DE VI G. NV
ceux-là. L’improvisation est rare chez lui ; il ne s’y livre pas, il corrige. Bien qu’il soit très-poëte, il ne suit pas la muse, il la conduit, il la domine, il lui impose ses lois; il est plus sage qu’elle enfin.
Sa conversation a peu de saillies, pourtant elle est pleine de grâce et d’un goût exquis. II raconte à merveille, même les choses gaies ; il ne rit pas, il ne fait pas rire bruyamment. Sa causerie est tellement attrayante qu’on reste, pour ainsi dire, suspendu à sa parole en l’écoutant. Il aborde volontiers les sujets sérieux ; il ne dispute pas, il discute quelquefois, toujours avec une extrême politesse. Il aime à dire des choses obligeantes et n’enperd jamais l’occasion. Son jugement est sain, il voit les choses sous un aspect juste. Il est plein d’indulgence, et n’envie à personne ni la gloire ni les triomphes. Il suit assidûment le mouvement des lettres sans se mêler à la vie active. On le voit peu, il va à l’Académie comme à un devoir ; hors de là, on ne le rencontre guère nulle part.
Son existence estd’unerégulari té méthodique. 11 sort tous les jours à la même heure, se promène ordinairement seul ; sa préoccupation intérieure est telle, qu’il ne voit rien autour de lui ; il passerait auprès de son meilleur ami sans