ALPHONSE K A RR
pour l’excellent Gatayes restera comme celle d’Oreste pour Pylade. Gatayes est son Arbate, il le lui faut pour lui donner la réplique. Lorsqu’il écrivait beaucoup, il avait le soin de laisser quelquefois le public de côté et de s’adresser à cet esprit, qui, depuis l’enfance, est le frère du sien, qui le suit et le devine. Leurs relations sont de celles qui ne se brisent point, si elles se relâchent quelquefois; elles passent dans les habitudes quotidiennes, elles s’incrustent dans l’âme et y demeurent rivées, malgré les tempêtes. On a tant de souvenirs communs!
Alphonse Karr est très-artiste, il comprend l’art comme il comprend la nature; chez lui, c’est une homogénéité. 11 a peu de fantaisie, bien qu’il soit poète sans rimes. La poésie, pour lui, est dans l’amour plus que dans aucune autre sensation. 11 n’a pas suivi le torrent de la facilité en ce genre. Il aime sérieusement; bien qu’il ait beaucoup souffert, il s’attache. Il n’a jamais été viveur, ce n’est point un homme de soupers et de parties. Lorsque par hasard il s’y fourvoie, il y manque d’initiative. Tout auplus se traîne-t-il à la remorque de gens qui n’ont pas la millième partie de sa valeur, mais qui font plus de bruit. Il déteste le bourdonnement des insectes littéraires, bien qu’il ait fait lui-même les