‹ Portraits comtemporainsChapitre 5 sur 30 · ALPHONSE RARE · texte numérisé non relu

ALPHONSE RARE

toute sa vie dans son jardin, dans ses fleurs, dans ses fruits; il n’est point seul avec cet entourage. Autrefois, c’était l’Océan et ses mille aspects; c’étaient ses dangers mêmes.

Après avoir essayé de tout, il est revenu au calme, à la tranquillité d’une existence retirée; le monde ne vaut pas ses regrets, il l’oublie, il ne s’y intéresse plus, il ne cherche plus à l’éclairer ; l’expérience l’a rendu non pas misanthrope, mais ermite. Il ne hait ni ne méprise ceux qu’il fuit, il les plaint.

Il s’est choisi une retraite sous le plus beau ciel du monde, à Nice : il s’est entouré de ce qui lui plaît ; il a le solei^pt la mer, il a des verdures merveilleuses et des fleurs parfumées. Il crée des espèces nouvelles, il invente des pêches et des raisins ; c’est à présent son orgueil : il en est plus fier peut-être que de ses ouvrages, comme madame Sand de ses confitures.

Alphonse Karr a l’écorce rude, je vous l’ai dit, ce n’est pas un petit-maître. Son visage est expressif, ses yeux pétillent, sa bouche a un si bon rire qu’on ne s’aperçoit pas qu’elle est grande. Ses mains robustes, ses bras vigoureux ne sont point d’un damoiseau. Il est quelquefois gauche dans les salons, quand il y va ; on l’accuse d’être bourru : il est timide, il est préoc-

ALPHONSE K A tt R

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cupé, il est dédaigneux. 11 n'aime pas à se mettre en frais pour des auditeurs intéressés ou inintelligents. L’habit le gêne, il adorel’ampleur de sa blouse de jardinier. Il n’est pas courtisan, il ne saurait faire des courbettes ; il est franc et loyal, il dit et il fait ce qu’il pense, sans se soucier du qu'en dira-t-on.

Sa conversation est inégale, il ne parle pas à volonté, comme les serinettes dont on presse le le ressort. Il n’est pas dissimulé, au contraire, mais il a de la réserve, et se met très-peu en avant, si on ne l’y pousse. Il est modeste, sans parti pris, parce qu’il nasonge pas à être autrement. Il préfère regarder les autres que dé leur servir de point de vue. Il est très-amusant à entendre quand il consent à se livrer; il habille si joliment la science, qu’elle devient un plaisir. Comme il raconte ses plantes ! comme il les connaît ! comme il sait leurs habitudes, leurs souffrances et leurs amours ! 11 leur prête presque une âme. Lisez le Voyage autour démon jardin. Que de fois il l’a recommencé, ce voyage, et comme il entremêle notre monde avec son petit monde idéal!

Il est bon, il est fidèle à ses affections, il a le cœur aussi solide que le poignet. Son amitié

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