagnie surtout se l’arracha, et son succès fut immense. Un roman chaste, intéressant, éminemment remarquable sous tous les rapports, ne pouvait manquer de séduire cette société oisive et élégante ; on ne se préoccupait pas, comme aujourd’hui, de la Bourse et de la politique; on avait le temps de lire et de juger ; on se querellait sérieusement pour les œuvres d’esprit, on prenait un parti pour ou contre, et l’on discutait en raisonnant son opinion. Aujourd’hui, nous n’en avons pas le temps.

M. de Buffon a dit: «Lestyle, c’est l’homme;» quelques écrivains modernes repoussent cette théorie : elle est parfaitement juste en ce qui concerne le comte Alfred de Vigny. On l’a toujours appelé Alfred dans sa famille et dans le monde ; cependant, son premier nom est Emmanuel. Je regrette pour lui ce nom biblique ; il lui aurait mieux été, ce me semble. Son style, c’est lui ; en le lisant, on le connaît. Gracieux, affable, bienveillant, d’une distinction suprême, gentilhomme jusqu’au bout des ongles, un peu froid peut-être, un peu concentré, un peu contenu, il plaît, il attache, il n’enthousiasme pas. On n’y peut rien reprendre, mais on n’y trouve ni l’exaltation ni les écarts d’une vie fougueuse

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