M- LOUIS DE CARNÉ
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Vues sur l'hisloire contemporaine {i).
Dans les dernières années de la Restauration « quelques jeunes hommes , attachés à ce régime par leur naissance, leur éducation et leurs premières doctrines, mais aussi empreints, à un certain degré, de l'esprit dn siècle, ou du moins comprenant et appréciant cet esprit avec une impartialité remarquable, fondèrent, sous le titre de Correspondant, un journal qui, avec moins cTéclat et d'influence, suivit, dans l'école religieuse et royaliste, une ligne assez analogue à celle du Glohê dans l'école libérale et philosophique. Un grand bon sens, joint à des convictions religieuses très-sincères et
(1) 2 Tol. in-^^ ^ Cet article fut inséré dans le National du 31 mti 1833. Je le reproduis ici pour montrer que nous n*étion3 pas seulement attentifs alors aux poètes, aux peintres, aux artistes, mais aussi aux politiques de notre âge et de notre génération, et que nous avions les yeux ouverts de plus d'un côté. C'a été le constant effort de ma erftiqiie et le éeroir qa'elte slmpesa dès le premier Jour : signaler le Douveaa, de quelque part qu'il viol. Nous n'étions pas des rooauitiqiMs étroits, pas plus que des Ubér raux exclusifs.
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ft des affedions monarchiques n^s^profondes s t>ewcoup d'études, beaucoup de modération, quoique dam Ift première et fervente jeunesse, une probité pleine 4(6 désintéressement et même d'esprit d^ sacrifice, à un âgiB tet dans des situations facilemenv «Aoeasibles aux vuas ambitieuses : tels étaient les mérites et la pbysiof^mjiiB bien rare de cette école du Corr^spondouM, qui poursuit ^encore aujourd'hui ses honorables travaux daus la Bâ^yfi européenne. Ses défauts étaient une grande timidité, une pâleur indécise dans les condusi^His, des vues d^ Tesprit en contradiction souvent avec les sympathies et les liaisons antérieures, et celles-ci, dans les cas urgents, paralysant quelquefois les autres; rien d'aboutissant ni d*incisif; un certain ton ironique et peu flatteur dans l'acceptation même des faits devenus dé« armais nécessaires; des concessions de détail à une position et à des alentours dont on ne pouvait ni ^ voulait se dégager, et sur lesquels il s'agissait principalement d'injluer avec lenteur. Ce dernier poiot constituait, k proprement parier, le seul but pratique de <^te école. EUe ne s'adressait pas au gros du siècle, h la masse de la jeunesse et de la population , que des affections et des croyances contraires entraînaient bi^a au delà; mais, au sein du parti religieux et royalistn, elle cherchait à convaincre quelques esprits moi^s immobiles, moins irrémissibleia(ie^ voués à Tentièfie tradition du passé, quelques âmes élevées et judicieuse» pures d'ambition, amoureuses de )a yérité, et ne dés^l^rant pas de la Providence , même dans des voies un peu nouvelles. Sous la Restauration, cette école, on le
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conçoit, dut avoir une bien insensible influence là où elle s'adressait; les engagements étaient pris, les intérêts et les passions en jeu ; au milieu de ces clameurs aigres et retentissantes du parti, de ces voix de vieillards incurables et fanatiques, il y avait peu de place pour les calmes conseils de quelques jeunes hommes. Seulement, dans l'ombre, en province, çà et là se ralliaient à cette nuance quelques autres jeunes hommes comme eux. Depuis Juillet, la position de l'école du Corres'pon- (fant est devenue meilleure et plus vraie; elle se dessine plus nettement dans la Re'oue européenne, où nous regrettons toutefois de trouver par instants des restes de superstition dynastique qui nuisent, sans y tenir, à la réalité des doctrines. Cette école, dans sa nuance exacte, ne se rattache directement ni à M. de Chateaubriand, ni à M. de La Mennais, ni à la tentative de la Gazette de France. Elle est bien autrement de bonne foi et véridique que cette dernière, qui, suivant nous, stipule sciemment sur un mensonge et sur une falsification perpétuelle. Elle est bien moins audacieuse dans sa portée, moins sympathiquement plébéienne et fraternelle que l'illustre rédacteur de V Avenir, quoiqu'elle adhère, sur presque tous les points, à la manièm féconde dont il envisage socialement le christianisme. Enfin, si elle cite toujours avec orgueil et louange le beau nom de M. de Chateaubriand, elle a trop de circonspection, de sagesse et d'amour du vrai en lui-même pour suivre dans ses déportements d'éloquence et d'imagination cet aventureux génie (1). Le livre de M. de <1) Les noms propret définiront encore mieux ces nuances d'é-
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Carné, qui nous fournît Toccasion de ces remarques, met parfaitement en lumière toutes les pensées politiques, les jugements, les espérances et les doutes de cette école dont il est l'un des principaux soutiens. Nous aimons de tels ouvrages, parce que, s'il en naissait beaucoup de cette sorte dans des rangs qui ne sont pas les nôtres, ce serait une preuve qu'après bien des luttes et des déceptions cruelles, et même avec des dissidences d'affection persistantes, les générations nouvelles pourraient enfin s'entendre sur le terrain d'une vraie et pratique liberté.
Comme toute la politique du Correspondant et comme celle de la Revue européenne, le livre de M. de Carné s'adresse particulièrement aux hommes qui formaient le parti de droite; c'est d'eux surtout et des lumières propres à les ramener qu'il se préoccupe; c'est à leurs préjugés historiques ou théoriques qu'il oppose, en ctiacune de ses pages, une plus juste raison des faits ou une argumentation qui tend à concilier avec les grands principes de la tradition catholique et romaine les résultats acquis de la civilisation moderne et de la
coles et d^opinions. Le principal rédacteur da Correspondant était M. Edmond de Cazalès, qui n*entra dans les Ordres que bien plus tard; il y avait encore M. Franz de Champagoy, Thistorien des Césars; un homme exceUent et droit, M. Wilson, qui, sous son nom anglais, n'était autre qu'un fils de BI"* d'Âumale, né pendant rémigration. — M. de Hontalembert n'appartenait point à ce groupe; plus jeune de quelques années, il était aussi plus tranchant, plus acerbe, et une goutte du fiel de La Mennais pénétra de bonne heure sa nature éloquente et hautaine, qui en est restée imprégnée jusqu'à la moeUe. Les autres étaient modérés; lui, il ne le fut jamalk
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révolution de 89. La tâche, oa le voit« eet ardue, e(t tious devons dire que M. de Camé la remplit jusqu'au 1)0ut avec un bon sens, une bonne foi et un talent q^ •doivent apprécier surtout ceux qui^ résolvant plus hardiment le prc^lème politique dans un sens analogue, le conçoivent d'après des données moins complexes et moins inconciliables en apparence.
Une réserve générale, qu'il nous convient avant tout de faire avec M. de Carné pour être ensuite plus à môme •de l'examiner dans ses conclusions et de le louer, c'est qu'il n'a évidemment été nourri à admirer et à aimer -que bien peu des choses et des hommes qui pour nous, enfants de la Révolution ou de l'Empire, ont ravi notre ^miration première- Ce sentiment contradictoire entre lui et nous, qui affecte le ton général de l'ouvrage et perce en mille détails, n'est pas fondamental pourtant, puisqu'il n'empêche pas sa raison de rencontrer aux endroits capitaux la nôtre; mais nous en avertissons expressément, parce que des lecteurs peu attentifs pourraient prendre le change et repousser k première vue, sur quelques mots blessants « un livre où il y a beaucoup à gagner pour toutes les classes d'esprits séigkAxx et sîocères. M. de Cam^é, en certains endroits, qualifiant rOppositîon non parlementaire et non légale sous la Restauration, se sert des locuXions esprit rèvobjir tionnaire et yicobinisme (voir 1. 1*, page 280) presque 4ans le sens mystique et apocalyptique qui avait cours parmi les écrivains de droite, ^ que ne saurait acceptar une plumé aussi i&cme et i^usti htstorique que la «ienne. Quand il veut apprécier le talent ou la portée