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LE COMTE ALFRED

d’une âme brûlante; c’est moins la sensation que la pensée, c’est l’esprit et la tête plutôt que la passion. Tout est réfléchi, tout est pesé; on ne dépasse pas les bornes d’une émotion douce et pénétrante. Souvent les larmes viennent aux yeux, mais l’impression n’a rien de pénible, d’imprévu. Chatterton, cette peinture idéalisée des souffrances d’un poète, devait à madame Dorval ses palpitations et ses déchirements ; la reprise l’a bien prouvé.

M. de Vigny est obligeant, il est bon, il a le désir de plaire et d’être utile; ceux qui l’entourent lui sont dévoués. Il vit dans un petit cercle, il fuit le monde qui s’obstine à le chercher ; il cache sa vie, toute à l’intimité, à la famille, à l’étude, nous l’espérons du moins, il ne peut avoir dit son dernier mot. Il est reconnaissant, il conserve religieusement les souvenirs enfuis, et toutes ses idoles restent debout dans leur temple. Par ce temps d’iconoclastes, ce n’est pas un petit mérite.

Il travaille beaucoup ce qu’il fait, on le voit. Cette correction, cotte expression juste et toujours heureuse, ne viennent instantanément qu’à des esprits prime-sautiers, à des imaginations volcaniques, et M. de Vigny n’est point de

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